Chirac apporte sa caution à Bouteflika

Chirac apporte sa caution à Bouteflika

Il a salué la réélection de son homologue algérien.

Par Véronique SOULE, Libération, 16 avril 2004

Premier chef d’Etat à se rendre en Algérie après la présidentielle, Jacques Chirac a apporté, hier, un spectaculaire soutien à son homologue algérien. Une semaine, jour pour jour, après l’écrasante victoire d’Abdelaziz Bouteflika (84,99 % dès le premier tour), le président français a salué sa «brillante» réélection et écarté les accusations de fraudes sur la foi des rapports des observateurs internationaux. «En dehors d’incidents normaux, le scrutin a été conforme aux règles de la démocratie. Au nom de quoi pourrais-je me substituer à des experts et porter un jugement personnel qui serait forcément orienté ?» s’est-il exclamé.

Election contestée. La brève visite de travail de Chirac, qui a passé moins de six heures sur place, avait ainsi pour enjeu essentiel d’apporter la caution française à cette élection contestée par l’opposition, et de légitimer un Président dont le score laisse rêveur. Durant la campagne électorale, Paris était par ailleurs apparu quelque peu désarçonné par le jeu opaque sur la scène politique algérienne, en particulier les rapports mouvants entre d’un côté les militaires, de l’autre les deux candidats «sérieux» (outre Bouteflika, l’ex-Premier ministre Ali Benflis), et le président en campagne a pu en ressentir quelque agacement. Les mots très chaleureux prononcés à son égard par Chirac durant sa conférence de presse l’auront largement réconforté. «Comme toujours, je repartirai avec beaucoup de joie dans le coeur», a, par exemple, lancé le président français.

A la différence de la visite d’Etat de Chirac, en mars 2003, qui avait soulevé une liesse populaire, ce bref séjour ­ un entretien suivi d’un déjeuner de travail ­ s’est déroulé à l’écart d’Alger, dans la résidence présidentielle de Zeralda. Bouteflika, qui n’a pas pour habitude de participer à des conférences de presse conjointes, n’a fait aucune déclaration. Son ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem, interrogé dans la matinée, avait toutefois déjà clairement résumé le sens de cette visite : Alger en attend «un signal politique fort» de soutien. A cet égard, le chef de l’Etat algérien n’a pas dû être déçu : la «relation d’exception» entre les deux pays est bien relancée, au moins symboliquement.

Concurrence naissante. Premier partenaire commercial de l’Algérie, la France, qui se félicite d’avoir relancé son dialogue politique avec Alger ­ les visites de part et d’autre se sont multipliées ­ ainsi que les relations culturelles, n’est toutefois plus l’interlocuteur incontesté du pouvoir algérien sur la scène internationale. Désormais, les Etats-Unis courtisent cet allié très expérimenté dans la «lutte antiterroriste», qui a su vendre sa «sale guerre» contre les islamistes comme un combat conte le terrorisme international. L’empressement mis par Chirac à venir féliciter son homologue n’est peut-être pas étranger à cette concurrence naissante. «Nous n’entrons pas dans cette polémique, a préféré éluder le chef de la diplomatie interrogé sur la question, en matière d’investissements, nous sommes ouverts à tous.»