Des personnalités politiques orginaires du Maghreb publient un appel contre la loi francaise du 23 Février

Des personnalités politiques orginaires du Maghreb publient un appel contre la loi francaise du 23 Février

Du rôle “positif” de la colonisation

Par : Rédaction de Liberté, 20 décembre 2005

À l’initiative de représentants UMP à l’Assemblée nationale, parmi lesquels de nombreux élus de la région Paca, le Parlement français a jugé bon de s’engager dans cette tentative d’imposer une histoire officielle, méthode bien connue dans les pays totalitaires.
Tout d’abord réaffirmons qu’il n’appartient pas au législateur de donner une version officielle de l’histoire, ni de définir des programmes scolaires, pour satisfaire telle ou telle communauté. La vérité historique n’a pas besoin de lois pour exister.
Certes, des équipements d’infrastructures ont été réalisés, mais avec une main-d’œuvre traitée comme des serfs et avec nombre de prisonniers de droit commun ou politiques déplacés en Algérie (communards par exemple).
Oui, la colonisation a eu un rôle très positif, mais pour le colonisateur. N’oublions pas que le Maghreb fut le grenier à blé de l’Europe, réservoir de main-d’œuvre corvéable à merci, hydrocarbures, zone des premiers essais nucléaires…
Pour le colonisé, évoquer la colonisation pour intégrer son “rôle positif” dans la loi française s’apparente a du “révisionnisme”, même si aujourd’hui nombre d’Algériens revendiquent la langue française dans leur héritage.
La réalité est qu’un État en a occupé un autre, au nom des valeurs du siècle des lumières, mais en fait pour ses intérêts !
Par ailleurs, même si le conflit franco-algérien n’est pas comparable, en gravité comme en horreur, au génocide des populations juives en Europe (1939-1945), la France pourrait faire amende honorable, ne serait-ce que pour ses intérêts bien compris ; à l’image de l’Allemagne qui a demandé pardon auprès de la France pour le développement de ses intérêts dans l’essor de l’Europe.
Aujourd’hui, notre démocratie est en danger. En effet, l’irruption du pouvoir politique dans le travail scientifique est une remise en cause de l’un des droits essentiels d’une démocratie, l’indépendance de l’historien, et touche les enjeux de la mémoire dans cette démocratie.
Le passé de notre pays doit être assumé dans toute sa complexité, et le rôle du politique en la matière doit consister à apaiser et rassembler et non pas à jeter inutilement du sel sur des plaies encore mal cicatrisées et ainsi prendre le risque de contribuer au développement des communautarismes.
Les signataires de la présente, de différentes sensibilités politiques, s’insurgent contre ce dévouement à la fois de l’institution parlementaire et de l’histoire, et s’inquiètent notamment des conséquences de celui-ci sur la stigmatisation des populations issues des anciennes colonies.

Nouredine Hagoug, conseiller d’arrondissements de Marseille (UMP)
Alima Boumediène-Thiery, sénatrice (Verts)
Samia Ghali, vice-présidente du Conseil régional Paca (PS)
Amirouche Laïdi, adjoint au maire de Suresnes (UMP)
Olivier-Fayçal Zehar, président du conseil des démocrates musulmans PACA
Abel Djerari, conseiller des 11e et 12e arr. de Marseille (NI)
Djamila Sonzogni, conseillère municipale de Mulhouse (conseillère régionale des Verts).