Les entreprises françaises tablent toujours sur un allègement des contraintes en Algérie

Les entreprises françaises tablent toujours sur un allègement des contraintes en Algérie

Lena Said, Maghreb Emergent, 30 Mai 2011

540 entreprises dont 160 françaises ont pris part au 1er forum de partenariat et d’affaires algéro-français. Ce rendez-vous unique par sa conception, a couronné une année de négociations entre le ministre de l’industrie, de la PME et de la promotion de l’investissement, Mohamed Benmeradi, et l’ «Envoyé spécial pour les Affaires économiques en Algérie», Jean-Pierre Raffarin, pour la relance des échanges économiques entre Alger et Paris. Objectif amener plus de PME françaises à co-investir en Algérie.

Depuis le dernier trimestre 2010, les négociations entre les deux hommes ont porté sur la levée des contraintes à lesquelles étaient confrontés les groupes français présents en Algérie et la recherche des moyens incitant les PME de l’Hexagone à s’implanter dans le marché algérien par le biais du partenariat avec les entreprises algériennes dans les secteurs de l’agro-industrie, de la pharmacie, de la mécanique, de la métallurgie, de la chimie pour ne citer que ceux qui sont inscrits principalement dans le cadre de la politique de réhabilitation du tissu industriel que le gouvernement tente de mener depuis 2006 au moins.

Le premier volet a, selon les déclarations de Jean-Pierre Raffarin, servi à débloquer les projets d’investissement d’Alstom, Sanof-aventis, Saint Gobain, Total, Renault et Lafarge Ciment. Les avancées les plus significatives ont sans doute concerné le règlement du contentieux qui opposait aux autorités algériennes au cimentier Lafarge depuis son rachat en 2008 des titres miniers d’Orascom Ciment. L’opérateur dont les deux cimentiers d’Oggaz et Msila produisent actuellement près de 8 millions de tonnes devrait se lancer avec le groupe public GICA dans le développement de son réseau de centrales à bétons et dans la construction d’une nouvelle cimenterie près de Constantine. Le groupe pharmaceutique Sanofi, occupe la place de premier producteur privé et de premier investisseur étranger. 43% de son activité en volume est réalisée en production locale équivalente à 33 millions d’unités en 2010. Le groupe est parvenu à régler le différend qu’il avait avec la Banque d’Algérie et à relancer son projet d’une nouvelle usine de médicaments à Sidi Abdallah constitué à 100% de ses capitaux. Saint Gobain, dont le rachat à 100% de l’entreprise verrière ENAVER d’Oran s’était heurté depuis 2008 au refus du syndicat, vient lui aussi de voir son opération de privatisation concrétisée. L’énergéticien Total n’a pas terminé ses négociations avec Sonatrach mais parmi les éléments qui ont « sensiblement évolué », selon une source du ministère algérien de l’industrie, figure la question du lieu d’emplacement du complexe de vapocraquage, initialement prévu à Arzew dans l’ouest algérien, mais devrait, selon les spécialistes, plutôt se faire près du lieu de l’ extraction de l’éthane.

400 entretiens en deux jours

Le deuxième volet, pour lequel le forum a été véritablement organisé, consiste à convaincre les 160 entreprises françaises présentes à ce symposium à se lancer dans le co-investissement avec les entreprises algériennes. Jean-Pierre Raffarin a déclaré à l’ouverture du forum s’attendre à ce que les workshops et les séances « business to business », 400 entretiens au total, puissent être au moins concrétisées par une dizaine de contrats. Le ministre français délégué au commerce extérieur, Pierre Lellouche, a considéré que l’investissement français en Algérie comme inéluctable pour défendre des parts de marché menacées selon lui par la « concurrence turque et chinoise ». La France qui demeure le premier fournisseur de l’Algérie avec plus de 6 milliards de dollars et son 4ème client avec plus de 4, 5 milliards, selon les chiffres de la douane en 2010, entend protéger ce rang et rester sur les 15 à 20% de parts de marché dont elle dispose actuellement.

Amener 5% à 10% de PME fournisseuses de l’Algérie

Cette préservation passe par une politique d’investissement qui bouscule les structures actuelles de l’échange économique et commercial entre les deux pays et par des ambitions que le chef de bureau d’Ubifrance à Alger, Alain Boutebel, a précisé en indiquant que l’objectif est que 5 à 10% des PME françaises exportant vers l’Algérie et qui représentent 50% du volume des échanges entre les deux pays, parviennent à créer des sociétés mixtes algéro-française. Cet objectif qui va au-delà du forum qui se tient depuis hier à Alger est motivé par le fait que le cadre juridique de l’investissement en Algérie ne suscite plus les frayeurs d’avant et par le fait que les milieux économiques et d’affaires français s’attendant à des aménagements qui leur rendent les opérations d’investissement moins contraignantes.

L’aveu du Premier ministre Ahmed Ouyahia selon lequel l’environnement actuel des affaires n’est pas encourageant, un constat déjà établi par nombre d’experts et de chefs d’entreprise étrangères en Algérie, permet de croire que ces aménagements sont possibles. Ils peuvent être accélérés si le forum fournit des résultats et aboutisse à la signature de contrats dans le co-investissement. Avant le gagnant-gagnant, on est pour l’instant dans le donnant-donnant.