Algérie: le FFS explique sa participation aux législatives

Algérie: le FFS explique sa participation aux législatives

Malika Dahmani, Maghreb Emergent, 04 Mars 2012

Le FFS a finalement opté, à l’instar de la majorité des partis politiques d’opposition, pour une participation aux élections législatives du 10 mai prochain. Son premier secrétaire national, Ali Laskri, a expliqué cette décision par des raisons tactiques, mais aussi par un contexte international et national particulièrement délicat.

 

A l’issue d’un débat politique interne qui a permis aux différentes positions en présence (participation et abstention) de s’exprimer et de se confronter, la direction nationale du FFS réunie le 2 mars a tranché. La majorité des membres du Conseil national a décidé que le parti concourrait au scrutin du 10 mai. Seules 4 voix se sont élevées en faveur d’une non-participation. Après avoir refusé de prendre part aux deux scrutins précédents de 2002 et 2007, le « plus vieux parti d’opposition » ne s’est pas engagé dans une passe de trois.

Conscient du désintérêt profond de la population à l’endroit d’un scrutin jugé peu crédible, le FFS sait pertinemment qu’il nage, quelque part, à contre-courant. Lui-même ne se fait aucune illusion sur ces élections dont il n’attend pas un bouleversement politique et institutionnel. C’est pourquoi il inscrit sa participation dans un cadre tactique. Il s’agit essentiellement de « poursuivre la lutte politique, pacifique et populaire pour les droits économiques, sociaux et culturels. »

Des raisons tactiques

Cette tactique possède cependant, à ses yeux, une dimension plus globale puisqu’elle « s’inscrit, selon les propos du Président du parti, en droite ligne de notre stratégie de construction pacifique de l’alternative démocratique à ce régime destructeur et corrompu ». Ce parti constate en effet « la grave crise multidimensionnelle qui secoue le pays depuis plusieurs décennies » et l’impossibilité d’une sortie de crise concertée avec le pouvoir du fait de divergences majeures.

Le FFS entend ainsi « remettre le peuple en mouvement » afin de transformer l’aspiration au changement démocratique éprouvée par le peuple algérien en un contrat politique librement négocié entre forces politiques et sociales représentative.

La formation de Hocine Aït Ahmed justifie également sa participation par le caractère incertain et dangereux de la situation internationale marquée par « des stratégies de puissances pour un nouvel ordre mondial. » Elle met également en avant la nécessité « de sortir du statu quo politique et institutionnel destructeur de l’Etat et de la société algérienne », statu quo voulu par le pouvoir qui empêche le décollage et le développement économique du pays.

Ni reniement, ni reddition, ni capitulation

On aura relevé que la déclaration liminaire d’Ali Laskri lors de sa conférence de presse, comme la lettre de Hocine Aït Ahmed aux membres du Conseil national, insiste sur le danger de l’impasse qui guette l’Algérie, mais aussi la Kabylie qui a été la cible d’une offensive visant au démantèlement du politique dans cette région qui « a, pendant des décennies, constitué le réservoir de mobilisation démocratique et de contestation politique du pays. »

Cela ne signifie pas qu’il soit dans une logique de marchandage de sièges avec le pouvoir, ni dans une logique de caution du scrutin. Sa participation n’est ni un reniement ni une reddition ni une capitulation. Pour le FFS « seule la qualité du dispositif de surveillance peut rendre un minimum de crédit à ce scrutin ».

La campagne devrait être l’occasion pour le FFS d’exposer aux Algériens ses conceptions politiques – déjà largement connues – mais également de mieux faire connaître ses positions sur les questions économiques et sociales ainsi que sur les questions internationales.