Jacques Chirac confirme sa volonté de conclure un traité d’amitié avec l’Algérie

Il a indiqué que le futur traité renforcera les liens de son pays avec les pays du Maghreb

Jacques Chirac confirme sa volonté de conclure un traité d’amitié avec l’Algérie

Par Amar Rafa, La Tribune,30 août 2005

Le président Jacques Chirac a confirmé hier la volonté de la France de conclure un traité d’amitié avec l’Algérie, sans préciser aucun calendrier.
«La France jouera tout son rôle pour que s’affirme cette grande ambition. Appelant de ses vœux un Maghreb plus uni et solidaire, elle s’emploie à renforcer ses liens avec chacune de ses composantes. Ainsi travaillons-nous, avec l’Algérie, à un traité d’amitié qui illustrera cette ambition», a déclaré le président français devant les ambassadeurs de France réunis à l’Elysée pour l’ouverture de leur 13e conférence annuelle. Le futur traité aura pour ambition de renforcer les liens entre les deux pays pour bâtir «un Maghreb plus uni et solidaire», a expliqué Jacques Chirac. Le chef de l’Etat français a évoqué la politique de voisinage devant «affirmer une nouvelle solidarité entre les deux rives de la Méditerranée, pour que celle-ci devienne un ensemble économique et social plus cohérent, un ensemble dans lequel puisse s’approfondir notre dialogue politique et s’engager enfin le dialogue inter-culturel entre les différents mondes qui se partagent cet espace».
Cette déclaration du président Jacques Chirac réaffirmant la volonté de la France de signer le traité d’amitié avec l’Algérie vient confirmer celle du porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Mattéi, d’il y a quelques jours, où il s’est dit «confiant» quant à la signature de ce traité prévue avant la fin de l’année. Il s’agit là, en revanche, d’un démenti aux assertions contenues dans un article intitulé «Menaces sur un traité» publié par l’hebdomadaire français l’Express. Cet article cite un proche du Premier ministre Dominique de Villepin qui déclare sous le couvert de l’anonymat qu’«il ne paraît pas envisageable, aujourd’hui, de le signer».
La source citée par l’Express qualifie d’«erreur colossale» le texte écrit sur l’initiative de députés UMP, parti majoritaire à l’Assemblée française. «Ce n’est pas au Parlement de légiférer sur la mémoire, c’est au peuple et aux historiens de l’entretenir», ajoute ce responsable français cité par l’Express.
En réaction à cette source anonyme, Paris s’est déclaré en revanche «confiant». «Les négociations en vue de la signature du traité d’amitié entre l’Algérie et la France se poursuivent et nous sommes confiants dans leur aboutissement selon les délais prévus», a déclaré à la presse le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Mattéi. Ce traité qui sera signé avant la fin de l’année «résulte d’un nouveau climat [qui] prévaut entre la France et l’Algérie» depuis la visite d’Etat en France en juin 2000 du président Abdelaziz Bouteflika et celle du président Jacques Chirac en mars 2003, avait souligné par ailleurs le Quai d’Orsay dans une déclaration précédente.
Le ministère français des Affaires étrangères estime que la Déclaration d’Alger, signée par les deux chefs d’Etat, constitue la «feuille de route» de la relance des relations bilatérales, dans tous les domaines : approfondissement du dialogue politique, soutien aux réformes, renforcement de la présence économique française en Algérie, amélioration des conditions de circulation des personnes, poursuite du travail de mémoire.
La confirmation de la volonté de la France de signer le traité d’amitié, faut-il le signaler, intervient au moment même où, du côté algérien, le président Abdelaziz Bouteflika a réitéré son attachement à une refondation des relations algéro-françaises sur des bases équitables. «Nous sommes des amis et non des ennemis. Nous ne voulons que la paix et la sécurité mais aussi entretenir des relations d’égal à égal», a-t-il affirmé lors d’un meeting animé à Béchar, dimanche dernier. Dans ce message, le président Abdelaziz Bouteflika a réitéré son appel lancé à Sétif pour que la France reconnaisse ses torts commis durant la colonisation de l’Algérie, 1830-1962, et conditionné la signature du texte à la reconnaissance par la France de son passé colonial. «Nous sommes en train de négocier et de faire des efforts avec les autorités françaises pour la conclusion d’un traité d’amitié, mais cela doit se faire sur la base d’une reconnaissance de la France de ce que ce qui appartient à Dieu appartient à Dieu et ce qui appartient à César est à César. Ceci n’est pas impossible», a-t-il déclaré dimanche à Béchar lors d’un meeting. Le président algérien a aussi rappelé l’apport de l’Algérie à la force nucléaire actuelle de la France, qui avait procédé pendant la colonisation à des expériences nucléaires dans le Sud algérien, en plaidant pour des relations bilatérales «d’égal à égal». «Nous sommes des amis et non des ennemis. Nous ne voulons que la paix et la sécurité, mais aussi entretenir des relations d’égal à égal». Le traité d’amitié entre Alger et Paris, qui devrait constituer le couronnement de la relance des relations algéro-françaises, entamée avec la «déclaration d’Alger» du 2 mars 2003 pour un «partenariat privilégié», a été annoncé dans le sillage de la visite du président Jacques Chirac en Algérie. Or, après une période d’«euphorie», ces relations ont subi de plein fouet les contrecoups de l’adoption par le Parlement français de la loi du 23 février 2004, qui positive la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord. Cette loi a été dénoncée par le président Bouteflika, à différentes occasions, indiquant qu’elle «représente une cécité mentale confinant au négationnisme et au révisionnisme» (le 26 juin dernier à Tlemcen). La loi du 23 février a eu pour conséquence, en outre, d’avoir jeté un froid entre les deux pays, visible à travers le manque d’enthousiasme affiché par les responsables des deux pays, le ralentissement dans la cadence des visites ministérielles des deux côtés et l’absence de déclarations sur l’évolution des relations bilatérales.

A. R.