Le rapport de l’IGPN exclut les tortures policières

Le rapport de l’IGPN exclut les tortures policières

Jean Chichizola et Jean-Marc Leclerc, Le Figaro, 18 mars 2006, (Rubrique France)

L’enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) ne confirme pas les graves exactions des officiers de l’antiterrorisme contenues dans le livre «Place Beauvau».

APRÈS LA POLICE des polices, la justice aura bientôt à connaître des accusations de mauvais traitements infligés à des suspects lors de l’enquête sur les attentats de 1995. A l’époque, la France est à feu et à sang. Les bombes placées par les terroristes ont fait huit morts et une centaine de blessés.

Présenté hier par son directeur, Jacques Lamotte, le rapport de l’IGPN sera donc transmis au parquet de Paris. Les investigations sur les accusations de manipulation contre un nationaliste corse sont quant à elles bloquées par la procédure judiciaire (voir ci-dessous).

Les vérifications de l’IGPN ont commencé le 9 février dernier après la publication du livre Place Beauvau : la face cachée de la police. Concernant les faits de 1995, il s’agissait d’«enquêter dans la plus totale transparence sur les affirmations décrivant des tortures, mauvais traitements, humiliations et violences». Des policiers aux interprètes, en passant par d’anciens suspects, pas moins de 179 personnes ont été entendues. Le rapport conclut au manque d’éléments permettant d’affirmer que des tortures, notamment à l’électricité, ont eu lieu. Il conteste fermement nombre d’éléments factuels du livre, comme l’utilisation d’une laisse, la défenestration d’un suspect, la pendaison d’un autre à un portemanteau ou la privation de sommeil et de nourriture. Mais il accrédite la thèse de coups portés, soulignant notamment que l’un des suspects a eu le tympan crevé.

«J’attends que le directeur général de la police nationale de l’époque donne un certain nombre de précisions», a indiqué jeudi Jean-Louis Debré, ministre de l’Intérieur au moment des attentats de 1995. Il donne donc à l’affaire un tour politique. Car le haut fonctionnaire visé n’est autre que Claude Guéant, aujourd’hui directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy. «Et à travers lui, c’est Sarko que Debré, premier des chiraquiens, cherche à atteindre», assure un préfet. Jean-Louis Debré n’aurait guère apprécié que Nicolas Sarkozy botte dans sa direction quand il a été interrogé par la presse lors de la sortie du livre. «Debré a de la mémoire», assure l’un de ses collaborateurs. Et les magistrats ne manqueront sans doute pas de la solliciter dans le cas, fort probable, où la justice irait plus loin dans cette enquête. «Ne serait-ce que pour rendre justice aux hommes de l’antiterrorisme qui s’estiment salis», précise un cadre de la direction générale de la police nationale.