Fillon évoque « un brevet de confiance » entre les deux pays

Accords nucléaire et militaire entre l’Algérie et la France

Fillon évoque « un brevet de confiance » entre les deux pays

El Watan, 22 juin 2008

La signature hier à Alger, à la faveur de la visite du Premier ministre (PM) français, de deux accords sur l’énergie nucléaire civile et sur la défense est perçue comme « un vrai brevet de confiance à long terme ».

Les mots sont ceux de François Fillon qui s’est adressé, dans l’après-midi, aux étudiants de l’Ecole supérieure algérienne des affaires (ESAA). Ces deux accords sont qualifiés de « sans précédent ». « L’accord-cadre nucléaire souligne l’existence d’un partenariat exemplaire entre nos deux pays. Aucun Etat européen n’a signé ce genre d’accord avec l’Algérie », a-t-il relevé. Mais peu d’informations existent sur le contenu du document.

On sait seulement que la France va aider l’Algérie à se doter, vers 2020, d’une centrale atomique, bien que le projet ne soit pas encore acquis, à créer un institut de génie nucléaire, à former des cadres dans le domaine du développement du nucléaire et de la recherche, à élaborer des plans de sûreté des équipements et – surtout – à explorer et exploiter les gisements de l’uranium du sud du pays. « La France coiffe ainsi sur le fil les Etats-Unis. Une manière pour l’Algérie de préparer l’après-pétrole et pour Areva d’engranger des contrats… », a écrit le quotidien Le Figaro, proche de la droite au pouvoir. Areva, groupe public, est leader mondial dans l’industrie nucléaire. « Le rôle de la France, c’est aussi d’aider des pays comme l’Algérie à développer leur nucléaire civil pour satisfaire la demande croissante des populations.

C’est d’appuyer, dès maintenant, l’essor des énergies renouvelables, le solaire, l’éolien, pour préparer les transitions énergétiques », a déclaré François Fillon. Il a rappelé la proposition de créer un groupe de travail commun sur l’énergie solaire et a souhaité que l’Algérie participe à « la prochaine révolution énergétique ». « L’énergie est un domaine dans lequel seuls le moyen et le long termes apportent des solutions (…) ; la conclusion d’accords de longue portée sur les hydrocarbures en fait partie », a-t-il souligné. A titre d’exemple, l’Algérie et la France sont liées par un accord gazier valable jusqu’à 2019. Qu’en est-il de l’accord militaire ? Peu de détails là aussi.

L’accord, négocié dans des conditions difficiles, porte sur la santé militaire et sur la formation des officiers. « Il faut également que nous examinions l’ensemble des opportunités de coopération industrielle dans le domaine de l’armement », a déclaré le PM français devant son homologue algérien. A Paris, on estime qu’il faut supprimer les barrières devant les contrats d’armements. Ce n’est pas par hasard que des responsables du consortium européen EADS et l’entreprise de construction navale militaire DCNS sont venus à Alger avec François Fillon. Autant que le ministre de la Défense Hervé Morin. Si Paris est convaincu que les avions de combat Rafale n’intéressent plus Alger (qui a opté par les Sukhoï russes), il y a une volonté de « vendre » la qualité de certains appareils de transport comme les hélicoptères.

Les armées des deux pays tentent de consolider une coopération relancée depuis 2003. Dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, des actions complémentaires communes vont être entamées. Qualifiant d’abject l’attentat qui avait ciblé, le 9 juin dernier, le groupe français Razel, François Fillon a estimé que ceux « qui font couler à terre le sang de l’Algérie et celui de ses amis » doivent savoir que « leur combat est vain ». « Sur les 300 entreprises présentes, une cinquantaine se sont implantées au cours des derniers mois.

C’est un témoignage solide de leur confiance à l’égard de l’Algérie », a-t-il noté, estimant le stock des investissements de ces entreprises à 2 milliards d’euros en 2007. Manière de répondre à Abdelaziz Belkhadem, qui dans la matinée, a demandé à ce que les investissements productifs soient au même niveau des échanges commerciaux entre les deux pays. François Fillon a rappelé que la RATP a remporté le contrat de gestion du métro et du tramway d’Alger et que Alstom construit les rames du tramway. Les groupes français souscrivent, selon lui, à d’importants accords de reprise des entreprises publiques. A l’image de Lafarge qui a acquis 35% de la Société des ciments de la Mitidja et de Air Liquide qui négocie l’achat de Sidal (froid industriel).

François Fillon a parlé d’un programme de compagnonnage ouvert à une cinquantaine de PME algériennes. « L’enjeu, c’est d’ouvrir au secteur privé algérien des débouchés extérieurs », a-t-il précisé, relevant que les PME assurent plus de 50% des exportations françaises vers l’Algérie. Selon lui, la France, qui souhaite « une adhésion prochaine de l’Algérie à l’OMC », espère la création d’une zone franche dotée d’un port en eau profonde. Cela sera perçu comme « un signal de première importance » dans l’avancée des réformes économiques dans le pays. Un mémorandum de coopération financière a été signé hier. Il prévoit la création d’une école du Trésor algérien et l’échange d’expertise dans le domaine des douanes et des ports.

L’Algérie veut plus de visas

Côté algérien, Abdelaziz Belkhadem, qui a offert un déjeuner à son homologue français, a appelé à une meilleure circulation des personnes. La dimension humaine demeure, à ses yeux, importante pour donner du sens à la coopération bilatérale. « La circulation des personnes conditionne l’échange des compétences. Etudiants, hommes d’affaires, scientifiques, artistes sont les vecteurs de la relation privilégiée entre nos deux pays. Leur circulation doit être facilitée », a précisé le Premier ministre français qui a annoncé qu’en 2007, 170 000 visas ont été accordés aux demandeurs algériens. La France est, selon lui, attachée à une immigration professionnelle, profitable au Nord comme au Sud.

« L’immigration illégale, c’est le circuit de la détresse (…) C’est aussi une source de déséquilibre pour le pays d’accueil. L’Algérie connaît cette préoccupation puisqu’après avoir été un pays de départ et de transit, elle devient à son tour un pays d’accueil de l’immigration », a-t-il observé. L’Algérie, selon Abdelaziz Belkhadem, a proposé un projet de mémorandum d’entente en matière de coopération dans les domaines du travail et de la sécurité sociale. Le cadre légal actuel paraît dépassé.

Défendant le projet de l’union pour la Méditerranée (UPM), dont le sommet fondateur est prévu le 13 juillet 2008, François Fillon s’est montré confiant quant à la participation de l’Algérie à cette initiative. « C’est son intérêt, et c’est aussi celui de tous les pays riverains, en matière de protection civile, de lutte contre la pollution maritime, de soutien aux PME (…) Il s’agit d’élaborer des projets concrets à égalité entre le Nord et le Sud », a-t-il noté. Il a qualifié de « polémiques stupides » les critiques soulevées en France sur la prochaine visite du président syrien, Bachar Al Assad, invité par Nicolas Sarkozy pour participer à la fête nationale du 14 juillet et également au sommet de l’UPM. François Fillon a confié aux étudiants de l’ESSA (école algéro-française) avoir usé du langage de la franchise avec Abdelaziz Belkhadem. « On s’est dit des choses en se regardant en face ! », a-t-il déclaré.

En fin de journée, et peu de temps avant de rencontrer les représentants de la communauté française, François Fillon a rendu visite à la basilique Notre-Dame d’Afrique à Alger où il a été reçu par le recteur, le père Bernard Lefebvre et monseigneur Henri Teissier (qui part à la retraite). Officiellement, le responsable français a voulu inspecter les travaux de réhabilitation de la basilique, des travaux financés en partie par Paris. Mais visiblement, il voulait lancer un message à la communauté chrétienne établie en Algérie, objet de pressions et de soupçons matérialisés par l’affaire Habiba Kouider de Tiaret.

Par Faycal Metaoui