La rue met la pression sur les partis

MAL-VIE, INFRASTRUCTURES DÉFAILLANTES, DÉTÉRIORATION DU POUVOIR D’ACHAT…

La rue met la pression sur les partis

Par Mohamed TOUATI, L’Expression, 18 Avril 2012

Les citoyens crient leur malaise et dénoncent la détérioration de leur cadre de vie tandis que les candidats ont commencé à sillonner le territoire national pour éviter une abstention massive.

A chacun sa campagne. Il y a comme un dialogue de sourds qui tend à s’instaurer en ce début de campagne électorale entre les formations politiques et leurs potentiels électeurs qui ont intensifié les mouvements de protestation ces dernières quarante-huit heures. Des messages clairs sont adressés à ceux qui auront la responsabilité de définir la politique sociale et économique de l’Algérie après le 10 mai 2012. Un affrontement pacifique à distance et à fleurets mouchetés qui indique surtout pour le moment que les priorités des uns et des autres, sans se situer aux antipodes, ne donnent pas l’impression de vouloir converger. Les Algériens crient leur malaise et dénoncent la détérioration de leur cadre de vie tandis que les candidats ont commencé à sillonner le territoire national pour éviter une abstention massive. Si la campagne n’a pas démarré sur les chapeaux de roues, les citoyens de certaines régions du pays ont mis la pression sur les responsables qui ont en charge les affaires de la cité. Plusieurs axes routiers ont été fermés à la circulation par des riverains en colère alors que des mouvements de grève se profilent dans certains secteurs (Education, santé…). Pour la journée de lundi, ce ne sont pas moins de deux manifestations de ce type qui ont été signalées. Une à un important carrefour de la périphérie de la capitale des Hammadites tandis que l’autre à Ighrem a provoqué la fermeture de la RN 26 (voir L’Expression du 17 avril). La RN23 entre Tiaret et Aflou, dans la wilaya de Laghouat, a connu la même journée un sort identique… A Tissemsilt, dans un autre registre, ce sont des habitants d’un douar (Boudoumi) qui ont manifesté leur désarroi pour sensibiliser les responsables locaux quant à leur cadre de vie (pénurie d’eau, réseau routier défectueux…). A Oran, des lycées sont paralysés par une grève du Cnapest. Le CHU de la capitale de l’Ouest est quant à lui perturbé depuis quelques jours par la cessation de travail des employés des corps communs alors que la Fédération des retraités se penche sur la détérioration du pouvoir d’achat laminé par une féroce flambée des prix des produits de consommation et des fruits et légumes et compte interpeller les pouvoirs publics. Ce dernier exemple de mécontentement constitue un autre foyer de contestation potentielle qui s’est inévitablement invité à la campagne des législatives. Il risque fort de déterminer le niveau d’abstention de cette élection qui s’annonce d’ores et déjà comme l’enjeu incontournable du scrutin du 10 mai. Dans chacun des contextes, les messages destinés par les électeurs éventuels à ceux qui auront pour mission de faire résonner leurs voix au sein de la future Assemblée nationale sont clairs: mal-vie, détérioration de l’environnement, pénurie d’eau, réseaux routiers dégradés quand ils ne sont pas tout simplement inexistants, sécurité routière, manque de moyens de transport… Entre les Algériens qui demandent l’amélioration de leur quotidien et ceux qui sollicitent leurs suffrages, la partie s’annonce serrée. Certains leaders de parti en ont pris acte et redoutent une abstention record. L’Alliance pour l’Algérie verte (MSP, En Nahda et El Islah) a renouvelé, lundi à Jijel, son appel aux citoyens pour qu’ils se rendent «massivement» aux urnes le 10 mai. Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), a lancé un appel, le même jour, pour faire de ce scrutin «un référendum populaire»… Leurs appels seront-ils entendus? Cela ne sera pas aussi facile. Il faudra plus que des promesses. Il n’y aura pas de place pour des mesures «farfelues» comme celle annoncée par le président du MSP qui a proposé d’instaurer une aumône légale pour lutter contre le chômage des jeunes qui, rappelons-le, est de 25%. Les citoyens veulent du concret. Il n’y aura pas ce chèque en blanc…De quoi seront capables les partis? Le défi leur est lancé…