Les partis à la veille des élections locales

FLN-RND

Le retour des redresseurs

Le Soir d’Algérie, 3 novembre 2012

A la veille du lancement officiel, demain dimanche, de la campagne électorale pour les élections locales du 29 novembre prochain, les «mouvements de contestation» ou, pour coller à la nouvelle mode en vogue dans le paysage politique algérien, de «redressement», reviennent à la charge. Aujourd’hui même, samedi, deux manifestations distinctes sont prévues par les «mécontents» respectifs des deux plus grands partis du pays, le Front de libération nationale et le Rassemblement national démocratique.
C’est ainsi qu’à Hydra, où se trouve le siège national du FLN, est prévu «un rassemblement» hostile au secrétaire général du parti, Abdelaziz Belkhadem, par des contestataires qui sont sur la brèche depuis octobre 2010. Les «redresseurs» du FLN, qui n’avaient échoué dans leur entreprise de renverser Belkhadem en juin dernier qu’au sauvetage de dernière minute venu de la présidence, ne désespèrent toujours pas et comptent maintenir la pression jusqu’au bout. Et le «jusqu’au bout» au FLN n’est pas la prochaine élection locale mais la future présidentielle qui se profile à l’horizon ! C’est en définitive cette échéance majeure qui a suscité, dès le départ, ce long bras de fer entre Belkhadem et ceux, nombreux, qui cherchent à lui barrer la route vers le palais d’El-Mouradia. L’homme n’arrive d’ailleurs même plus à dissimuler son ambition de succéder à Abdelaziz Bouteflika. Moins «voyante» qu’au FLN, la contestation montante au RND et qui vise Ahmed Ouyahia, notamment depuis qu’il n’est plus Premier ministre, est également à lier avec la même échéance présidentielle. La réunion que les «contestataires» d’Ouyahia prévoient pour aujourd’hui dans une salle à Ryadh-El-Feth à Alger permettra en tout cas de mesurer l’ampleur de ce mouvement à travers la qualité des présents. Mais d’ores et déjà, l’on peut affirmer que les grandes manœuvres au RND comme au FLN n’auront pas lieu avant le printemps 2013. Le congrès du parti d’Ahmed Ouyahia, prévu en février 2013, constituera, à coup sûr, le véritable coup de starter de la course à la présidence. L’issue de ce congrès permettra une meilleure lisibilité politique sur l’avenir immédiat du pays, Ouyahia n’ayant pas pour habitude de se lancer dans des aventures incertaines…
Kamel Amarni


UN RASSEMBLEMENT EST PRÉVU AUJOURD’HUI DEVANT LE SIÈGE DU PARTI

FLN : les opposants à Belkhadem reprennent l’initiative

Après une brève accalmie, les opposants de Belkhadem décident de reprendre du service en organisant aujourd’hui un rassemblement au siège du FLN pour marquer la date historique du déclenchement de la guerre de Libération.
Selon Ahmed Boumehdi, coordinateur du mouvement de redressement du vieux parti, «nous avons à maintes reprises déclaré que nous ne voulons plus de l’actuel SG et nous continuerons à le braver même si nos actions de protestation sont, à chaque fois, empêchées. Nous ne baisserons pas les bras jusqu’à ce qu’il parte. Il peut toujours ramener les forces de l’ordre ou payer des baltaguiya, cela ne nous dissuadera pas de poursuivre nos actions. Nous sommes majoritaires et d’ici la fin de l’année, cette situation sera réglée». Et d’ajouter : «Nous n’exigeons ni plus ni moins que la conformité aux lois et aux statuts qui régissent le parti, cependant Belkhadem se comporte comme si le FLN était sa propriété privée.» De son côté, Mohamed Bourzem nous dira que «les militants authentiques du FLN en ont ras-lebol de cette situation et veulent en finir avec les agissements autoritaires de Belkhadem qui a réussi l’exploit à mettre presque tout le monde contre lui, même ceux qui étaient un certain moment de son côté car il n’a pas de principes et il agit selon ses humeurs et ses intérêts ». Le rassemblement d’aujourd’hui, nous indiquera-t-il, «est une action pour marquer la date du 1er Novembre et sera l’occasion pour les militants et les cadres, anciens députés, membres du comité central, responsables de structures verticales et horizontales de réitérer le retrait de confiance à Belkhadem. Une déclaration sera lue durant le rassemblement dans laquelle nous l’accusons d’avoir trahi les valeurs de Novembre et d’avoir terni et dévié le parti de sa trajectoire. Belkhadem a exclu les vrais militants du FLN et les a remplacés par des étrangers au parti, il a mis comme têtes de listes pour les locales des affairistes. Il est en train de précipiter le parti dans l’abîme». Et de poursuivre : «Les assemblées générales dans les kasmas et les mouhafadhate ne se tiennent plus, aucun débat n’est autorisé, aucune contradiction, aucune protestation, Belkhadem a gelé l’activité de toutes les instances et toutes les structures, il a mis le parti dans une situation de panne et de blocage. Il manipule les listes à sa guise, met les gens qui lui sont dévoués et place des intrus. Il a réussi par sa gestion chaotique à semer la colère partout car il travaille en dehors des textes du FLN. Les membres du comité central n’ont pas été consultés alors que les textes internes du parti l’exigent dans la confection des listes électorales, cette dérive est constatée depuis les dernières élections législatives où on voit Belkhadem se comporter en dictateur. » Concernant la décision de placer un SG par intérim, Mohamed Bourzem dira qu’«il n y a pas eu de consensus et on a préféré laisser parler les urnes durant la prochaine session ordinaire du comité central devant se dérouler vers la deuxième quinzaine du mois de décembre prochain selon les statuts du parti qui stipule que cette structure doit se réunir tous les six mois. La dernière réunion s’est tenue au mois de juin dernier». Notre interlocuteur enfonce le clou. «Cette fois-ci, Belkhadem sera pris en étau et ne pourra pas répéter les mêmes subterfuges car nous ne laisserons pas faire.» Pour rappel, le dernier rassemblement pour occuper le siège du FLN et destituer Belkhadem a été durement réprimé et empêché par les forces de l’ordre dépêchées en nombre impressionnant. Va-t-il encore une fois recourir à la force pour les tenir à distance ?
Fatma Haouari


RND

Importante réunion des contestataires aujourd’hui

Demain, sera donné le coup d’envoi de la campagne électorale des élections municipales prévues le 29 du mois en cours. Or, pour les observateurs de la scène politique nationale, une principale question se pose : la majorité parlementaire rééditera-t-elle «l’exploit » du 10 mai dernier.
Abder Bettache – Alger (Le Soir) – C’est dans un contexte particulier que se tiendra la consultation électorale du 29 novembre prochain. Particulier, dans la mesure où les partis de la majorité parlementaire, dont le FLN et le RND, doivent confirmer les scores réalisés lors des législatives de mai dernier. Deux partis, qui font plus que jamais face à une contestation interne des plus radicales. Ces deux partis arrivent en tête en termes de nombre de listes de candidatures déposées tant au niveau des assemblées communales que wilayales. A la lecture des données avancées par le département de l’Intérieur, il apparaît d’emblée le statut hégémonique des deux partis au pouvoir, le FLN et le RND. Le FLN présente 1 520 listes, alors que le RND assure une présence dans 1 477 APC. Toutefois, si le parti d’Abdelaziz Belkhadem est un habitué des secousses internes, il n’en demeure que la formation d’Ouyahia fera face à un véritable test de vérité lors des élections. En effet, le RND, et contrairement aux précédentes consultations électorales, semble accuser un déficit criant en termes de mobilisation organique. Le vent de la contestation qui souffle sur lui en constitue la principale cause et risque, par ailleurs, de lui porter «préjudice» lors du scrutin du 29 novembre prochain. A ce propos, il est important de noter que les animateurs du mouvement de la contestation relevant de la région du Centre organiseront aujourd’hui une importante réunion à Alger, plus exactement au niveau de la salle de cinéma Cosmos, à Riadh El Feth. Selon des sources proches des contestataires, ladite réunion verra la participation des cadres et autres personnalités du parti, qui ont jusque-là évité de s’afficher publiquement, qui rendront publique une déclaration à travers laquelle, ils annonceront leur démarcation des «agissements de l’actuelle direction du parti». Cette nouvelle donne risque de «peser» lourdement sur le parti d’Ouyahia, d’autant que des informations rapportées ici et là font état d’une démobilisation «générale» de la base face à l’enjeu électoral prochain. C’est le cas à la wilaya d’Alger où «la situation risque de mener notre parti à une défaite cuisante». «La commission électorale de la wilaya d’Alger a validé des listes électorales non reconnues par la base militante. C’est pour cette raison que les militants de la wilaya d’Alger ont décidé de ne pas cautionner les listes électorales et se démarquer du scandale électoral que connaîtra le parti à la fin novembre prochain», dira Khoukhi Salah, coordinateur communal du RND d’Alger-Centre. Il n’en demeure que le RND est plus que jamais à la croisée des chemins. Le devenir de ses responsables actuels à la tête du parti est tributaire du score qui sera réalisé le 29 novembre prochain.
A. B.


ABOUDJERRA SOLTANI, LEADER DU MSP

«Le pays est toujours dans une phase de transition»

Le leader du MSP estime que l’Algérie est toujours en phase de transition, du fait, dira-t-il, de la déviation des réformes, notamment politiques qui ont été vidées de leur subsistance à même de dépasser la profonde crise multimentionnelle que vit le pays.
M. Kebci – Alger (Le Soir) – Une crise, dont, a affirmé Bouguerra Soltani hier lors d’une d’une réunion ayant regroupé au siège national du parti, les présidents des commissions électorales au niveau des wilayas, «le MSP au même titre que l’ensemble de la classe politique nationale, a une toute petite part de responsabilité», accusant le pouvoir d’en être l’instigateur principal. A l’appui de son assertion, l’orateur s’interrogera sur le fait de ne pas savoir si le pays s’est départi de la légitimité historique ou s’il n’a pas encore adopté celle constitutionnelle et juridique. Et de se référer à la froideur, l’indifférence des populations à l’égard des élections locales du 29 novembre prochain et les profondes craintes exprimées par bien des citoyens quant à une imprévisible explosion. C’est pourquoi, d’ailleurs, Soltani, saisissant l’occasion de la célébration par le pays du 58e anniversaire du déclenchement de la Révolution du 1er novembre 1954, plaidera pour de profondes réformes politiques, économiques et sociales à même de concrétiser, selon lui, les aspirations du peuple algérien, avide de liberté, de dignité et de développement et dépasser, ainsi, poursuivra-t-il, «l’illégitimité» qui caractérise les institutions du pays. Et au patron du MSP de tomber à bras raccourcis sur le pouvoir qu’il accuse, à travers la superficielle majorité qu’il s’est octroyée, de vouloir maintenir le statu quo, citant la loi électorale qui a instauré, selon lui, les infâmes quotas pour les femmes au mépris de la réalité sociologique du pays, ou encore son refus de légiférer contre le nomadisme politique érigé fort malheureusement en mode opératoire, ce qui a vidé, pour Soltani, la scène politique de ses militants sincères. Des militants tellement désabusés que nombre d’entre eux ont préféré ne pas se présenter à l’occasion des prochaines élections locales, se basant certainement sur l’indifférence criante des citoyens à l’égard de ce scrutin qui risque de perpétuer l’image qu’ils ont des représentations élues, celle «d’ombre d’elles-mêmes».

Le MSP en six formules

La situation qui caractérise les élections locales du 29 novembre prochain ne semble point remettre en cause le principe intangible du mouvement cher à feu Nahnah, à savoir son aversion pour la politique de la chaise vide. Une participation donc relevant d’un simple respect d’une feuille participationniste qui colle au parti telle une seconde peau et qui prendra à l’occasion de ce tout prochain double scrutin local pas moins de six formes. Le MSP y participera, en effet, en solo, en duo, tantôt avec Nahda, tantôt avec Islah et tantôt avec les deux à la fois, dans le cadre du triumvirat islamiste. Il est même des circonscriptions où le mouvement fait faux bond à ses alliés de l’AAV pour se liguer avec le RND et d’autres où ses militants ont préféré se présenter en indépendants pour accompagner, comme l’a justifié Soltani, la réalité sociologique du pays et cela, a-t-il précisé, dans le sillage de la liberté, toute la liberté concédée cette fois-ci aux instances locales des trois mouvements, dans l’opportunité ou pas de se présenter, la confection des listes et l’ordre des candidats. Soltani a tenu, néanmoins, à justifier son alliance, par ailleurs restreinte à quelques communes, avec le parti d’Ouyahia par le fait que ce dernier recrute dans la famille nationaliste, la seule avec laquelle le MSP peut contracter des ententes et autres pactes électoraux.
M. K.


LOUISA HANOUNE À L’OUVERTURE DU CC DU PT

«La confusion est plus grande qu’à la veille des législatives»

Les conditions pour une participation aux élections locales ne sont pas les meilleures, mais le Parti des travailleurs ne compte pas rester «spectateur». Louisa Hanoune promet une campagne intense et évoque une participation dictée par le souci de faire rempart aux atteintes répétées à la souveraineté du pays.
Nawal Imès – Alger (Le Soir) – C’est une Louisa Hanoune visiblement insatisfaite du climat dans lequel vont se dérouler les élections locales qui a réuni hier les membres du comité central du parti. Fichier électoral non assaini, cadre juridique inadéquat et possibilité pour les corps constitués de voter plusieurs fois sont autant de sujets d’inquiétude qui feront dire à la première responsable du Parti des travailleurs que la confusion qui règne est plus grande que celle qui a caractérisé les législatives. Pourtant, son parti ne boycotte pas. Explications de Hanoune : les craintes du parti se sont confirmées et le pays se trouve aujourd’hui au cœur de convoitises, en témoigne le ballet diplomatique que connaît Alger. Entre les Etats-Unis qui veulent forcer la main pour une intervention au Mali, le FMI qui vient d’obtenir l’accord d’Alger pour un prêt, Hanoune estime que les pressions sont énormes. Elle dit avoir d’ailleurs profité de la cérémonie du 1er Novembre pour rappeler au ministre des Finances tout le mal qu’elle pensait du prêt accordé au FMI. A Djoudi, la première responsable du PT a rappelé les mesures drastiques imposées par le FMI au début des années 1990 avant de qualifier le prêt d’inacceptable moralement, politiquement et socialement car, dit-elle, l’Algérie doit être solidaire avec les peuples et non avec leurs bourreaux. Hanoune dit avoir également discuté avec plusieurs ministres qui, dit-elle, ont de grandes ambitions pour leurs secteurs mais qui sont freinés dans leur élan par les coupes budgétaires. Elle évoque, ni plus ni moins, des ministres qui «font de la résistance» pour faire aboutir leurs projets et parle de contradictions en haut lieu entre les politiques menées et les intentions. Elle en veut pour preuve, la réaction du bureau de l’APN qui a systématiquement rejeté les amendements introduits par les députés du PT sous prétexte que ces derniers induisaient des dépenses supplémentaires. «Du jamais vu !» commente Louisa Hanoune qui rappelle que même à l’époque de l’asphyxie financière, ces pratiques qu’elle assimile à de l’imprimatur n’existaient pas. Face aux tirs groupés que subit l’Algérie, Hanoune promet une campagne électorale intense au cours de laquelle elle appelle les cadres du parti à faire en sorte que les thèmes développés participent à une meilleure visibilité. Si elle ne se fait aucune allusion au sujet de l’engouement populaire pour les locales, Hanoune considère que le salut viendra de l’assèchement des viviers de tensions, du parachèvement du processus de réconciliation nationale et d’une réelle ouverture démocratique. Au terme de sa déclaration liminaire à l’ouverture du comité central, Hanoune n’a pas manqué de commenter les rumeurs sur son état de santé : «Je me porte bien et le parti aussi», dira-t-elle à l’adresse des «cadavres politiques » qui sont derrière ces rumeurs infondées.
N. I.