Campagne électorale pour les locales : Le point zéro du marketing politique

Campagne électorale pour les locales : Le point zéro du marketing politique

par Ziad Salah, Le Quotidien d’Oran, 26 novembre 2012

Comparée aux précédentes campagnes électorales, celle qui vient de connaître son baisser de rideau est qualifiée par de nombreux observateurs de non événement.

L’Algérie, depuis le pluralisme politique institué aux débuts des années 90, n’a jamais connu une campagne électorale aussi terne, suscitant le désintérêt des électeurs si ce n’est pas leur mépris, avance-t-on çà et là. Appréhendée d’un autre plan, cette campagne ne diffère aucunement de celle des législatives du 10 mai dernier, la plus proche de nous. En effet, à voir les affiches des deux campagnes, on a du mal à trouver des différences entre elles, différences liées à la nature des deux scrutins. A commencer par le format des affiches des partis en lice. Sans exception, tous ont opté pour le même format. Pour une simple raison : c’est l’imprimeur, devenu avec le concepteur de l’affiche le véritable chargé de communication de fait des partis politiques, qui a imposé ce format. Mû par une autre rationalité, son souci à lui est d’éviter les chutes inutiles du papier. On peut noter un autre aspect en dehors de celui-là : la disposition des photos des candidats sur l’affiche est la même que celle relevée lors de la campagne des dernières législatives.

On accorde plus de place à la tête de liste, que ce soit pour l’APC ou l’APW, et on met sur le même plan d’égalité le reste de la composante de l’affiche. La standardisation à ce niveau est partie très loin jusqu’à s’ériger en normes. Notons que tous les partis en lice ont adopté un fond (de couleurs) pour leur affiche, le plus souvent en combinant le vert et le rouge, pour renvoyer à l’emblème national. Par ailleurs, l’examen des différents slogans inscrits sur ces affiches ne donne aucunement l’impression que nous sommes dans une campagne pour les locales. Vagues, au mieux, ils expriment des vœux politiques que les formations politiques tentent de  » commercialiser  » ou de socialiser. En un mot, et de l’avis de plusieurs observateurs et de simples citoyens, les affiches, évoquant le déjà vu, manquent terriblement d’attirance.

Et probablement elles ont participé à entretenir le manque d’intérêt pour la campagne pour les locales de cette fin de semaine.

Sur un autre registre, la standardisation n’a pas épargné même le déroulement des meetings, généralement en présence des leaders politiques. A quelques variantes, ces sortes de  » messes  » se sont déroulées toutes en deux temps : présentation des candidats suivie par le discours du numéro un du parti organisateur de la manifestation. Une fois cette  » formalité  » accomplie, le premier responsable se retrouve avec un cercle plus au moins restreint des responsables locaux. D’autre part, nous avons relevé que même le déroulement du meeting obéit à un enchaînement devenu la norme : on commence par la lecture des versets coraniques avant de passer à l’hymne national. Quant au discours des leaders, le plus souvent improvisé, on peut difficilement l’inscrire sur un registre linguistique bien défini. Au gré des messages qu’on veut faire parvenir à l’auditoire, on surfe sur les langues, en passant du dialectal à l’arabe classique ou au français carrément. Par ailleurs, lors de ces prestations, on suit aussi un ordre préétabli : on s’attaque au global, des fois avec des intentions d’écorcher tel ou tel concurrent politique, avant de chuter et de terminer par le particulier, c’est-à-dire le local. De manière générale, si la campagne qui vient d’arriver à son terme a été pauvre en propositions concrètes ayant un lien direct avec le vécu des citoyens, elle n’a pas, non plus, innové sur le plan de ses formes. A croire que le marketing politique est encore au point mort chez nous…