L’Algérie et la Grande-Bretagne signent quatre accords

L’accord devrait être conclu entre Bouteflika et Blair en juillet

Visa : Londres va assouplir la procédure

Par : Nissa Hammadi, Liberté, 10 juin 2006

“Nous travaillons par le biais de notre ambassade en Algérie pour que les performances de délivrance de visa aux Algériens soient améliorées”, a affirmé Kim Howells, ministre d’état auprès du Foreign Office.

Le président Abdelaziz Bouteflika se rendra, le 9 juillet prochain, à Londres où il sera reçu par la Reine et le Premier ministre britannique, a annoncé Kim Howells, ministre d’État auprès du Foreigh and Commonwealth Office, jeudi dernier, lors de la conférence de presse qu’il a animée à Djenane El-Mithaq. Au cours de cette visite, les deux pays auront à signer un mémorandum portant création d’un comité sur les relations bilatérales, qui “encadrera désormais les relations bilatérales et jettera les bases juridiques d’un dialogue politique multiforme aussi fécond que régulier”, peut-on lire dans le communiqué distribué aux journalistes.
Ce document représente, selon la partie algérienne, “un nouveau départ dans les relations bilatérales et matérialise la volonté partagée des deux pays exprimée à maintes reprises au plus haut niveau, de diversifier et de densifier leur coopération bilatérale pour lui ouvrir de nouveaux champs, tels que l’investissement direct ou encore la coopération culturelle, scientifique et technique”.
En attendant l’amorce de ce “nouveau départ”, les relations entre les deux pays ont été qualifiées par notre ministre des Affaires étrangères, Ahmed Bedjaoui, à l’issue de sa rencontre avec son homologue britannique “de corrects”.
Il est reproché notamment à la Grande-Bretagne d’orienter exclusivement l’investissement britannique vers l’énergie et les hydrocarbures et d’avoir durci les procédures de délivrance de visas aux Algériens.
La problématique des visas a été posée avec insistance par l’Algérie, selon A. Messahel, aux autorités britanniques qui sont désormais disposées à assouplir leur politique en matière de traitement des demandes de visa, avec l’entrée en application de l’accord sur la circulation des personnes et la réadmission que les deux pays devront signer en juillet. “Nous travaillons par le biais de notre ambassade en Algérie pour que les performances de délivrance de visa aux Algériens soient améliorées. Nous sommes sur la bonne voie et nous allons, dans un avenir proche, accélérer ce processus”, a indiqué le ministre britannique des Affaires étrangères, chargé des Affaires maghrébines et africaines. Kim Howells ajoute que son pays “veut veiller à ce que les gens puissent voyager facilement entre les deux rives de la Méditerranée. Nous ne voulons pas créer une zone de conflit”. Toutefois, la Grande-Bretagne semble très sceptique quant à l’amélioration de la situation sécuritaire en Algérie, puisqu’elle n’envisage pas pour l’instant la réouverture du siège de son ambassade à Alger au lieu où elle se trouvait. “Nous trouvons une grande difficulté dans l’hébergement de notre personnel à Alger. Dès que nous pourrions améliorer les conditions de cet hébergement, nous pourrions à ce moment-là, mieux traiter les demandes de visa”, explique le ministre britannique.
À la suite des attentats de Madrid en 2004, l’ambassade de la Grande-Bretagne a décidé, en effet, de transférer ses locaux à l’hôtel Hilton, sous prétexte que le siège de son ambassade se trouve sur une artère très fréquentée. Une décision qui n’était pas du goût des autorités algériennes qui tentent de vendre depuis quelques années l’image d’un pays qui a retrouvé le chemin de la paix.

Nissa Hammadi

Terroristes et criminels algériens en Angleterre

Signature de l’accord d’extradition

Par : Rédaction de Liberte

Les négociations ont été ardues, mais c’est finalement chose faite. Il a été procédé, jeudi, au paraphe d’un accord sur l’extradition des terroristes et des criminels et un autre sur l’entraide judiciaire en matière pénale entre Alger et Londres, dont l’entrée en vigueur coïncidera avec la visite du chef de l’État Abdelaziz Bouteflika en Grande-Bretagne en juillet prochain. Cet événement intervient à quelques jours de l’ouverture du procès Khalifa, prévue vers la fin juillet-début août. Les autorités britanniques ont jusqu’ici conditionné l’éventuelle extradition de Abdelmounène Khalifa par la conclusion des accords adéquats, après examen des preuves retenues contre lui. Interrogé sur ce dossier, lors de la conférence de presse qu’il a animée à Djenane-El-Mithaq, jeudi dernier, le ministre britannique des Affaires étrangères, chargé des affaires maghrébines et africaines, a déclaré que “la coopération entre les deux polices et la justice des deux pays fonctionne très bien. Je ne peux pas en dire davantage pour ne pas gêner le travail en cours entre les tribunaux algériens et britanniques”. À ce propos, Abdelkader Messahel, ministre algérien délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, renchérit que ce qui manquait pour permettre les extraditions en question, c’est un cadre juridique adéquat qui n’existait pas entre les deux pays. “Maintenant qu’il y a un accord de principe, dès les semaines à venir, nous allons combler ce vide et rendre possible l’extradition des criminels.” Concernant l’extradition des 17 terroristes algériens que la Grande-Bretagne conditionnait par la présence de magistrats britanniques lors de leurs procès, Abdelkader Messahel répond : “Notre pays respecte les règles internationales en la matière. Nous luttons contre les déviations. Je peux dire qu’il existe une volonté politique de traiter toutes les questions dans ce nouveau cadre juridique et nous sommes optimistes quant aux résultats.” Le ministre britannique insiste sur cette nécessité d’extrader les terroristes algériens. Son constat est que “les terroristes ou les supposés terroristes ont beaucoup d’argent et utilisent souvent les faiblesses de la législation britannique”. Les deux parties se déclarent, par ailleurs, satisfaites de la coopération dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et sécuritaire de manière générale. Selon A. Messahel, les deux pays sont parvenus à une “vision convergente sur la nécessité de s’attaquer aux causes de la migration, notamment clandestine, mais également sur les moyens d’éradiquer ce phénomène par un lien qui doit être fait entre la migration et le développement, et surtout par une coopération bilatérale”.

“Emirs” ou simples exécutants

Qui sera extradé ?

Par : Samia Lokmane

Dans la liste proposée par les Britanniques, ne figure aucun des dirigeants de l’ex-FIS réfugiés au Royaume-Uni

Au bout de 7 rounds de pourparlers très laborieux, Algériens et Britanniques parviennent à signer “la convention d’extradition”. Cet accord, tant réclamé par l’Algérie pendant les années 90, s’est mué ces dernières années en une demande lancinante des autorités du Royaume-Uni, qui après les attentats du 11 septembre aux États-Unis, puis ceux de Londres en juillet 2005, ont pris conscience du danger que les activistes islamistes, auxquels ils ont offert l’hospitalité, représentent pour la sécurité de leur territoire. Combien d’Algériens figurent parmi ces hôtes indésirables, dont le gouvernement de Tony Blair veut se débarrasser ? En Algérie, on connaît surtout des têtes d’affiche qui, à l’instar de Kamardinne Kherbane, ont marqué de leurs empreintes les pages sanglantes de la décennie noire. Feront-ils partie des prochaines livraisons ? Selon Salah Dembri, ambassadeur d’Algérie à Londres, qui s’exprimait à la radio en avril dernier, sur 17 présumés terroristes éligibles à l’extradition et qui sont soit en détention, soit sous contrôle judiciaire, un seul est identifié par la justice algérienne, car ayant été déjà condamné intra-muros. Cependant, comme ses compères, il serait un simple exécutant, n’ayant pas le gabarit de Kherbane, Benoua, Dnidini…
De toute vraisemblance, ceux-ci ne risquent guère d’être extradés. Ni Londres n’a l’intention de les remettre à la justice algérienne, ni l’Algérie ne les réclame. Quand bien même, ils seraient expulsés, la Charte sur la paix et la réconciliation nationale leur garantit l’impunité. En Grande-Bretagne, des individus comme Kherbane ne sont pas inquiétés. Ayant bénéficié de l’asile politique, ils se meuvent librement dans les rues de Londres. Au moment où elle exigeait vainement qu’il lui soit remis, l’Algérie avait failli obtenir l’expulsion de Kherbane. C’était en 2001 au Maroc, juste après la double attaque du World Trade Center. L’ancien membre de l’instance exécutive du parti dissous rendait visite à son beau-frère en prison — pour trafic d’armes vers l’Algérie — quand il est arrêté par les services du royaume alaouite. Mais, au lieu de le renvoyer vers son pays, ils l’ont remis dans un avion pour Londres où il a élu domicile en 1991, avec la ferme intention de faire de la capitale britannique, “le Londonistan”, une base arrière du djihad en Algérie. Vétéran de la guerre d’Afghanistan où il avait côtoyé Ben Laden au sein de la fameuse organisation internationale d’aide islamique dont le chef d’Al-Qaïda se servait de caisse pour le financement du terrorisme, l’ancien lieutenant de l’ANP, devenu membre du gouvernement du GIA, tisse la toile d’une véritable nébuleuse avec l’aide d’anciens Afghans dont Boudjemaâ Benoua, dit Abou Anas, qui a été l’un des commanditaires de l’attaque de la caserne de Guemmar en 1991.
Djaâfar El-Houari, Mohamed Dlimi et Mohamed Dnidini sont les autres maillons de cette chaîne dont les liens avec Al-Qaïda sont demeurés très solides. Comme le GIA et ses chefs, le GSPC a réussi à s’implanter dans le Royaume-Uni, grâce à des recrues que les prêcheurs de Finsbury Park, n’ont eu aucun mal à convaincre. Le démantèlement du réseau Ricine (du nom d’un poison mortel) a dévoilé l’implication d’Algériens, dont un a tué un policier, lors de la perquisition d’un domicile dans la capitale britannique. Si des cellules dormantes existent toujours à Londres, il n’est pas exclu que des émules de Ben Laden en fassent partie, non plus avec l’objectif de mener la guère sainte en Algérie, mais d’opérer localement et plus globalement en Europe. Aussi, la Grande-Bretagne tente-t-elle d’agir à la source en s’attaquant aux réseaux de sans-papiers, pourvoyeurs de délinquants et de criminels. Réputé pour être le plus permissif d’Europe, ce pays entend donner un grand coup de balai aux contingents de clandestins. Sans doute, l’accord d’extradition signé avec l’Algérie s’inscrit-il en partie dans ce but. Il y a quelques semaines, Charles Clarck, ministre de l’Intérieur du gouvernement travailliste, était au centre d’un grand scandale, car il a été révélé qu’un millier de criminels étrangers n’ont pas été expulsés vers leur pays d’origine, après l’épuisement de leurs peines.
À la place de Kherbane et de ses acolytes, il faut s’attendre alors à l’arrivée de centaines de compatriotes, des voleurs à la petite semaine. Dans le cas d’Abdelmoumène Khalifa, l’ex-patron du groupe éponyme, il ne faut pas se faire des illusions. Les Britanniques ont clairement affirmé que sa livraison ne dépend pas uniquement de la signature d’un accord, mais reste tributaire de l’assentiment de leurs tribunaux. La rançon étant aussi maigre, il est à se demander ce que gagne l’Algérie à travers la convention d’extradition.
Il y a 4 ans, Ahmed Ouyahia, qui était ministre de la Justice, revenait bredouille d’un voyage à Londres où ses homologues lui avaient signifié leur refus de négocier un quelconque traité de ce genre. Depuis, le référendum sur la Charte pour la paix et la réconciliation nationale ayant été plébiscité par le peuple, l’État algérien ne veut plus se faire restituer “ses” terroristes.
Ni les grands ni les petits. Après le conseiller à l’information de l’ambassade qui intervenait sur une chaîne de télévision anglaise en mars dernier, Salah Dembri a confirmé : “l’Algérie n’a pas demandé l’extradition de terroristes.”

Samia Lokmane