Le Maghreb n’est pas une priorité pour l’Europe

Bilan du processus de Barcelone

Le Maghreb n’est pas une priorité pour l’Europe

Meziane Rabhi, Liberté, 20 septembre 2006

La zone de prospérité partagée reste une utopie tant l’UE reste focalisée sur les questions de sécurité et de flux migratoires.

“Le processus de Barcelone n’a pas été un succès”, une formule diplomatique utilisée par M. Abdelaziz Rahabi, intervenant, hier, à l’université d’été de la Confédération des cadres de la finance et de la comptabilité, pour souligner l’échec de cette dynamique. Dix années après Barcelone, le bilan paraît des plus mitigés.
La zone de prospérité partagée suggérée dans le document de Barcelone semble, aujourd’hui, devenir, au fil des années, une utopie. Tous les paramètres indiquent que les écarts structurels se sont creusés depuis 1995.
Le processus de Barcelone s’est réduit à la mise en place d’une zone de libre-échange, un outil proposé par les Européens, pour justement atteindre l’objectif d’une zone de prospérité
partagée.
Cependant, les économies du Sud ne sont pas au même niveau de compétitivité que celles des pays de l’Union européenne. D’où l’instrument financier Meda mis à la disposition des pays tiers pour la mise à niveau.
“L’Algérie n’a pas suffisamment utilisé cet instrument. Contrairement au Maroc et à la Tunisie”, souligne M. Abdelaziz Rahabi. Le Maroc et la Tunisie profitent, à travers des bureaux spécialisés, du
moindre financement européen. Concernant l’Algérie, personne ne sait ce qui se passe à Bruxelles. Pour autant l’instrument financier Meda n’a pas vraiment les économies du Sud. M. Rahabi relève que l’Algérie a négocié l’accord d’association dans les moments difficiles. Il regrette l’absence de solidarité des Tunisiens et des Marocains. “Nous avons souffert du manque de solidarité”, lance M. Rahabi, regrettant au passage que l’Algérie n’ait pas insisté sur la nature stratégique des relations avec l’Europe, en faisant valoir la carte énergétique. Pour autant Barcelone n’est pas seulement qu’un échec. “Ce n’est pas une erreur stratégique”, confie M. Rahabi, qualifiant le processus “de cordial et de constructif”.
Seulement, dix années après Barcelone, l’Union européenne a changé de visage. L’Europe s’est élargie. Elle a de nouveaux voisins. D’où la nouvelle politique de voisinage proposée par l’Union européenne, y compris pour les pays qui sont liés avec elle par un accord d’association.
Cette politique de voisinage, conçue par la direction de l’élargissement, ne fait pas l’unanimité. Certains pays, à l’image de l’Algérie, ont exprimé des réserves.
D’autres ont déjà paraphé les plans d’action négociés dans le cadre de cette politique de voisinage. Cette politique de voisinage affirme une perspective de participation au marché européen, et donc la perspective de l’accès aux quatre libertés : la libre circulation des biens, des services et des capitaux, mais aussi des personnes, même s’il y a un bémol prudent dans la perspective de la libre circulation des personnes.
Cependant, les nouvelles priorités de l’Union européenne sont le terrorisme (sécurité) et le flux migratoire.
Le raidissement injustifié de la politique communautaire et européenne en général sur la question de la circulation des personnes illustre parfaitement le glissement de ce partenariat, lancé à Barcelone.
Sauf pour les questions de l’immigration qui ne sont pas convenablement traitées dans le cadre des accords d’association, le sud de la Méditerranée n’est plus une priorité pour une Europe qui s’élargit. Le Maghreb fait partie du deuxième cercle d’intérêts européens.

Meziane Rabhi