L’ambassadeur de France à Alger prédit que « Sarkozy surprendra les Algériens »

L’ambassadeur de France à Alger prédit que « Sarkozy surprendra les Algériens »

Le Monde, 15 juin 2007

Les relations entre la France et l’Algérie ne seront pas aussi personnalisées qu’elles le furent avec Jacques Chirac mais elles resteront du seul ressort de l’Elysée. « Sachez que mon seul patron, c’est Sarkozy », a répondu l’ambassadeur de France en Algérie, Bernard Bajolet, à des journalistes algériens qui l’interrogeaient, au cours d’une rencontre informelle, sur les options du chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner. Les propos de M. Bajolet, qui n’étaient pas destinés à publication, ont fait la Une de la presse algérienne du 11 juin.

Que le président rejette l’idée d’une « repentance » de la France pour son comportement en Algérie pendant la période coloniale n’est pas un obstacle à un « partenariat d’exception » entre les deux pays, a expliqué M. Bajolet. D’ailleurs, « le principe de ne pas accepter l’idée d’une repentance fait l’unanimité au sein de toute la classe politique », a observé le diplomate.

Le dossier du Sahara occidental n’est pas davantage un facteur de blocage. « Ce n’est pas un problème majeur ni un enjeu pour la France », a assuré M. Bajolet. Et le diplomate – passé par la Bosnie et l’Irak – d’ajouter : « Sarkozy surprendra les Algériens (comme) il a déjà surpris les Français. »

Toujours selon les propos du diplomate, le président français et son homologue algérien, Abdelaziz Bouteflika, « se sont entendus sur la méthode et les objectifs du partenariat d’exception » que les deux pays souhaitent et qui pourrait se conclure par une visite du président Sarkozy à Alger « à moyen terme ». Au-delà, il s’agit de jeter les bases d’une Union méditerranéenne qui est l’objectif stratégique du nouveau président français.

Evoquant la question des sans-papiers, l’ambassadeur a évalué à « environ 350 000 » le nombre d’Algériens qui vivraient aujourd’hui en situation irrégulière en France. M. Bajolet n’a pas précisé sur quelle étude ce chiffre, jamais cité jusqu’à présent, était basé. « Nous n’allons pas les renvoyer du jour au lendemain. (…) Une politique est en cours d’élaboration » pour qu’ils puissent regagner leur pays d’origine, a nuancé le diplomate.

Interrogée par Le Monde, l’ambassade de France à Alger confirme les comptes rendus de la presse algérienne, tout en soulignant que certains des propos de l’ambassadeur se voulaient confidentiels.
Jean-Pierre Tuquoi
Article paru dans l’édition du 15.06.07