Bouteflika: «La solidarité doit s’étendre aux préoccupations économiques et sociales»

Bouteflika au 10ème sommet de la francophonie

«La solidarité doit s’étendre aux préoccupations économiques et sociales»

 Le Quotidien d’Oran, 28 novembre 2004

Les chefs d’Etat et de gouvernement ayant le français en partage ont achevé dans l’après-midi d’hier les travaux du 10ème sommet de la francophonie.

Le sommet s’est fixé comme objectif pour la prochaine décennie, le règlement des conflits, la mobilisation des ressources financières et des savoirs au profit des Etats les plus déshérités. Dans un document intitulé «cadre stratégique décennal de la francophonie», les chefs d’Etat et de gouvernement ont estimé que l’extrême pauvreté, la faim, les pandémies et l’analphabétisme tout comme la discrimination à l’égard de la femme resteront des sujets de grave préoccupation. Face à tous ces défis, la francophonie entend développer «l’esprit solidaire» afin que les politiques et les réformes entreprises par les Etats membres les moins nantis soient assorties d’un appui direct du monde développé. Enfin, la francophonie s’engage à aider chacun de ses membres à se doter de politiques culturelles et à renforcer l’usage du français dans les grandes institutions.

Le prochain sommet prévu en 2006 se tiendra en Roumanie alors que le Canada abritera le 12ème sommet en 2008. L’annonce a été faite par les dirigeants de ces deux pays lors d’une conférence de presse à Ouagadougou. Le 11ème sommet se tiendra à Bucarest et aura comme thème «La francophonie dans la société informationnelle et du savoir par l’éducation pour tous», a indiqué le président roumain, Ion Iliescu. Le Premier ministre canadien, Jacques Martin, s’est de son côté réjoui de la décision d’organiser le 12ème sommet au Québec, qui célèbre la même année son 400ème anniversaire.

Outre la crise en Côte d’Ivoire, le volet économique et celui de la coopération figuraient parmi les principaux points inscrits à l’ordre du jour de la deuxième et dernière journée du sommet. Les travaux qui ont repris en milieu de matinée d’hier, à huis clos, ont accordé un intérêt tout particulier à la crise qui secoue la Côte d’Ivoire et les volets inhérents à l’économie et la coopération en raison de leur étroite connexion avec le thème sous lequel cette dixième édition est placée.

La première journée des travaux avait été marquée par les interventions de plusieurs chefs de délégations, dont celle du président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, qui ont mis en exergue les défis devant être relevés par la francophonie en matière de paix, de coopération et de développement économique et social. Le chef de l’Etat a affirmé dans son allocution que «la francophonie s’affirme de plus en plus comme un creuset de la diversité culturelle, où se rencontrent, se côtoient et s’enrichissent mutuellement, dans l’égalité et le respect réciproque, des cultures différentes aux repères civilisationnels distincts, créant ainsi une ère de compréhension et de solidarité entre des peuples de tous les continents du monde».

Le chef de l’Etat a souligné qu’il était naturel que cette solidarité sorte du cadre culturel strict et s’étende aux préoccupations économiques et sociales, ce qui s’est fait au cours des différents sommets, qui ont fixé en termes de plus en plus précis les objectifs de l’Organisation et les principes de son action. «En choisissant pour thème du présent sommet le développement durable, l’Organisation reste fidèle au cadre qu’elle s’est librement fixé, en même temps qu’elle répond aux préoccupations les plus légitimes de ses membres», a-t-il dit, rappelant «que le développement reste en effet au centre des aspirations de nos peuples et ce n’est pas sans raison que le monde s’est divisé en pays développés et en pays sous-développés, considérés de manière optimiste comme pays en voie de développement». Le fossé entre ces deux mondes, a-t-il fait observer, ne cesse malheureusement de s’élargir et la mondialisation telle qu’elle se présente jusqu’à maintenant ne fait qu’aggraver cet état de choses.

Le chef d’Etat a indiqué que le défi du développement durable continue de se poser avec acuité du triple point de vue de l’insuffisance de la croissance, de l’aggravation de la pauvreté et de la dégradation accélérée de l’environnement. Le président de la République a fait remarquer «que malgré la prise de conscience des risques que ces tendances font peser sur la sécurité économique et écologique de la planète, les mutations qu’implique l’entrée dans une véritable ère de développement durable restent encore, pour l’essentiel, à opérer. Cette période a clairement mis en évidence que la dégradation de l’environnement représente une hypothèque sur les perspectives même de la croissance», a-t-il dit, ajoutant qu’elle a aussi mis en lumière les limites des démarches partielles et isolées, d’où la nécessité d’intégrer de façon appropriée, dans les politiques de développement et de coopération internationale, le traitement des divers facteurs à l’origine de la rupture des cycles naturels et des atteintes subies par les ressources vitales que sont l’air, l’eau, les forêts, la biodiversité, les océans et les zones côtières. De fait, a poursuivi le chef de l’Etat, les enjeux économiques, sociaux et écologiques sont désormais globaux en ce qu’ils mettent en cause le devenir même de l’humanité. C’est dire qu’ils nécessitent la conjugaison des efforts de l’ensemble de la communauté des nations. Ces efforts devraient tendre à favoriser une réadaptation et un renforcement du système international de manière qu’ils puissent assurer les assises d’un développement durable et équitable.

Djamel B.