Législatives 2012 : retour en avant

Législatives 2012 : retour en avant

El Watan, 23 février 2012

Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, amendera, avant fin 2012, ses propres amendements constitutionnels de 2008 !

C’est ce que croient savoir nos collègues du site d’information DNA, recoupant ainsi plusieurs indices convergeant vers un retour au verrouillage des mandats présidentiels tel que prévu dans la Constitution de 1996. Le chef de l’Etat, pour rappel, avait procédé à l’amendement de la Loi fondamentale en 2008 pour se permettre un troisième mandat. Un amendement voté haut la main par les deux chambres du Parlement et qui avait soulevé une vive protestation chez de nombreux acteurs de la société civile, à l’instar des pétitionnaires du texte «Respectez la Constitution». Dans ce texte, les rédacteurs fustigeaient la «constitutionnalisation de l’autoritarisme».

En vain, l’amendement passa, écrasant au passage toute opposition. «A chaque président une Constitution», regrettaient plusieurs observateurs du semblant de vie politique nationale et l’idéal de Boumediène d’«institutions qui ne disparaissent pas avec la disparition des hommes» ressemble plus à une mauvaise blague. «Oh, il ne faut pas rêver : même Boumediène aurait aimé rester indéfiniment à la tête de l’Etat», souligne un ancien ministre, qui ajoute que l’Algérie, en adoptant la Constitution de 1996, «avait créé un précédent dans le Monde arabe en rompant avec la présidence à vie». «Or, depuis 2008, nous avons fait un bond en arrière, alors que le Monde arabe a vécu un printemps qui a enterré l’option de la présidence à vie et des présidences héritées», poursuit notre ancien ministre.

«C’était une grave erreur d’avoir laissé le président amender la Constitution, reconnaît un notable du régime. Même les militaires se sont laissés convaincre, maintenant, ils s’en mordent les doigts !» Et là, on rembobine le fil de l’histoire. L’opinion publique est sommée d’oublier ses misères hivernales pour aller massivement élire une Assemblée de députés qui «auront pour mission d’élaborer la nouvelle Constitution», selon les déclarations par SMS du ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, à Reuters. Rien que cela ! Ce jeu de yoyo avec le texte fondamental – au-delà de la conjoncture propre aux plans du président Bouteflika ou aux injonctions US (Welcome Hillary, n’est-ce pas ?!) – renseigne sur le peu d’égards que portent les dirigeants algériens aux lois et aux institutions. Ainsi, c’est toujours à la biologie, et non à la démocratie effective, de réguler nos systèmes politiques.
PS : dernière nouvelle : Ould Kablia parle de «mission sacrée» en évoquant l’amendement de la Constitution !

Adlène Meddi