Quand les Antilles et l’Algérie s’élèvent contre l’«histoire officielle»

Quand les Antilles et l’Algérie s’élèvent contre l’«histoire officielle»

Elus d’outre-mer et politiques algériens contestent «le rôle positif» de la France dans ses anciennes colonies.

Guillaume Perrault, Le Figaro, 08 décembre 2005

L’ARTICLE 4 DE LA LOI du 23 février 2005 qui prévoit que «les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord» suscite depuis une semaine des protestations aux Antilles et en Algérie. Plusieurs élus des départements et territoires d’outre-mer voient dans l’initiative du Parlement la marque d’un complexe de supériorité de la métropole à l’égard de ses anciennes colonies.

S’exprimant à l’Assemblée le 30 novembre, Victorin Lurel, président du conseil régional de Gua deloupe et député socialiste, a ainsi déclaré : «Sommes-nous condamnés, par une sorte de châtiment historique, à «remâcher le vomi» du racisme, de l’orgueil et de l’arrogance colonialiste ?» Alfred Marie-Jeanne, président indépendantiste du conseil régional de Martinique et député, accuse pour sa part la majorité parlementaire de vouloir nier les pages noires de la colonisation, à commencer par l’esclavage. «Les députés UMP évincent la reconnaissance des crimes, des génocides, de l’aliénation, de la soumission des peuples et de la traite négrière», va jusqu’à affirmer l’élu.

Son homologue de Guyane, Antoine Karam (Parti socialiste guyanais), qualifie l’article litigieux d’«atteinte à la mémoire collective» et appelle les enseignants à «la désobéissance». Christiane Taubira n’est pas davantage convaincue par les arguments du rapporteur du projet de loi, Christian Kert (UMP, Bouches-du-Rhône), qui souligne que la majorité parlementaire souhaitait seulement «inviter les manuels scolaires à une présentation honnête et équilibrée des faits». Le député apparenté PS de Guyane voit au contraire dans le choix du Parlement une «entreprise de lacération du tissu de l’humanisme».

A ces protestations émanant d’élus des DOM-TOM s’ajoute l’hostilité des pouvoirs publics algériens. Le 21 juin 2005, le président Bouteflika, alors en pleine campagne électorale, avait qualifié l’article 4 de la loi de «cécité mentale confinant au négationnisme et au révisionnisme». Le chef de l’Etat algérien a en effet comparé à plusieurs reprises le comportement de la France pendant la guerre d’Algérie à celui des nazis pendant l’Occupation. En termes moins extrêmes, le Parlement algérien et les partis de l’Alliance présidentielle, comme le Front de libération nationale (FLN) interprètent eux aussi la loi de février 2005 comme une volonté de réhabiliter une «histoire officielle» de la colonisation.

Ni le Maroc ni la Tunisie ne se sont en revanche associés aux protestations de l’Algérie. La controverse n’a pas non plus pris un tour passionné dans les pays d’Afrique subsaharienne. Interrogé sur le sujet le 4 décembre au 23e sommet Afrique-France à Bamako, Jacques Chirac, avait indiqué que «cette polémique, que je comprends parfaitement, n’a pas transparu dans nos échanges pendant deux jours» avec les chefs d’Etat africains.