François Fillon à Alger pour signer un accord militaire

François Fillon à Alger pour signer un accord militaire

Thierry Oberlé, Le Figaro, 20/06/2008

Premier chef de gouvernement français à se rendre en Algérie depuis vingt-deux ans, François Fillon va signer ce week-end d’importants accords de coopération militaire et nucléaire.

Les militaires algériens sont redevenus fréquentables. Dix ans après la décrue de l’insurrection islamiste, la France et l’Algérie vont signer un accord de coopération militaire inédit. Le protocole devrait être paraphé ce week-end par le ministre de la Défense, Hervé Morin, qui accompagne lors de sa visite en Algérie, samedi et dimanche, le premier ministre, François Fillon. Le document concerne la formation et l’échange de personnels et devrait ouvrir la voie à des contrats d’armement. C’est du moins le souhait de Paris. Alger pourrait être intéressé par l’achat d’une frégate ou d’hélicoptères. D’où la présence des patrons du groupe de construction navale militaire DCNS et du consortium européen EADS.

Mais l’essentiel est ailleurs. L’accord marque un rapprochement politique spectaculaire entre la France et un pays où les militaires continuent à jouer un rôle déterminant en coulisses. L’armée exerce toujours, via ses «services», un rôle de régularisation sur le pouvoir algérien. Son influence contribue à l’opacité qui entoure le fonctionnement d’un système en place depuis l’indépendance.

L’ombre d’al-Qaida

À valeur essentiellement symbolique, l’entraide en matière de défense s’accompagne de la signature d’un accord spectaculaire sur le nucléaire civil. Ébauchée lors de la dernière visite en Algérie de Nicolas Sarkozy, la coopération entre les deux pays devient effective. Paris va aider l’Algérie à se doter de centrales atomiques dans les vingt ans qui viennent. La France coiffe ainsi sur le fil les États-Unis. Une manière, pour l’Algérie, de préparer l’après-pétrole, et pour Areva d’engranger des contrats tout en participant à des prospections d’uranium.

Un protocole de coopération dans les domaines des impôts, de l’assurance et de la banque doit également être visé pour sécuriser un climat des affaires jugé pas assez fiable par les opérateurs français.

Cette relance de la relation bilatérale a été précédée par des tentatives d’apaisement sur le terrain miné des conflits de mémoire. Après la dénonciation en novembre par le président français du «système colonial», l’ambassadeur de France à Alger, Bernard Bajolet, a reconnu la responsabilité française dans les massacres du 8 mai 1945 commis dans la région de Sétif. Il en faut toutefois beaucoup plus à l’inévitable Cherif Abbas, le membre du gouvernement algérien qui voit un «lobby juif» derrière l’élection de Nicolas Sarkozy. Mardi, ce ministre des moudjahidins et gardien de l’orthodoxie nationaliste a, à nouveau, vitupéré contre «la non-reconnaissance par la France de ses crimes».

Quant au président Abdelaziz Bouteflika, il entretient le suspense sur sa participation au sommet de l’Union pour la Méditerranée (UPM) du 13 juillet à Paris. Le sujet va être abordé durant l’entretien entre le président algérien et le premier ministre français. Les hésitations algériennes sont officiellement liées à l’entrée d’Israël dans la future union. Un argument qui a perdu de son poids depuis l’annonce de la participation du syrien Bachar el-Assad au grand raout de juillet. Restent les habituelles rivalités avec le Maroc et les critiques d’Alger sur les restrictions à la circulation en France de ses citoyens. Probable mais pas certain, le déplacement de Bouteflika à Paris ne sera sans doute annoncé que dans les jours précédant l’événement.

En attendant, la première visite depuis vingt-deux ans d’un premier ministre français en Algérie sera marquée par une sécurité renforcée. Al-Qaida au Maghreb, l’ex-GSPC, a en effet ciblé les intérêts français en tuant un expatrié voici à peine dix jours près de Lakhdaria. Un attentat qui a accentué les inquiétudes de la communauté française d’Alger. Préoccupées par la poussée de fièvre des islamistes armées, les autorités des deux pays sont sur leurs gardes.