L’Espagne remet les pendules à l’heure

L’ambassadeur insiste sur le référendum au Sahara Occidental

L’Espagne remet les pendules à l’heure

Le Quotidien d’Oran, 21 juin 2005

L’ambassadeur d’Espagne à Alger a démenti hier toute idée de médiation espagnole entre Alger et Rabat et a insisté pour dire que la résolution du conflit sahraoui doit se faire conformément à la légalité internationale et aux résolutions des Nations unies.

«Nous en tant qu’ensemble de l’Union européenne, nous tenons à ce que les relations entre Alger et Rabat se développent d’une manière positive et amicale et c’est dans notre intérêt de les voir pleinement se normaliser», a déclaré hier l’ambassadeur d’Espagne à Alger au forum d’El Moudjahid. Interrogé sur le conflit du Sahara Occidental, il fera remarquer que «ce conflit a traîné en longueur et que la tension dans les territoires sahraouis oblige à la prise d’initiative».

L’ambassadeur rappelle que le 8 juin dernier, le secrétaire d’Etat espagnol aux Affaires étrangères a rendu visite à Alger pour s’entretenir avec les autorités algériennes à ce sujet. «Nous soutenons le règlement du conflit sahraoui par la voix des Nations unies et nous avons demandé aux parties concernées et intéressées et au secrétaire général de l’ONU pour qu’il nomme dans les plus brefs délais son représentant personnel au Sahara Occidental ainsi qu’un responsable de la Minurso», a-t-il déclaré.

Le diplomate espagnol reconnaît que la situation s’est détériorée dans les territoires mais la solution doit être trouvée dans le cadre de la légalité internationale et des Nations unies. Appelé à être plus précis, l’ambassadeur d’Espagne à Alger affirme: «Oui, nous sommes pour le référendum préconisé par les Nations unies.» En Espagne, dit-il, «il y a une grande préoccupation pour ce conflit, une sympathie pour le peuple sahraoui, chaque année, 8.000 enfants sahraouis viennent passer des vacances chez nous». Il rappellera que quelques délégations de parlementaires espagnols régionaux ont été refoulées du Sahara par les autorités marocaines «et parce que nous sommes conscients que la situation s’est détériorée et qu’il faut trouver une solution, le gouvernement espagnol va essayer d’envoyer une délégation du parlement national ainsi que des politiques qui doivent circuler en toute liberté dans les territoires et parler avec tout le monde». Il affirmera, par ailleurs, que «Madrid n’a jamais eu l’idée d’organiser une rencontre à quatre (NDRL: Espagne, France, Algérie, Maroc), c’est une idée qui s’est faufilée dans la presse par je ne sais quel canal». L’ambassadeur indiquera aussi que «l’Espagne n’a jamais proposé de médiation entre Rabat et Alger, elle croit à une solution dans le cadre de la légalité internationale».

Sur la qualité des relations entre l’Algérie et l’Espagne, le diplomate s’alignera sur les propos tenus dans la presse espagnole par le ministre de la Participation et de la Promotion de l’investissement, Abdelhamid Temmar, qui qualifie l’Espagne de «partenaire prioritaire et naturel de l’Algérie». Le caractère naturel, l’ambassadeur l’explique par les faits de l’histoire. Tandis que celui prioritaire, il le précise par le fait que les entreprises espagnoles sont des acteurs fondamentaux et prioritaires dans la coopération entre les deux pays puisque, dit-il, «les relations économiques tiennent le rôle central dans cette coopération».

L’Algérie doit être, selon lui, «un partenaire essentiel d’autant que des entreprises espagnoles importantes s’intéressent à son programme de privatisation».

Il est convaincu que dans l’exécution du plan de consolidation de la croissance (PCC), «il y a beaucoup de place pour les opérateurs étrangers».

L’ambassadeur reconnaît cependant que le niveau des échanges entre les deux pays reste timide et «c’est peut-être la faute aux Espagnols ou en raison de quelques problèmes en Algérie. Nous faisons de grands efforts de communication en direction des hommes d’affaires espagnols à propos de l’ouverture économique en Algérie». Mais, avoue-t-il, «nous sommes un consommateur d’énergie, ce n’est pas facile d’avoir une balance équitable, l’Espagne doit faire un effort». Il ne cache pas non plus que le mécanisme de reconversion de 40 millions de dollars sur laquelle se sont entendus les deux pays, n’a pas fonctionné.

« Pourtant, nous sommes intéressés par la privatisation d’Asmidal mais rien n’a été encore fait » dit-il. Il rappelle qu’un projet intégré d’exploration, d’exportation et même de transport de gaz doit être mis en oeuvre par l’Espagne pour 2 milliards de dollars.

Il regrette que Telefonica ne soit pas dans le marché algérien tout autant que Dragados « qui a une grande tradition de par le monde, qui est dans la réalisation des premiers tronçons de Med Gaz mais qui n’a pas encore accepté de participer dans celle de l’autoroute est-ouest ».

L’Espagne importe de l’Algérie pour 3.569 millions de dollars. En 2004, ses importations de produits énergétiques ont augmenté de 16,8%.

Et elle exporte pour 882 millions de dollars. Le déficit de la balance commerciale est de 2.687,7 millions de dollars. L’Espagne est le 4ème client de l’Algérie et son 6ème fournisseur.

Au titre du dialogue politique, l’Algérie et l’Espagne le maintiennent « permanent, notamment dans le cadre des 5+5 où il est surtout question, selon l’ambassadeur, de se concerter sur l’émigration clandestine et ses conséquences. L’Algérie a-t-il dit, « un rôle déterminant dans la Méditerranée » tout aussi que dans « le cadre du dialogue avec l’OTAN pour la construction d’un espace de paix et de sécurité partagée ».

A propos de la régularisation des émigrés qui a été opérée récemment, l’ambassadeur explique : « parce qu’il y avait vraiment un pourcentage de la population émigrée très élevé, elle s’est faite donc pour beaucoup de raisons humaines, économiques et sociales ». Au sujet de l’octroi des visas, il estime que l’Espagne fait en sorte pour le faire «dans des délais raisonnables, ce n’est pas toujours facile, il y a des consultations à ce sujet, parfois il y a des erreurs mais les choses se passent en général bien ». Il note que 250 visas ont été délivrés à des sportifs membres de 24 fédérations algériennes. « En cas de difficulté, je suis prêt à vous recevoir et étudier au cas par cas », promet-il.

Au titre de la coopération en matière de défense, l’ambassadeur affirme qu’il existe entre les deux pays un programme portant sur des exercices entre les forces armées respectives, des visites d’officiers dans les deux sens ainsi que la formation.

Le retour de la compagnie espagnole Iberia sur le sol algérien ne semble pas être prévu pour l’instant « parce que c’est une compagnie privée qui a sa propre stratégie ». L’ambassadeur indique par contre « qu’on négocie actuellement avec le gouvernement algérien un accord aérien prévoyant le développement des liaisons aériennes pour les rendre plus fréquentes ». Des compagnies aériennes espagnoles privées s’intéressent, selon lui, au marché algérien.

La coopération dans le domaine de la justice repose pour sa part sur un accord d’entraide judiciaire en matière pénale et un autre à venir en commercial.

A propos du processus de Barcelone, l’ambassadeur estime qu’il faut développer des politiques de bon voisinage avec les pays du Maghreb et surtout leur donner un contenu. « Je sais qu’il faut regarder du côté du Sud parce que nous avons un intérêt stratégique mais cela ne doit pas nous empêcher de regarder vers l’Est », a-t-il dit à propos de la coopération de l’Europe avec la rive sud.

L’éventualité d’un dialogue entre le gouvernement espagnol et l’Eta, le mouvement séparatiste basque, fait dire à l’ambassadeur que « c’est une organisation terroriste et criminelle, il ne peut y avoir de contacts avec elle pour un dialogue tant qu’elle n’a pas renoncé à la violence d’une manière claire. Elle doit déposer les armes et laisser la place aux démocrates ».

L’ambassadeur a annoncé hier la visite en Algérie du roi et de la reine d’Espagne avant la fin de l’année en cours. Il prévoit aussi la venue prochaine de la ministre espagnole de la Culture.

Ghania Oukazi