Mesures concrètes de lutte antiterroriste en Méditerranée

Dans le cadre du renforcement de la sécurité décidé par les ministres de la Défense des «5+5»

Mesures concrètes de lutte antiterroriste en Méditerranée

 

Par Younes Hamidouche, La Tribune, 22 décembre 2004

Lors de leur réunion tenue hier matin à Paris, les ministres de la Défense des pays membres du groupe dit des «5+5» ont convenu d’établir «un plan d’actions annuel qui regroupe les actions pratiques sur les questions de sécurité qui seront développées au cours de l’année». Dans leur «Déclaration d’intention» et conformément au renforcement projeté de la sécurité dans la région, les ministres de la Défense du «dialogue des 5+5» ont notamment opté pour des mesures concrètes de lutte antiterroriste en Méditerranée, précisément son pourtour occidental, soit le Portugal, l’Espagne, la France, l’Italie et Malte, côté européen, et les Etats maghrébins, de l’autre.«Il s’agit de constater que nous avons en commun à relever un certain nombre de défis : lutte contre le terrorisme, lutte contre les trafics divers et également lutte contre les catastrophes de type écologique ou naturel», a résumé à ce propos le ministre du pays hôte, Michèle Alliot-Marie, lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion. Les «5+5» indiquent que le terrorisme est «un danger permanent pour la communauté internationale, en particulier lorsqu’il utilise des aéronefs civils». «Le traitement national et souverain du terrorisme aérien gagnerait à s’appuyer sur une coopération régionale facilitant l’anticipation nécessaire à la prise de décision», notent-ils à ce sujet en estimant que la mise en place d’une «action de concertation et d’échanges d’information entre centres militaires pourrait contribuer à réduire le risque et les dommages consécutifs au terrorisme aérien».A cette réunion des ministres de la Défense, a pris part Noureddine Yazid Zerhouni, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, en représentation du président de la République, ministre de la Défense, Abdelaziz Bouteflika. Lors de la conférence de presse conjointe, le ministre algérien a évoqué, rapporte l’APS, la préoccupation commune des pays riverains de la Méditerranée de lutter ensemble contre les fléaux que sont la grande criminalité, la contrebande et le trafic de drogue dont la provenance n’est «pas seulement du sud» du Bassin méditerranéen. Hier, le rendez-vous ministériel à Paris, à l’issue duquel est relevée conjointement une «volonté de développer une initiative de coopération multilatérale dans le but de promouvoir la sécurité en Méditerranée occidentale», semble avoir fait avancer la question de la sécurité en Méditerranée vers davantage de stabilité. Les ministres de la Défense de Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie et Libye, comme leurs homologues du sud de l’Europe au sein du groupe des «5+5», ont décidé, comme l’indique le texte de la déclaration commune qu’ils ont paraphé hier dans la capitale française, de «créer un Comité directeur, composé de deux représentants des ministères de la Défense de chaque nation afin de diriger et de superviser l’application des actions convenues» concernant la sécurité en général et la lutte antiterroriste en particulier. Cette déclaration se fixe l’objectif de «promouvoir des activités pratiques de coopération dans les domaines d’intérêt commun», comme c’est le cas de «la sécurité en Méditerranée occidentale», une région faisant face notamment au terrorisme et à divers trafics illégaux. Pour ce faire, ledit Comité directeur «désignera, si besoin, des comités d’experts pour le soutien des activités». Résumée, la coopération projetée entre les membres des «5+5» s’articule autour d’une réunion annuelle des ministres de la Défense afin d’établir un «plan d’action», d’un «comité directeur» pour suivre le côté exécutif du plan en question et, enfin, des «comités d’experts» qui se chargeront des spécificités qui en découleraient. Dans le premier plan d’action établi en ce 21 décembre 2004, les «5+5» prévoient dans leurs propositions d’action de coopération, à concrétiser dès 2005, la contribution des ministères de la Défense à «la surveillance maritime en Méditerranée», à «la protection civile» lors de catastrophes majeures (naturelles ou non), à «la sécurité aérienne en Méditerranée» pour lutter contre le «danger du terrorisme», etc. Usage frauduleux de la liberté de navigation qui fonde le droit maritime et notamment l’utilisation des océans à des fins terroristes mais aussi l’exploitation illégale des zones de pêche, le transport de grandes quantités de drogues ou d’autres trafics illégaux, catastrophes comme la pollution, les naufrages et les accidents maritimes devraient ainsi être prévenus à travers les actions concrètes attendues. «Les pays littoraux sont tous autant concernés par les problèmes de sécurité dans la région méditerranéenne» et «la cohésion entre nos pays est la meilleure façon de les régler», reconnaissent les ministres des «5+5». «Nous souhaitons mener cette initiative dans le but de renforcer la compréhension mutuelle comme mesure de confiance et de nous permettre de gérer les problèmes concernant la sécurité», ont-ils souligné. A l’exception de la Libye, représentée par le major général Ahmed Mahmoud Az Zwai, directeur de l’organisation centrale des acquisitions, de la recherche et de l’industrie dans le domaine militaire, les délégations des neuf autres pays étaient conduites par des ministres. Les agences de presse rapportant l’information notent la présence de tous les représentants des ministères de la Défense des «5+5» à la conférence de presse et au déjeuner offert par Mme Alliot-Marie à l’hôtel de Brienne, siège du ministère français de la Défense. Il est à noter enfin que les «5+5» inscrivent leur démarche commune dans «une relation de confiance» inscrite dans la durée. A cet effet, est prise la décision de charger chaque partie prenante d’accueillir à son tour la réunion annuelle des ministres. Suivant l’ordre alphabétique, c’est l’Algérie qui devrait accueillir ladite réunion fin 2005.    

Y. H.