Filières tchétchènes : réquisitoire attendu

JUSTICE

Filières tchétchènes : réquisitoire attendu

NOUVELOBS.COM | 04.05.06

Le réquisitoire est attendu ce jeudi dans le procès où sont poursuivis 27 islamistes radicaux présumés.

A veu face aux enquêteurs, rétractation devant la cour. Alors que le réquisitoire est programmé pour jeudi 4 mai, les six semaines du procès des 27 prévenus des filières tchétchènes auront avant tout été marquées par les très nombreux incidents entre la présidente, Jacqueline Ribeyrotte, et les avocats de la défense qui n’ont cessé de contester sa manière de procéder ainsi que le déroulement de l’instruction.
A plusieurs reprises les défenseurs ont ainsi, tous ensemble, claqué la porte de la salle d’audience pour protester contre les longs monologues de la présidente, qui n’aurait pas suffisamment donné la parole aux prévenus, les nombreuses fouilles aux corps subis par leurs clients à la prison et au Palais de justice, ou les méthodes des juges antiterroristes.

Requête de récusation de la présidente

Le 4 avril, Mes Isabelle Coutant-Peyre et Dominique Beyreuther, avocates de Merouane Benhamed et Mohamed Marbah, ont même saisi le premier président de la Cour d’appel de Paris, Renaud Chazal de Mauriac, d’une requête en récusation de la présidente. La demande est restée sans réponse.

Quelques jours plus tard, la défense a réclamé l’audition au procès des juges d’instruction antiterroristes, Jean-Louis Bruguière et Jean-François Ricard, qui ont mené l’enquête.
C’était à la suite des déclarations de Maamar Ouazane, un Algérien de 33 ans, selon lesquelles les juges auraient fait pression sur lui, lui promettant sa remise en liberté, s’il avouait l’existence de projets d’attentats visant la France en 2001 et 2002. C’est lui qui, après son arrestation en janvier 2005, avait donné des indications sur des cibles potentielles d’attentats planifiés par le groupe de La Courneuve-Romainville, notamment la Tour Eiffel ou des commissariats de police à Paris.
« Ce n’est pas moi qui ai fait ces déclarations. Ce sont des déclarations qu’on m’impute », a-t-il déclaré au procès faisant état de coups reçus au cours de sa garde à vue. « J’ai confirmé ce qu’on me demandait de confirmer », a expliqué Maamar Ouazane pour lequel tous les propos qu’on lui prête sont « du vent ».

Eviter toutes confrontations avec les autres prévenus

Selon le prévenu, son avocat lui aurait confirmé qu’il allait être remis en liberté par le juge Bruguière s’il maintenait ses accusations.
Le juge aurait même demandé à l’avocat de faire « disparaître » son client pour éviter toute confrontation avec les autres prévenus, notamment l’un des principaux mis en cause, Menad Benchellali.
« Les genoux à terre, menotté dans le dos, j’ai reçu des coups au niveau de la poitrine, des épaules, avec un grand livre. Il fallait que je confirme ce qu’on me disait: avec l’épuisement, les coups, le manque de sommeil pendant quatre jours de garde à vue, c’était trop! », a également déclaré Khaled Ouazane, confirmant les propos de son frère.
Reste que Menad Benchellali, qui s’est défendu seul, a reconnu au cours du procès son implication pour la cause islamiste. « Je ne le nie pas, le djihad, c’est ma vie », a-t-il souligné affirmant aussitôt qu’il n’était « pas connu dans le milieu islamiste ». « Je n’étais pas un combattant ».
« Si j’étais un vrai combattant, un ancien d’Afghanistan comme le soutient l’accusation, on m’aurait laissé entrer en Tchétchénie. Or ce n’est pas le cas », a affirmé cet aîné de six enfants d’un imam de Vénissieux. Faisant état de sa « grande déception psychologique » à son retour de Géorgie en janvier 2002, sans avoir pu passer en Tchétchénie.

Fin du procès le 12 mai

Très ferme, il a toujours nié tout projet d’attentat en France. Selon l’accusation, lors de son arrestation en décembre 2002, il travaillait à la réalisation d’une bombe chimique. Ses parents et son frère Hafed ont comparu à ses côtés pour l’avoir aidé dans ses projets.
Le réquisitoire du procureur de la République, Anne Kostomaroff, est attendu jeudi. Il doit durer toute la journée. Les 27 prévenus encourent dix ans d’emprisonnement. A partir de vendredi, la parole sera aux avocats de la défense. Le procès doit se terminer le 12 mai. Le jugement sera mis en délibéré à plusieurs semaines. AP