Ali Kerboua : «Les législatives du 10 mai consolideront le statu quo»

IL SE DÉMARQUE DE LA POSITION DU FFS

Ali Kerboua : «Les législatives du 10 mai consolideront le statu quo»

Le Soir d’Algérie, 18 avril 2012

Dire que la participation du FFS aux législatives du 10 mai prochain était loin de susciter l’assentiment de la base militante du parti, relève d’un secret de Polichinelle. Mais jusqu’à il y a quelques jours, cette grogne était circonscrite au propre cadre du parti.

M. Kebci – Alger (Le Soir) – Mais ne la voilà-t-elle pas en train de prendre d’autres proportions avec le démarquage, public celui-ci, de bien de cadres et pas des moindres, de cette participation que l’actuelle direction justifie par l’argument de considérations «tactiques» qui ne semblent pas trop convaincre. Après la sortie médiatique de Djamal Zenati, l’une des figures de proue du parti, qui à travers une contribution à travers la presse, a dénoncé le mot d’ordre de participation, c’est le tour d’une autre grosse pointure du FFS d’en faire de même (voir ci-dessous). L’ancien premier secrétaire, Ali Kerboua, trouve surprenante la participation du FFS qui, selon lui, «a généré incompréhension et inquiétude tant chez le citoyen que dans la base militante». Pour lui qui s’est clairement exprimé dans une déclaration rendue publique hier, «il serait illusoire de croire à l’existence d’un Parlement algérien ou que le système va changer à l’aune de la nouvelle Assemblée, écrit-il, non sans relever que le seul souci du pouvoir à travers ces élections reste «le renforcement de sa propre cohésion par le partage de la rente et la généralisation de la corruption et ce, au moment où la cohésion de la société algérienne se disloque». Pour M. Kerboua, la crise que connaît le pays a atteint un tel stade qu’elle n’autorise «aucune complaisance» et nécessite, affirme- t-il, «un traitement global, radical et urgent et que les élections du 10 mai prochain ne sauraient répondre aux exigences du moment et ne serviront, tout au plus, qu’à la consolidation du statu quo et risquent de ce fait de plonger le pays dans de nouveaux drames». Et à l’ancien premier secrétaire du FFS de reprendre les arguments avancés par le président du parti à l‘occasion des législatives d’il y a cinq ans et que Hocine Aït-Ahmed a qualifiées de «messe qui fête zaouedj el moutaa ». Arguments qui, selon M. Kerboua, sont encore d’actualité aujourd’hui, appelant les militants à agir avec lucidité pour «préserver ce formidable instrument de lutte qu’est le FFS de toute velléité de compromission». En sus de Ali Kerboua, une vingtaine de cadres du parti ont tenu, également, à se démarquer publiquement de cette participation. Dans une déclaration commune rendue publique hier, Makhlouf Amri, Amokrane Lakhdar, Chabane Chemrouk, Youcef Ouarab et Si Larbi Hanafi pour ne citer que ceux-là, ont d’abord brossé les contextes interne et externe faits de menaces d’explosion et d’implosion et de menaces de l’intégrité territoriale et de l’indépendance économique, avant de qualifier les prochaines législatives de «kermesse» à l’occasion desquelles, écrivent-ils, «la loi marchande de l’offre et de la demande des délices de la députation dépasse le caprice intellectuel lancé à l’adresse de ceux qui rejettent l’agenda imposé». Pour eux, «le changement du régime de l’intérieur est une illusion, contrairement à ce que pense l’appareil du parti», et que, après tout, «après le 10, on reviendra inexorablement à la case de départ».
M. K.


DÉCLARATION

En un demi-siècle d’indépendance, l’Algérie ne s’est jamais retrouvée dans une situation aussi incertaine que celle d’aujourd’hui.

A la gestion catastrophique sur le plan interne s’ajoute la débâcle diplomatique et l’absence totale de vision stratégique. Le pouvoir donne l’impression de naviguer à vue, au gré de facteurs exogènes et ne se souciant guère de ce qui peut advenir du pays.

C’est dans ce contexte lourd et complexe qu’intervient l’élection législative dans l’indifférence totale des citoyennes et citoyens, écrasés qu’ils sont par le poids d’un quotidien des plus insupportables.

La crise a atteint un stade tel qu’elle n’autorise aucune complaisance. Elle nécessite un traitement global, radical et urgent. Le rendez-vous électoral du 10 mai prochain ne saurait répondre aux exigences du moment. Il ne servira tout au plus qu’à la consolidation du statu quo et risque de ce fait de plonger notre pays dans de nouveaux drames.

Devant la dislocation de la cohésion de la société Algérienne, le seul souci du pouvoir reste le renforcement de sa propre cohésion par le partage de la rente et la généralisation de la corruption

Il serait illusoire de croire à l’existence d’un parlement algérien ou que le système va changer à l’aune de la nouvelle assemblée.

La surprenante participation du FFS, parti auquel nous demeurons très attachés, a généré incompréhension et inquiétude tant chez les citoyens que dans la base militante.

Par fidélité à ses principes et fort du capital de sympathie dont il jouit auprès de l’opinion, le FFS doit se mettre au service exclusif de la construction démocratique.

Toute instrumentalisation par un groupe ou un clan, quel qu’il soit, lui fera perdre inéluctablement sa crédibilité. Ce qui ne saurait nous réjouir.

« Pour nous, à chaque liberté correspond une responsabilité et un devoir. Notre éthique politique nous contraint à un devoir de dignité, à un devoir de préservation de notre capital de sérieux, de crédibilité et de non compromission avec le système à l’occasion de leurres électoraux. Le 17 mai 2007 s’annonce déjà comme une messe qui fête ZAWADJ EL MOUTAA. « écrivait Monsieur Hocine AIT AHMED dans une de ses brillantes analyses.

Ce qui était vrai en 2007, l’est encore plus aujourd’hui.

Pour tout cela, nous lançons un appel sincère et pressant à l’ensemble des militantes et militants afin d’agir avec lucidité pour préserver ce formidable instrument de lutte qu’est le FFS de toute velléité de compromission.

Ali KERBOUA : ancien premier secrétaire national du FFS
17 avril 2012