Appelant à bouder les urnes le 10 mai : Ils peinent à trouver des lieux de rencontre

Appelant à bouder les urnes le 10 mai : Ils peinent à trouver des lieux de rencontre

El Watan, 18 avril 2012

«Le 10 mai, je ne vote pas.» A contre-courant des fanfares officielles qui appellent à une participation «massive» à la prochaine échéance électorale, quelques voix plaident publiquement pour un boycott des urnes, le 10 mai prochain.
Comment s’organisent-ils ?

Car appeler ses concitoyens à bouder un scrutin ne signifie pas rester les bras croisés. La dynamique est quasiment la même que celle d’une campagne électorale «normale». Le fer de lance de ce mouvement est le RCD qui a annoncé, en février dernier, sa non-participation aux élections législatives.Mais ce n’est pas pour autant que la formation politique déserte la scène politique.
«Nous mettons en place un accompagnement populaire de ce boycott. Nous organisons des conférences et des rencontres, et ce, malgré les interdictions et autres entraves que nous rencontrons», affirme Hakim Saheb, porte-parole du RCD.

Et ces entraves semblent être nombreuses pour tous les partisans de cette action. «Un exemple parmi tant d’autres est le refus systématique apposé par l’administration lorsque nous introduisons une requête d’octroi de salle afin de débattre et cela tout particulièrement dans les wilayas du centre du pays», cite M. Saheb.
Interdits d’autorisation de se réunir «légalement», certains collectifs citoyens essayent de faire entendre leurs voix par des voies alternatives.

Ainsi, le Mouvement de la jeunesse indépendante pour le changement (MJIC), Algérie Pacifique et d’autres activistes ont tenté d’organiser, samedi dernier, une manifestation publique afin de mener «campagne pour le boycott des élections législatives du 10 mai».Le rassemblement a durement été réprimé, plusieurs contestataires ont même été interpellés avant le rassemblement.
Face au matraquage médiatique que subissent les Algériens depuis des semaines, les partisans du boycott n’ont pas voix au chapitre.«Nous n’avons aucun accès aux médias, à plus forte raison les médias lourds. Pour ce qui est de la presse écrite, si ce n’est quelques journaux indépendants, la plupart des organes nous boycottent», déplore M. Saheb.

«Même les journaux algériens jouent le jeu du système. La façon de faire parler de nous, c’est les coups d’éclat, les coups de force comme ces manifestations», explique Amine Menadi, membre d’Algérie Pacifique et du MJIC.
Alors, comment prêchent-ils ? «Pour les jours qui suivent, nous célébrerons le Printemps berbère.
L’évocation des élections sera inévitable et nous escomptons en profiter pour exposer notre position.
Sinon, nous misons sur la proximité ; les cadres du parti prêchent localement le boycott dans les quartiers, les villages, les cafés, etc.», énumère M. Saheb.

Pour les collectifs citoyens, il s’agit surtout d’investir les réseaux sociaux où l’on voit déjà pulluler une foultitude de photos, textes, caricatures appelant à faire l’impasse sur le 10 mai.
Ghania Lassal