Accord d’association / Une logique non économique ?

Accord d’association / Une logique non économique ?

El Watan, 30 mai 2004

Le voile qui recouvre l’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne, dont le processus de ratification est toujours en cours, empêche de voir aussi clairement que le permettrait un projet à visage découvert.

C’en est là un peu l’image caricaturée qu’on peut bien garder d’un débat, organisé hier conjointement par le centre El Khabar pour les études internationales et la fondation Friedrich Ebert à Alger, sur l’intérêt pour l’Algérie de s’être engagée, ou sinon empêtrée, dans un accord d’association avec l’Europe. Une conférence-débat animée par Louiza Hanoune, porte-parole du Parti des travailleurs (PT) et Janis Sakellariou, porte-parole de la politique étrangère du parti socialiste au Parlement européen, a, faut-il en convenir, permis de recentrer les termes du débat sur une question d’autant plus importante, voire vitale, qu’il s’agit de résoudre l’équation suivante: «Bénédiction ou malédiction pour le développement algérien?». La problématique ainsi posée, en parlant de l’accord d’association avec l’UE et l’adhésion à l’OMC, atteste dans les différents milieux de la société d’une appréhension légitime telle que ni le gouvernement algérien, ni la partie européenne, ni aucun organisme spécifiquement compétent dans un secteur ou un autre n’ont pu mesurer les implications de tels engagements. Sauf peut-être, au niveau économique, où il est sûr que l’Algérie enregistrerait une perte suite au démantèlement tarifaire (2 à 3 milliards d’euros) sans qu’elle ne soit tout aussi certaine, en revanche, qu’elle pourrait bénéficier d’une compensation par l’attraction des IDE. Si ainsi, d’une part, des certitudes sont établies , il reste que, d’autre part, le doute plane. Louiza Hanoune considère qu’ «il ne fallait pas se précipiter à signer». Elle s’interroge sur la possibilité d’entretenir des rapports franchement «égalitaires» entre une Europe à 25 membres et l’Algérie, dont elle invite à considérer la différence de poids de chaque partie. «Ce n’est pas normal», a-t-elle enchaîné. Pour Sakellariou, venu exposer la position de l’UE, «les objectifs de l’accord d’association de l’Union européenne sont intégrés dans le processus de Barcelone». Il y va des objectifs comme «la consolidation» de l’Etat de droit, la question des droits de l’homme, l’appui aux réformes et des institutions de marché et autres. Selon le conférencier, la question des droits de l’homme en Algérie n’est pas bonne et la bonne santé financière constraste avec le manque de dynamisme économique, notamment le niveau toujours élevé du chômage et le niveau de vie. Mais l’avantage économique pour l’Algérie n’étant pas garanti, le conférencier européen considérera : «Il faut chercher la logique de l’accord ailleurs que dans l’économie.» Selon lui, «cette logique est à chercher dans les domaines sécuritaire et politique». L’on se rappelle, à ce propos, que le ministre des Finances du temps de la signature dudit accord en 2002, M. Medelci, avait tenté la même réponse à l’occasion de la conférence de presse tenue, au lendemain de la signature, au niveau du département des Affaires étrangères. M. Sakellariou affirme , en outre, que l’accord ne doit pas être jugé par l’accès à la demande financière. Au sujet de l’impact d’une UE à 25 sur les pays de la rive sud de la Méditerranée, et notamment sur l’Algérie, le conférencier énumérera deux points, en l’occurrence l’avantage d’accéder au marché européen et la pauvreté dans ces pays . Cependant, a-t-il ajouté, «c’est aux Algériens eux-mêmes de décider si l’accord est bon ou non». Mme Hanoune relancera le débat sur l’absence de prise en charge dans cet accord de la libre circulation des personnes. Intervenant, Rahabi, ancien ministre de la Communication, a rappelé que l’accord a été signé «sans que les syndicats, ni les patronats ni les partis politiques ne soient associés». «Les Algériens découvrent l’accord d’association», a-t-il dit avant de poursuivre : «Pourquoi ne pas poser le problème de mise à niveau.»
L’ancien ministre, tout en affirmant que cet accord n’a pas pu se faire «dans un cadre de concertation nationale», préfère parler de «la responsabilité interne» au lieu de celle de l’UE quant aux manquements que cet accord soulève.

Par A. Benyahia