Francophonie, l’exception algérienne

Francophonie, l’exception algérienne

Le Quotidien d’Oran, 26 septembre 2006

Couplé à un discours sur la refondation des relations algéro-françaises, le partenariat d’exception et la nécessité du «rapprochement», l’intérêt de l’Algérie pour l’Organisation internationale de la francophonie a, un instant, fait spectacle durant le sommet de Beyrouth 2002, avant de tomber dans l’oubli.

Le sommet de l’OIF prévu cette fois-ci, -et selon son cycle d’une rencontre chaque deux ans- le 28 et 29 septembre à Bucarest comme pour souligner la montée en puissance des pays de l’Est dans cet «espace» particulier, ne sera pas africain mais européen et pour la première fois dans l’histoire.

14 des 21 nouveaux entrants dans cette sphère sont des pays de l’Europe de l’Est ce qui, et selon des propos indirects recueillis par des agences de presse, inquiète un peu les «fondateurs» africains de cette alliance et les traditionnels clients de cette «famille». Cas particulier, l’Algérie, premier pays francophone après la France et bien avant le Canada, semble avoir définitivement tourné la page de son éventuelle adhésion et clos la polémique suscitée par son intérêt bref pour cet ensemble virtuel. Pour cette fois-ci, le désintérêt semble être si total qu’il ne provoque ni le commentaire officiel d’agence, ni l’analyse des médias nationaux indépendants et pas même l’interrogation des médias internationaux qui vont couvrir l’événement en Roumanie. L’Algérie n’étant plus au centre du spectacle depuis le sommet de Beyrouth 2002, elle semble avoir définitivement tranché dans la question de son adhésion par un «niet» très nationaliste. A l’époque, et pour sa première participation comme pays invité, Abdelaziz Bouteflika, et sur invitation de son homologue libanais Emile Lahoud, était porteur d’un discours totalement inédit qui avait laissé penser à une adhésion acquise pour le 10e sommet de Ouagadougou. Le coup d’éclat avait même emballé les médias locaux et provoqué une «averse» de commentaires et d’analyses reprenant en boucle l’argument d’un avantage certain pour l’Algérie dans le cas de son adhésion et démantelant l’absurdité d’une situation de «refus» qui persiste dans un pays statistiquement le premier pays francophone après la France et ce au nom de l’anti-colonialisme de base et du refus identitaire fondateur. Selon Bouteflika, celui de la ferveur de 2002 à Beyrouth, après avoir été «récupérée et renforcée, notre arabité et suffisamment affirmée, pour ne courir aucun risque». L’adhésion de l’Algérie à cet espace semi-économique, semi-politique et parfaitement compris comme espace de contrepoids à l’influence anglo-saxonne, s’expliquait par «la conscience que l’usage de la langue française permet à nos jeunes d’élargir leurs horizons et de participer à l’évolution du monde moderne». Une vision prudemment enthousiaste qui sera très vite rattrapée par les pesanteurs traditionnelles qui lestent les rapports algéro-français: nostalgie politiquement opérante d’une part et conservatisme identitaire jouant sur les immobilismes. La date du 9e sommet de Beyrouth sera la date d’une illusion de dialogue et de rapprochement et sera suivie par un lent refroidissement, encore plus sérieux que celui des décennies passées, tout au long d’une belle chronique de mésententes, de passages à vide et de discours sans impacts sur le contenu du fameux partenariat d’exception et surtout sur le sens à donner au non moins fameux traité d’amitié. Les oppositions internes à l’Algérie, tout autant que les maladresses «mémorielles» de la France culmineront avec la guerre déclenchée par la loi du 24 février 2005, «positivant» la présence française outre-mer et vécue en Algérie comme un blanchiment indécent de l’histoire coloniale française. Le tout intervenant au moment même de l’hospitalisation de Abdelziz Bouteflika en France et de la sur-médiation de ses discours cycliques de demande de repentance et des réactions parfois bassement politiciennes et sciemment insultantes qu’ils provoquaient, en écho, en France. Un gros cycle de remise en questions et de mises entre parenthèses qui réduisent fatalement l’intérêt de l’Algérie pour l’espace opportun de la Francophonie et laisse ce sommet à d’autres, loin derrière sur la liste des priorités algériennes.

Kamel Daoud