Le FFS craint pour la souveraineté nationale

Le FFS craint pour la souveraineté nationale

El Watan, 18 février 2012

C’est à un exercice de réflexion de fond que s’est livré le Front des forces socialistes afin de déterminer sa position vis-à-vis de la prochaine échéance électorale.

Jamais décision de participer ou non à une élection n’a suscité autant de questionnements et d’analyses au sein du plus vieux parti de l’opposition. Et pour cause, la réponse dépend non pas de son seul sort, mais de celui du pays, disent tour à tour les cadres de ce parti.
Le rendez-vous d’hier de la convention nationale, auquel se sont joints des représentants de la société civile et amis du FFS, sanctionnant le mois de débats initiés au niveau des structures de base du parti sur les prochaines législatives, a permis de planter le décor des scénarios de la participation ou du boycott. «Les militants du FFS ont assumé, dans une sérénité remarquable, des opinions divergentes voire concurrentes (…).

Nous sommes conscients que l’élection législative constitue habituellement un enjeu politique mineur au regard de l’organisation et du fonctionnement des pouvoirs ainsi que des rapports de force politiques réels dans le pays» note Ali Laskri, premier secrétaire du FFS. Il apporte la précision suivante qui permet de dessiner les contours d’une éventuelle participation du FFS aux prochaines législatives : «La conjoncture internationale et son impact sur la région et singulièrement sur le pays introduisent de nouveaux paramètres dans l’équation politique algérienne et la problématique de l’élection législative. Pour nous, une éventuelle participation à ces élections n’implique en aucun cas un consensus sur la règle du jeu politique tel qu’il se joue actuellement.» Laskri précise aussi qu’une participation «n’impliquerait pas non plus que les autorités aient donné suffisamment de garanties quant au pluralisme, aux libertés et encore moins à une possibilité réelle d’alternance».

Il estime que parmi les craintes que peut susciter cette élection se pose celle de voir «le régime persister dans la logique des alternances claniques et se refuser à toute intégration des forces politiques représentatives, à toute ouverture démocratique. Le Parlement demeurerait alors le lieu de structurations de nouvelles alliances claniques, une chambre d’enregistrement des décisions du pouvoir ; ce qui accélérerait la déliquescence de l’autorité de l’Etat, maintiendrait le dialogue social dans la rue et la violence».

Qu’y a-t-il lieu d’espérer alors de ces élections ? Laskri répond qu’«il n’est pas trop tard pour qu’elles constituent une voie possible pour initier le changement démocratique et, à terme, un mécanisme constitutionnel plus transparent, plus prévisible, donc plus rassurant. Un mécanisme qui replacerait la souveraineté populaire au cœur de la légitimité politique». Ceci et de préciser que le plus important est que «le contexte actuel fait peser des menaces réelles sur le pays. Nous pouvons espérer que des élections ouvertes constitueront une contribution non négligeable à la sanctuarisation du pays, à sa sécurité nationale et à sa souveraineté».

Annonçant que la décision finale sera bientôt prise, Ali Laskri laisse entrevoir un penchant pour la participation aux élections. Mais tant que le conseil national n’a pas encore statué sur la question, le suspense demeure mais pas dans son entièreté. Le rapport de synthèse des débats sur les échéances électorales a d’ailleurs conclu sur cette phrase : «Pour préserver notre pureté idéologique, nous pourrions refuser de nous associer à un jeu électoral que d’aucuns considèrent comme joué d’avance. Mais ce serait oublier que la stratégie politique qui nous a toujours guidés dans le passé a toujours tenu compte du rapport de force dans le pays et dans le monde.»

Des invités et des positions :

Le rendez-vous de la convention nationale initié par le FFS a été ouvert à d’autres acteurs de la société civile. La salle Sierra Maestra, qui a abrité les travaux de cette rencontre, était comble. L’assistance était composée des militants et cadres du parti, mais aussi d’invités en nombre, dont le dramaturge Slimane Benaissa, le président de la LADDH Mostefa Bouchachi et l’universitaire Ammar Belhimer, qui ont été conviés à prendre la parole.

Les travaux de ladite convention, dédiée à la mémoire de Abdelhamid Mehri, ont été ouverts par un hommage que lui a rendu l’universitaire Arezki Derguini : «Sa foi en un changement pacifique passait par l’idée principale du refus de l’exclusion. Mehri croyait en l’homme et que la justice est plus forte que l’injustice. Il disait de l’histoire de l’Algérie de ces dernières années qu’elle se résumait en un passage d’une pluralité politique naturelle à un retour au parti unique, pour arriver maintenant au pouvoir personnel. Nous avons perdu en Si Abdelhamid un repère et une référence.»

Mme Hayet Meziani, ancienne responsable du secteur sanitaire de Bab El Oued, révoquée par Djamel Ould Abbès pour lui avoir tenu tête ; Hacen Ferhati de SOS disparus et Slimane Benaïssa ont été conviés à exprimer, chacun suivant son expérience et son domaine, leur vision de la situation du pays.

Une table ronde sur l’éthique et les stratégies politiques a aussi été organisée à l’occasion de cette convention, animée par le responsable du FFS à l’étranger, Samir Bouakouir, ainsi que par Ammar Belhimer et Mostefa Bouchachi. Nous reviendrons dans notre édition de demain sur le contenu de ce débat où, faut-il le souligner, l’option de la participation aux élections a largement été défendue.

Nadjia Bouaricha