Accord d’association: Le gouvernement passe à l’offensive

Accord d’association avec l’Union européenne

Le gouvernement passe à l’offensive

Le Quotidien d’Oran, 16 février 2005

Le gouvernement accomplit, actuellement, une opération de sensibilisation et de préparation des opérateurs économiques sur l’accord d’association avec l’Union européenne (UE).

Celle-ci est appelée à être intensifiée dans les semaines et les mois à venir alors que les premières mesures de sa mise en oeuvre interviendront dès sa ratification par les parlements algérien, du Royaume des Pays-Bas et européen.

Outre le comité interministériel installé fin décembre et présidé par le ministre des Affaires étrangères, un comité gouvernemental verra le jour incessamment sous la conduite d’Ahmed Ouyahia. Tous les secteurs concernés sont impliqués. Le gouvernement veut accélérer la cadence de mise en oeuvre des mesures d’accompagnement et de préparation de l’économie nationale. Le temps n’est plus à la traîne. L’annonce en a été faite, hier, par Mustapha Benbada, ministre de la PME-PMI, lors d’une journée «d’information et de sensibilisation sur la place du secteur industriel et de la PME dans l’accord d’association Algérie-Union européenne» organisée par les ministères de l’Industrie et de la PME-PMI.

Signé en 2002, cet accord a été, depuis, ratifié par quatorze Etats de l’UE et devrait être présenté, d’ici fin mars, au parlement algérien. Ses premières incidences sur le calendrier du démantèlement tarifaire interviendraient dès lors. L’exécutif veut, deux ans après, sensibiliser les opérateurs économiques, les parlementaires et l’opinion publique sur sa portée «stratégique», ses «avantages certains pour l’économie nationale» et ses impacts.

La préparation de l’économie à la zone de libre-échange passe par la mise à niveau et la modernisation des entreprises. Les efforts menés ont conduit, selon Mustapha Benbada, à une amélioration sensible, mais perceptible. «Ce n’est pas suffisant et un effort additionnel important doit être effectué pour augmenter le pouvoir concurrentiel de notre pays», a-t-il précisé. Il y a, selon lui, des opérateurs qui ont compris l’importance de ce processus, d’autres qui en sont encore loin. «Il faut les encourager à être plus agressifs», a-t-il indiqué. Les responsables tablent sur les potentialités d’alliances stratégiques, de partenariat, de délocalisation et de sous-traitance.

L’enjeu pour l’Algérie est, pour le président du Conseil national consultatif de la PME, de diversifier sa production, ses exportations vers les secteurs dynamiques de la demande mondiale. L’attraction des investissements directs étrangers peut être un des vecteurs les plus importants, selon Zaïm Bensaci, de développement. «Ce n’est que depuis quelques années que l’Algérie accueille des IDE, se plaçant 2e en Afrique. Cependant, à côté de la téléphonie, le principal secteur bénéficiaire est celui des hydrocarbures, ce qui renforce encore son poids, excessif, dans l’économie nationale», a-t-il noté. Ce potentiel reste, pour lui, intact et va probablement marquer «fortement son développement dans les 10-20 ans à venir, si les conditions favorables sont remplies». C’est de l’UE que peuvent provenir les flux de capitaux et de savoir-faire qui permettront de moderniser et diversifier la structure productive, a précisé M. Bensaci.

Le patronat craint, toutefois, les répercussions négatives de l’accord. Le président du Forum des chefs d’entreprises (FCE) a indiqué qu’il était nécessaire d’assurer quelques précautions minimales préalablement à sa mise en oeuvre. Elles pourraient concerner, selon lui, l’information correcte des entreprises sur les mesures de démantèlement, la nécessité de réaliser la corrélation entre les engagements contenus dans cet accord et ceux qui résulteront d’autres accords internationaux. Mais également l’identification des modalités d’accompagnement pour servir d’appui à un programme national de mise à niveau impliquant les administrations économiques tout autant que les entreprises industrielles. «Dans leur grande majorité, les entreprises ne sont pas convaincues que la mise en oeuvre de cet accord est une opération sans conséquence préjudiciable pour leur survie dans le contexte d’intégration poussée qui en découlera», a précisé Omar Ramdane. Les opérateurs attendent «un accompagnement adapté de la part des pouvoirs publics pour les aider à se moderniser et à supporter le choc graduel de la zone de libre-échange». La complexité de mise en oeuvre de l’accord n’interroge pas, selon le président du FCE, que les performances des entreprises. «Il concerne également et au premier chef celles de l’administration économique et commerciale», a souligné Omar Ramdane. Le FCE compte, par ailleurs, organiser prochainement un séminaire de l’impact des accords en Tunisie et au Maroc.

Samar Smati

SELON LE RESPONSABLE DE L’UNITE MAGHREB A LA COMMISSION EUROPEENNE

«Le processus de Barcelone n’est pas remis en cause»

Les discussions préparatoires entre l’Algérie et l’UE sur la Politique européenne de voisinage (PEV) débuteront ce matin au ministère des Affaires étrangères, avec la perspective d’arriver à un résultat à l’occasion de la visite annoncée au printemps prochain du commissaire européen aux relations extérieures et à la politique de voisinage, Madame Benita Ferrero Waldner.

Cependant, les entretiens risquent d’être difficiles du fait que l’Algérie n’a que peu d’enthousiasme à l’égard de cette politique qu’elle juge, sinon floue, du moins très éloignée des ambitions affichées, il y a dix ans, lors du processus de Barcelone. Cette divergence, qu’on connaissait déjà depuis son lancement en mars 2003 et qui s’est accrue une année plus tard, en mai 2004, lorsque la Commission européenne a décidé de l’accélérer au lendemain de l’élargissement, s’est à nouveau exprimée hier lors de la conférence-débat organisée au Sheraton par l’Institut national des études stratégiques et globales (INESG).

Cette réunion, à laquelle ont été conviées plusieurs personnalités d’horizons divers et durant laquelle est intervenu le responsable de l’Unité Maghreb à la Commission européenne, M. Leonello Garbici, pour expliquer les objectifs et les enjeux de la politique européenne de voisinage, a tourné à la controverse et presque à la querelle intellectuelle.

D’un côté, M. Garbici, qui a considéré que la PEV consiste à réviser après son élargissement les relations de l’UE à vingt-cinq Etats membres avec les pays tiers et d’établir avec eux un dialogue politiquer bilatéral. L’eurocrate s’est étonné de l’inquiétude algérienne d’une politique dont la valeur ajoutée est, pour les voisins du sud de l’UE, d’accéder à son marché intérieur.

De l’autre, M. Smaïl Hamdani, ex-chef du gouvernement et président d’une association spécialisée dans l’analyse des relations internationales, pour qui la PEV représente un «recul» en ce qui concerne les relations entre l’Europe communautaire et les pays tiers.

Pour M. Hamdani, qui parlait en tant qu’expert mais dont le point de vue ne semble pas moins autorisé en raison de son statut, le seul texte digne d’être retenu par l’Algérie et les pays de la rive Sud de la Méditerranée, c’est Barcelone. «Personnellement, a-t-il dit, je préfère Barcelone, parce qu’il est porteur d’une vision généreuse du partenariat euro-méditerranéen» et parce qu’il insiste sur la notion de «prospérité partagée». En revanche, la Politique européenne de voisinage, a-t-il comparé, me paraît dénuée de ces qualités, elle est trop technocratique et manque du souffle politique» de Barcelone. «Elle est, a-t-il conclu, un cadre dans lequel la concertation et le dialogue ne sont envisagés qu’en aval, presque pas en amont».

Ce à quoi M. Garbici a répondu: «La PEV n’impose rien du tout. Elle ne touche pas non plus à Barcelone ni à ses principes. Par contre, elle le corrige et comble efficacement ses insuffisances comme le manque d’instruments pour développer le dialogue politique bilatéral. Pour moi, a dit M. Garbici, il faut relativiser Barcelone puisqu’il s’agit après tout d’une rhétorique, une belle rhétorique sans doute, mais qui a besoin d’instruments pour être appliquée». Ces instruments, a-t-il expliqué, se trouvent dans les plans d’action que «nous voulons négocier avec l’Algérie selon sa spécificité et ses priorités» à partir des dossiers choisis.

Et au chef de la mission européenne, l’ambassadeur Lucio Guerrato, d’intervenir et de comparer le processus de Barcelone à une «fête de mariage», une «doctrine générale» qu’il s’agit de concrétiser par des engagements. Avec Barcelone seul, il n’y a pas de porte ouverte sur le marché intérieur de l’UE. Il n’y a pas moyen de le renforcer par l’action, a-t-il déclaré.

Quelque temps avant, son collègue M. Garbici avait indiqué que grâce à la politique européenne de voisinage, un plan d’action a été négocié par Bruxelles et Rabat sur la gestion du flux migratoire, alors que Tunis a pu négocier un accord sur la mise à niveau de ses entreprises économiques dans la perspective de la zone de libre-échange en 2010. Ces plans, a insisté M. Garbici, indiquent des actions pouvant être entreprises, à court et moyen termes, dans certains domaines du marché intérieur, tels que les services, l’agriculture, l’énergie, le droit des sociétés, la libre circulation des biens et des personnes.

Noureddine Azzouz