Dossier: Coopération Algérie-Union Européenne

Coopération Algérie-Union Européenne

Dysfonctionnement interne et blocage du partenaire

Par : SaÏd Smati, Liberté, 10 mai 2009

L’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne, paraphé en 2002 en Espagne et mis en œuvre le 1er septembre 2005, se devait de, outre relancer le dialogue politique, insuffler une nouvelle dynamique à la coopération, notamment économique.

Quatre années après l’entrée en vigueur de cet accord d’association, les choses ne semblent pas évoluer comme il était espéré. Et pour cause, la démarche du partenaire européen qui voulant baliser les négociations, dresse divers obstacle. Même si, pour l’Algérie, il est question de dysfonctionnements internes, reste que les obstacles, côté UE, sont légion.
C’est ainsi que, concernant la libre circulation des personnes, “les choses n’ont pas vraiment évolué”, selon la direction partenariat avec l’Union européenne du ministère des Affaires étrangères. Les négociations sur ce volet butent sur l’exigence européenne qui veut se contenter d’un simple accord de réadmission, alors que l’Algérie inscrit la problématique dans un accord global incluant notamment la délivrance des visas. Cette situation engendre “un statu quo en la matière”. Sur un autre chapitre, l’objectif d’aider l’Algérie à diversifier son économie est loin d’être atteint.
Le marché européen étant très compétitif et l’accès des produits très sélectif. Selon les chiffres communiqués par la direction partenariat avec l’Union européenne, le taux de couverture des importations agricoles algériennes par ses exportations vers l’UE entre 2005 et 2007 est de l’ordre de 0,00046. Ce qui est, de l’avis même de cette direction, “insignifiant”. Il convient de relever que l’Algérie a demandé, dans le cadre des réunions du sous comité agriculture et pêche, la mise en place d’un groupe technique pour faire un diagnostic sur ce déséquilibre et identifier les facteurs économiques et techniques susceptibles de donner des perspectives en termes de volumes et de diversification des flux. L’Algérie attend toujours une réponse à cette requête.
Mais il semblerait que l’UE ne voit pas la chose de la même manière. Elle est plutôt impatiente d’ouvrir les négociations sur la libéralisation additionnelle des échanges du commerce. “L’Algérie n’est pas pressée de commencer ces négociations”, précise-t-on au niveau de la direction partenariat avec l’Union européenne, relevant l’incapacité de l’Algérie à consommer ses contingents à l’exportation. L’UE ambitionne également de conclure avec l’Algérie un accord stratégique dans le domaine de l’énergie. Un sujet soumis également à des divergences. L’Algérie qui préconise des discussions exploratrices en vue de lever les contraintes, s’est vu destinataire d’un mémorandum d’entente auquel elle n’a pas encore répondu.
En termes d’évaluation de l’accord d’association, la direction partenariat avec l’Union européenne des AE précise qu’elle se fait annuellement au niveau d’un conseil interministériel. Concernant les griefs retenus par certains opérateurs contre cet accord, la direction partenariat des AE, indique que “lors des négociations en 2001, les représentants du patronat ont été consultés par le ministère des Affaires étrangères”. À l’époque, “les opérateurs ne se sentaient pas menacés par les effets de l’accord”.
D’un autre côté, la commission technique, présidée par la Caci, censée constituer un espace de dialogue et de concertation entre les opérateurs et l’administration, n’a reçu que peu de requêtes. Nos interlocuteurs mettront cela sur le compte de l’insuffisance du travail d’information et de sensibilisation sur l’accord d’association en direction des opérateurs économiques. D’ailleurs, le ministère du Commerce vient de dissoudre cette commission et la remplacer par une nouvelle instance dénommée “commission technique du suivi et d’évaluation de la mise en œuvre des accords de libre-échange”. Reconnaissant le déficit en termes de sensibilisation et de communication sur le sujet, les responsables de la direction estiment qu’il “faut toujours positiver les choses”, préconisant “une révolution des mentalités de l’administration et des opérateurs pour arriver à 2017 (mise en place de la zone de libre-échange avec l’UE) dans les meilleures conditions”.
À ce titre, il est question de l’organisation à Alger en automne prochain d’un forum des investisseurs européens avec comme objectif de susciter l’intérêt de ces derniers au marché algérien, et de les rapprocher des opérateurs nationaux. Il est également question de négociation autour d’un accord de coopération scientifique et technique.
Un accord, dit-on, très important pour la recherche scientifique algérienne.


 

L’ambassadrice de l’UE à propos du marché algérien

“La crise financière a rendu les investisseurs encore plus prudents”

Par :Abdelkrim Alem

Dans cet entretien exclusif, Son Excellence l’ambassadrice de l’Union européenne en Algérie, Mme Laura Baeza, développe sa vision des relations politiques, économiques et culturelles qui lie le Vieux Continent à l’Algérie tout en évoquant certaines difficultés induites par les effets de la crise financière internationale. Le processus d’adhésion à l’OMC, les importations, l’investissement étranger, la politique des visas ont été autant de dossiers chauds abordés.

Liberté : Vous célébrez cette année les 30 ans de présence de l’UE en Algérie, quel bilan faites-vous des relations de l’Europe avec l’Algérie ?
Son Excellence l’ambassadrice, Mme Laura Baeza : Les relations entre l’Union européenne et l’Algérie n’ont fait que se densifier et s’étoffer pendant ces 30 années. On est ainsi passé d’un simple accord commercial à un véritable partenariat touchant les domaines politique, économique, social et culturel. La forme de la coopération elle-même a changé, on est passé de l’aide au développement rural et aux infrastructures à une démarche mieux adaptée avec notamment un appui au processus de réformes et de modernisation de l’économie engagé par l’Algérie. En données chiffrées, on peut noter que 949 millions d’euros (soit 91,5 milliards de DA) ont été octroyés pour la période de 1979 à 1995 alors que de 1996 à 2008, une enveloppe de près d’un demi-milliard d’euros (environ 46,5 milliards de DA) a été attribuée. À cela il faut ajouter l’apport de la Banque européenne d’investissement qui a accordé toute une série de prêts dont certains concernent la construction des deux gazoducs reliant l’Algérie à l’Espagne. Comme vous le voyez, l’enveloppe financière n’a fait que se développer mais l’important n’est pas seulement au niveau financier, mais dans le type même de coopération qui est devenu plus ciblé, en essayant de répondre au mieux aux besoins. Il faut dire que tous nos programmes de coopération sont élaborés en étroite collaboration avec les autorités algériennes. Notre apport est surtout orienté vers le transfert de savoir-faire, d’expertises, d’études ou de renforcement institutionnel.

Tout récemment, le gouvernement algérien a décidé à travers une circulaire de redéfinir les conditions d’implantation des sociétés commerciales étrangères en Algérie ainsi que les obligations d’associations avec les partenaires algériens, en accordant dans les cas d’investissements la majorité du portefeuille à la partie algérienne. Est-ce qu’à votre avis ces mesures ne sont pas en contradiction avec l’esprit de l’accord notamment dans son article 32 ? Quelle est votre lecture par rapport à ces mesures et est-ce que d’ores et déjà vous avez eu des cas d’inquiétude formulés par des pays de l’UE et qui sont-ils ?
En effet, les investisseurs étrangers sont préoccupés par une éventuelle modification du régime d’implantation des sociétés commerciales étrangères en Algérie, que nous sommes en train d’étudier en détail. Mais, sincèrement, je vois mal un partenaire solide et fiable de l’UE adopter des mesures qui iraient à l’encontre de ses engagements internationaux.
Des observateurs avertis estiment que dans le fond et dans la forme l’accord d’association tel qu’il a été négocié avec l’Algérie contient plusieurs points auxquels n’adhérent pas les opérateurs économiques algériens qui se voient ainsi soumis à des barrières douanières et d’autres formes de protectionnisme émanant de l’UE pour des produits algériens potentiellement exportables.

C’est le cas du sucre et d’autres produits alimentaires. Quel est votre commentaire d’autant que selon nos informations les pays asiatiques et américains ont poursuivi en justice Bruxelles pour cette forme de protectionnisme ?
L’accord d’association entre l’UE et l’Algérie, qui est entré en vigueur fin 2005, prévoit un démantèlement douanier asymétrique, immédiat de la part de l’UE et progressif sur 12 ans de la part de l’Algérie. Cet accord de libre- échange porte sur les biens industriels, certains produits agricoles et de la pêche. Il doit être suivi de négociations complémentaires pour ouvrir les marchés des produits agricoles, des produits agricoles transformés et des services. L’UE a proposé déjà l’ouverture de ces négociations à tous ses partenaires Euromed, l’Algérie ne s’y est pas encore engagée. Les plaintes algériennes concernant la progression des échanges bilatéraux ne nous semblent pas fondées sur les chiffres.
En 2008, les exportations de l’Algérie vers l’UE ont progressé de près de 35% (source Algex). En effet, sur l’année 2008, les exportations algériennes hors hydrocarbures vers l’Union européenne représentaient 1 230,97 millions USD, contre 911,99 millions USD en 2007, soit une augmentation de 34,98%. Cette hausse est attribuable à la mise en œuvre de l’accord d’association. Les produits industriels (exportés en exonération totale vers l’UE), d’une valeur de 1 172,11 millions USD, représentent 95,22% des exportations vers la CE et ont augmenté de 37,01% par rapport à l’année 2007. Ces performances, qui sont loin d’être négligeables, seront nettement améliorées par la diversification de votre économie… qui suppose aussi des investissements étrangers.
Il faut tout de même rappeler qu’elles s’inscrivent dans le contexte d’échanges bilatéraux globaux régulièrement excédentaires pour l’Algérie (un excédent de 6 580 millions d’euros en 2007, et 5 485 millions d’euros pour le premier semestre 2008 seulement). En matière d’investissements étrangers reçus, l’Algérie se situe dans la moyenne de ses voisins avec 3 161 millions d’euros par an sur les 3 dernières années, même si d’autres pays de la zone Euromed font mieux.
Toutefois l’Algérie reste un marché difficile et il ne faut jamais oublier que les investisseurs ont le choix des destinations. Il serait instructif à cet égard d’examiner les raisons pour lesquelles certains investissements étrangers sont allés chez vos voisins plutôt qu’en Algérie. Quant à votre question sur le sucre et d’autres produits alimentaires, les importations de sucre originaires d’Algérie sont soumises au traitement de la nation la plus favorisée (NPF) et sont conformes aux règles de l’OMC depuis la réforme du secteur en 2006, qui a notamment réduit le soutien du budget européen à la production.
Certains producteurs de sucre algériens se plaignent depuis de nombreuses années de la règle d’origine pour le sucre qui prévoit le changement de position tarifaire. En d’autres termes, le sucre produit à partir de la betterave ou de la canne à sucre (classées dans une autre position tarifaire que le sucre) importées peut-être considéré comme étant originaire d’Algérie.
Actuellement, l’Algérie importe le sucre brut, principalement du Brésil et le raffine pour son autoconsommation, mais aussi pour l’exporter vers les pays voisins dans la région. Mais le raffinage, tout comme le blanchiment du sucre, est considéré comme une opération insuffisante pour conférer l’origine. L’application des règles en vigueur ne permet donc pas d’exporter le sucre raffiné comme étant originaire d’Algérie et donc en exemption de droit de douane, si un accès préférentiel était accordé. Pour rappel, les règles d’origine sont fixées dans le Protocole n°6 de l’Accord d’association et sont communes à tous les pays appliquant le régime Paneuromed. Toute modification de ces règles engendrerait une modification de tous les accords existants. Je tiens à souligner qu’elles sont destinées à éviter la fraude au traitement préférentiel qui s’est effectivement produite dans d’autres régions.
En 2002, l’Australie, le Brésil et la Thaïlande ont, en effet, attaqué, à l’OMC, l’ancienne organisation des marchés européens (OCM sucre de la CE), alléguant que celle-ci comprenait des subventions à l’exportation interdites. Le groupe spécial et l’organe d’appel de l’OMC ont effectivement déclaré ces subventions illégales. Par l’adoption de la nouvelle OCM sucre (Règlement du Conseil 318/2006 du 20 février 2006), la CE s’est mise totalement en conformité avec ses obligations.

Enfin de manière plus générale, il est vrai que l’exportation sur le marché européen de produits alimentaires et agroalimentaires est régie par des normes exigeantes en matière de sécurité alimentaire (normes sanitaires et phytosanitaires). Celles-ci sont justifiées par le niveau d’exigence élevé du consommateur européen en la matière, elles sont conformes aux principes de l’OMC et l’UE met à la disposition des pays partenaires une assistance technique pour les aider à se mettre en conformité.

Le processus d’adhésion à l’OMC tarde à se concrétiser sachant que les négociations ont débuté dans les années 1990. Officiellement, on annonce les exigences de certains pays de l’UE qui portent sur la révision des prix du gaz, l’ouverture de sociétés étrangères de trading, le retour à l’importation des véhicules d’occasion. Selon vous, pourquoi les pays de l’UE qui font confiance à l’Algérie à travers cet Accord affichent une certaine méfiance lorsqu’il s’agit du dossier OMC-Algérie donnant cette nette impression qu’Alger n’est pas soutenue dans sa démarche par l’UE ?
L’Union européenne soutient pleinement l’accession de l’Algérie à l’OMC. Le commissaire au commerce l’a déclaré ici même à Alger, lors de sa visite en février 2008, et Mme Ferrero-Waldner, notre commissaire chargé des relations extérieures et de la politique de voisinage l’a réaffirmé l’année dernière.
Il faut savoir que les négociations d’adhésion à l’OMC sont longues et complexes pour tous les candidats. Mais il est aussi vrai que nous aimerions un rythme de négociation plus soutenu, car nous sommes près de faire des vrais progrès, notamment dans le cadre des services. En ce qui concerne le prix du gaz, il ne pose plus problème, l’Algérie ayant déjà démontré qu’il est conforme aux règles internationales en la matière.

L’idée d’une Opep du gaz a fait son chemin. L’Europe s’est retrouvée à plusieurs reprises otage d’une pression de la Russie en matière d’approvisionnement, événement qui a mis en exergue une dépendance quasi orientée et qui a appelé les pays de l’UE à regarder davantage vers les pays du Sud. Cela signifie-t-il que des relations privilégiées avec l’Algérie sont en train d’être réfléchies pour l’avenir ?
L’Algérie est un partenaire historique (depuis les années 1970) et fiable pour les approvisionnements énergétiques de l’Europe notamment dans le secteur du gaz, où près de 20% du gaz consommé en Europe vient d’Algérie. Il y a une véritable relation d’interdépendance entre nous. L’Algérie a besoin pour le développement de ses infrastructures gazières (les coûts des gazoducs sont élevés) d’un débouché pour son gaz, ce que lui offre l’Europe. Pour sa part l’UE veut un partenaire qui lui assure un approvisionnement régulier, ce qui est le cas de l’Algérie.
Nous avons donc un intérêt mutuel à renforcer cette relation avec des mécanismes plus structurés, d’où cette proposition d’un mémorandum de coopération dans le secteur de l’énergie, qui nous permettrait de développer davantage un partenariat stratégique. La question de la garantie de l’approvisionnement en gaz de certains pays de l’UE, soulevée lors de la crise entre la Russie et l’Ukraine, est une des raisons qui ont incité l’UE à faire de la sécurité énergétique un défi et une priorité. Cette crise a eu aussi l’effet de faire ressortir l’Algérie comme un partenaire sûr et fiable.

La crise financière mondiale, qui est en train de bouleverser les plus grandes puissances, n’aura-t-elle pas des retombées sur quelques aspects du chapitre de l’Accord qui lie l’Algérie à l’UE, notamment en matière d’engagement sur l’assistance et le soutien à travers des programmes de développement durable ?
Je peux vous garantir qu’il n’y aura aucune retombée de la crise financière mondiale sur la mise en œuvre de l’Accord d’association et encore moins sur le niveau des engagements et du soutien. La crise financière mondiale touche de plein fouet la majorité des pays. L’UE, à son niveau, a mis en place, lors du Sommet des 19 et 20 mars dernier, tout un dispositif pour faire face à cette crise. Il s’agit d’une approche commune des États membres pour restaurer la confiance dans l’activité financière et préserver la croissance économique et l’emploi. En ce qui concerne notre coopération économique avec l’Algérie, nous sommes maintenant en train de discuter avec le gouvernement les priorités de celle-ci pour la période 2011-2013, où nous avons même l’intention d’augmenter l’enveloppe financière.

Pensez-vous que le marché algérien, à la faveur de sa dimension reconnue et de ses multiples plans de relance, engagés par les pouvoirs publics, sera, en définitive, un nouvel espace pour les multinationales qui cherchent à se redéployer sur des terrains sûrs ?
L’Algérie possède un marché qui s’étoffe de plus en plus. Les plans de relance engagés par les autorités algériennes sont en train de combler un déficit au niveau des infrastructures, notamment celles du transport. Mais pour attirer les investisseurs étrangers, la dimension du marché à elle seule ne suffit pas, il faut également un environnement juridique souple et des facilités qui incitent les investisseurs étrangers à préférer l’Algérie aux autres pays. Je dois ajouter que la crise financière mondiale actuelle a rendu les investisseurs encore plus prudents.

Après le retour progressif de la paix et avec le bouleversement de la donne consécutivement à la crise mondiale, ne pensez-vous pas que l’Algérie est en train d’émerger en tant que pays solvable ? Parlant du dialogue politique, quelle évaluation faites-vous du processus qui a évolué en dents de scie ?
Comme vous le savez, l’Algérie a engagé une grande partie de son énergie et de ses forces durant près d’une décennie dans la lutte contre un des terrorismes les plus barbares. Ce n’est que vers la fin des années 1990 qu’elle a commencé à sortir de son isolement. Ce retour à la paix s’est concrétisé notamment par son retour sur la scène internationale où elle est, avec l’Afrique du Sud et le Nigeria notamment, un des leaders de l’Union africaine. Par son sérieux et son expérience, l’avis de l’Algérie est souvent sollicité. Concernant le dialogue politique entre l’UE et l’Algérie, il s’est notamment développé depuis l’entrée en vigueur de l’accord d’association avec les rencontres annuelles du conseil de l’accord d’association, la quatrième devrait avoir lieu avant la fin de cette année. Depuis janvier 2006, nous avons eu, au total, vingt et une réunions de travail UE-Algérie, qui ont traité des questions politiques (justice et affaires intérieures, migration et visas), économiques (commerce, industrie, services, douanes, transport, énergie, agriculture, pêche, environnement) et sociales (affaires sociales, société de l’information, recherche, innovation, audiovisuel, culture, éducation). La coopération dans tous ces secteurs marche à bon train et nos administrations respectives développent des synergies importantes.
Mais à côté de cela, nous avons assisté, ces trois dernières années, à une multiplication de visites de commissaires européens en Algérie et de visites à Bruxelles de ministres algériens. Nous avons eu l’année dernière M. Mendelson, commissaire chargé du commerce en février, Mme Ferrero-Waldner, commissaire chargé des relations extérieures et de la politique de voisinage en avril, et de Mme Kroes, commissaire chargé de la concurrence en novembre.

L’Algérie considère que le principe de la libre circulation est bafoué par les dispositions européennes concernant les visas. L’UE est d’accord que pour la libre circulation des personnes donne l’image d’une Europe fermée au Sud ? Quelle est votre commentaire ?
Comme vous le savez, c’est un dossier qui suscite beaucoup de polémique. Le principe de la libre circulation des personnes ne concerne que l’intérieur de l’UE. Même les pays qui adhérent à l’UE doivent respecter des périodes transitoires en la matière. En outre, c’est un principe qui n’est pas repris par l’accord d’association. L’accord prévoit seulement une application diligente des formalités de délivrance des visas. Et il faut reconnaître qu’il y a eu une nette amélioration dans ce sens par certains États membres qui ont adopté des méthodes plus rapides à cet effet.

L’Europe entend développer les échanges culturels et sociaux avec les associations algériennes. Quelle sera la portée de la coopération ?
Un des volets du partenariat euro-méditerranéen c’est le dialogue et l’échange entre les cultures. Des conférences euro-méditerranéennes des ministres de la Culture se sont accordés sur des principes de coopération concrète en la matière. Cette coopération se fait à deux niveaux.
Au niveau régional, ce sont de grands programmes qui touchent des domaines comme la protection du patrimoine à travers Euromed Héritage, qui en est à sa 4e phase, ou encore Euromed audiovisuel qui, comme son nom l’indique, concerne le soutien à la création et à la distribution des œuvres audiovisuelles. Sans oublier la Fondation Anna-Lindh, qui a comme mission de développer le dialogue entre les cultures et qui a son siège au Caire. Il s’agit de la seule institution financée par les budgets de tous les pays membres du partenariat, ainsi que par la Commission.
Au niveau local cette fois, c’est-à-dire dans le cadre des programmes mis en œuvre par la délégation de la Commission à Alger, nous avons un programme ONG de soutien aux associations algériennes de développement, qui apporte un appui à près d’une centaine d’associations de la société civile algérienne dans des domaines divers (culture, environnement). Au niveau culturel, nous avons relancé en février dernier les “Journées du cinéma européen” et notre “Festival culturel européen” fête ce mois-ci son 10e anniversaire, une preuve de notre persévérance dans ce secteur et un engagement aussi des États membres de l’Union européenne représentés en Algérie, qui fournissent ces spectacles.
Les rencontres culturelles sont, à mon avis, importantes car elles permettent des échanges et un dialogue interculturel qui est devenu une nécessité dans un monde menacé par des crispations communautaires et religieuses.


 

UE-UPM

une union en cache une autre

Par : Larbi R. Abahri

Dans le cadre des différentes offensives politiques et économiques de l’Union européenne et après qu’eut été établi l’échec du processus de Barcelone, d’en être à se montrer quelque peu sceptique quant à une portée efficace et constructive d’une Union pour la Méditerranée, celle-ci venant d’être comme annihilée par les retombées de la crise économique internationale.

Accord d’association avec l’Union européenne ; adhésion à des zones de libre-échange, outre celle à l’OMC et telle qu’envisagée ; privatisations ; installation d’une Bourse des valeurs, tout cela ne suffit pas à faire le succès du libéralisme. il n’est que de voir, à ce propos, les difficultés dans lesquelles se débattent les pays membres de l’UE ; cependant que celle-ci s’évertue à développer toute forme de partenariat et de coopération en tous points du globe. Et, en cette période de crise, impliquant que soit redéfinie la mondialisation économique, de s’interroger sur les réelles capacités de l’UE à soutenir ses membres les plus faibles, dans le même temps que pris, séparément, chacun des vingt-sept s’occupe à concurrencer son prochain sur un même terrain économique opérationnel, l’Algérie pouvant en être la parfaite illustration. De fait, en la matière, les constats établis depuis plusieurs années font ressortir la forte concurrence s’opérant sur le marché algérien, notamment entre ces pays européens que sont la France, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne ainsi que classés dans un ordre d’importance au regard de la balance commerciale régissant leurs échanges avec notre pays.
De savoir, sur un plan global et très peu évolutif au cours de ces deux dernières années, que les importations algériennes en provenance de l’UE sont évaluées à 53% suivies par celles arrivant d’Asie avec 18%, d’Amérique du Nord (USA et Canada) avec 10% ; d’Amérique latine avec 8%, d’autres pays d’europe avec 6% ; des pays arabes avec 2% ; enfin du Maghreb et d’Afrique avec, respectivement 1%. Plus loin que cette observation de remarquer que les pays de l’UE, précédemment cités, se livrent à une concurrence féroce ; l’Italie affirmant, au cours de ce début d’année 2009, avoir détrôné la France de sa première place au regard de son augmentation des échanges. De même, l’Allemagne annonce que ses exportations vers l’Algérie ont augmenté de 30,76% et s’élèvent à près de 2,34 milliards de dollars pour l’année 2008 ; le commerce extérieur algéro-allemand semblant se développer de manière très rapide et très positive.
Toutefois, au-delà de chiffres se voulant significatifs, de remarquer la nécessité, aujourd’hui, d’aller plus loin que l’accord d’association Algérie-UE et d’autres accords afférents à des domaines bien précis, tel celui touchant à la sécurité dans le bassin méditerranéen. Donc, graduellement, mais rapidement, d’autres accords spécifiques devraient se multiplier entre les deux parties, compte tenu des spécificités algériennes d’un point de vue géostratégique très important au regard de l’actuel contexte mondial et de ses répercussions au plan régional…
En ce sens, la position algérienne aura porté ses fruits, à voir le rapprochement très prononcé s’étant opéré entre l’Algérie et l’UE. Et, si en termes de coopération Alger et Bruxelles conviennent qu’il faut aller vite, de remarquer, néanmoins, que, de part et d’autre, les raisons ne sont pas dictées par des considérations tout à fait identiques en termes d’appréciations politiques et économiques ; encore que les dirigeants européens tentent de démontrer, sans cesse mais en vain, à travers l’union pour la méditerranée (UPM), l’accélération d’un nouveau processus de relations entre tous les pays du bassin méditerranéen. En tant que vis-à-vis de l’UE et à travers ces grands axes déterminant l’actualité politique, économique et sociale, faut-il, encore percevoir tous les effets directs ou indirects, positifs ou négatifs, pouvant découler de cette situation internationale dont l’Algérie ne saurait se dissocier ou être dissociée de par la position très sensible qu’elle occupe.

L. R. A.

 


Ils doivent revoir leur projection économique et politique

Les pays maghrébins… mis en demeure

Par : Larbi R. Abahri

Face à une Union européenne se voulant offensive afin de contrer les avancées de ses concurrents que sont notamment les USA, la Chine, l’Inde, une prise de conscience s’impose pour chaque pays afin de ne pas demeurer seulement comme un enjeu stratégique du moment. De plus, considérant tout autant le processus de mondialisation s’opérant depuis quelques années et les contre-effets de l’actuelle crise économique internationale, de se dire qu’un nouveau pan de l’histoire du monde serait en train de s’amorcer et qu’il appartient à chaque pays de ne pas demeurer en plus grand retard qu’il ne l’est déjà. À l’évidence, compte tenu de la nouvelle donne géopolique et géostratégique se profilant, et dont on ignore tout des possibles effets bénéfiques ou négatifs, il appartient à l’Algérie et à ses voisins de ne plus être, seulement, des enjeux stratégiques entre les puissants du moment. Plus loin que cette Union pour la Méditerranée (UPM), censée venir combler le retard, pour ne pas dire l’échec, du processus de Barcelone en matière de mise en œuvre d’un partenariat multiforme entre les deux rives de la Méditerranée, il est urgent, aujourd’hui, que les pays du Maghreb prennent une décision commune et radicale les amenant à dépasser leur accord d’association respectif passé avec l’UE, et dont il leur reste à mesurer les réels effets bénéfiques en termes de développement économique. Comme jamais les gouvernants du Maghreb sont interpellés pour bien prendre en main leur destin commun, Alger, Rabat, Tunis, Tripoli et Nouakchott se devant de déterminer une démarche commune et susceptible de mener, enfin, à cette union maghrébine tant espérée et attendue par les peuples de la région… Union restant à concevoir dans un cadre futuriste ; économique dans un premier temps et afin de parvenir plus aisément au règlement des différends politiques hérités d’un tout autre temps, car seul un Maghreb moderne et moderniste, conscient de ses multiples potentialités, sera à même de répondre aux aspirations légitimes de ses populations, car les pays de la rive sud-méditerranéenne s’estiment lésés sur de nombreux points, en leur qualité de partenaires ouverts à l’Europe. Et à ce propos, d’établir que c’est au niveau de l’observation économique que citoyens et politiques maghrébins ont à établir certaines comparaisons entre l’Union européenne continuant de se développer et de se renforcer malgré certains aléas politiques et un Maghreb, dont l’unification sous quelque aspect qu’il soit demeure au stade de l’intention. En cela, il y aurait comme une lacune politique très grave car, au terme d’un demi-siècle, cette idée d’union en est toujours au point de l’intention, alors que le marché de l’Afrique du Nord englobe, à cette heure, 90 millions de consommateurs ; ouvert, à l’Est, sur l’égypte et les autres pays arabes, au Sud sur l’afrique de l’Ouest avec ce que cela peut laisser présager de coopération spécifique et profitable à tous. Et alors que le possible marché commun maghrébin est plus que jamais incité par cette forte propension de l’Union européenne à se préserver en Méditerranée par un toujours plus fort rapprochement politico-économique avec les pays du Maghreb, il s’agirait de bien prendre en compte le fait que l’attitude européenne est dictée par une toute autre avancée des USA au Proche-Orient et l’intérêt nouveau et prononcé de Washington pour le Maghreb et les pays du Sahel.

L. R. A.


 

Les deux parties sont liées par des relations politiques, économiques et culturelles

Algérie-Europe : les bons comptes ?

Par : Mokhtar Haider

Vieux partenaires
Les relations entre l’Algérie et l’Union européenne remontent à 1976 : au plan institutionnel et bien longtemps avant, au plan bilatéral avec chacun de ses pays membres.
Dans le cadre de ces relations qui ont évolué de la coopération au partenariat ou l’association, l’Algérie a été seulement priée de se conformer à un modèle de relations élaboré hors d’elle, généralement dans les couloirs de la commission européenne, et applicable indifféremment comme un kit à plusieurs pays, pris dans un ensemble, Maghreb, moyen-Orient, méditerranée, entre autres.
De son côté, l’Algérie n’a eu de cesse de vouloir faire une place à l’Europe, plus conforme à des situations, des dossiers ou des ambitions spécifiques.
Insatisfaction, déception, impatience, mésententes, mais au-delà du temps perdu et des occasions ratées et, surtout et malgré tout, un dialogue maintenu. Malgré tout, voisinage, proximité et ancienneté des échanges et des liens et dimensions humaines obligent. Mais il faudra bien, un jour ou l’autre, avancer plus vite.
À de nombreuses reprises, l’Algérie s’est montrée réceptive aux besoins de l’Europe, entre autres, particulièrement en matière d’approvisionnement en gaz naturel, un domaine ou l’Algérie s’était montrée un partenaire fiable face à une Europe qui exigeait un niveau d’interdépendance suffisante pour s’engager davantage dans les marchés gaziers avec l’Algérie.
Ici, un dossier qui reprend ces relations si difficiles à cerner… Et à qualifier.

M. H.

 


Déphasages

Par : Mokhtar Haider

Les relations entre l’Algérie et l’Union européenne n’ont jamais été aussi caractérisées par le manque de visibilité malgré toutes les initiatives prises en ce sens par l’une ou l’autre des parties. Jusqu’ici, l’Union européenne traçait des programmes généraux de coopération pluriannuelle, sous différentes dénominations par crédits non remboursables ou par crédits de la banque européenne d’investissements (BEI). Dans ces programmes, et depuis 1976, année de la signature du premier accord de coopération, chacun des deux partenaires se définissait de grands objectifs qui ne concordaient pas souvent, mais qui parfois s’efforçaient de trouver quelques petits espaces communs. Voilà qui explique qu’à de nombreuses reprises, l’Algérie ne consommait pas toutes les lignes de crédit qui étaient dégagées parce qu’elle n’y trouvait pas beaucoup d’intérêt. Les brusques accélérations connues avec les programmes Meda (1 et 2), ainsi que la signature de l’accord d’association ont, eux aussi, connu des heures de gloire et de grande agitation sans esprit de continuité. Les deux partenaires peuvent bien continuer de la sorte pendant des années, avec une vision aussi réductrice et confinée au strict économique et commercial. Apparemment, là où l’Algérie prônait depuis toujours une vision plus politique, c’est l’Europe qui maintient cette vision économiste, coopération bilatérale, ou régionale intégrée, ou politique européenne de voisinage, processus de Barcelone ou Union pour la Méditerranée, en dépit des échecs répétés. Cela traduit bien le manque de vision ou le manque de possibilités internes, car il est peu probable que l’Europe change de vision : celle-ci s’est construite d’abord sur l’union économique et commerciale et son peu de possibilité à transcender ces limites traduit bien les limites du modèle de coopération qu’elle propose, excluant toute vision plus globale, car le projet européen, par sa religion de la libéralisation, implique, y compris pour ses propres pays membres, un abandon de souveraineté, et souvent pour les partenaires un déni de souveraineté. En tout état de cause, et pour ces raisons, une intégration politique de l’Europe restera un objectif lointain sans rapport avec les besoins, et même au cas où les membres réussiront cette union par la signature de traités entre États, aux lieu et place des assentiments populaires internes. Le problème se complique davantage avec la crise actuelle qui a révélé des pratiques économiques peu orthodoxes en matière bancaire, financière et commerciale avec la complicité des quelques États membres.
Parce que le plus clair de l’action de coopération de l’Union européenne s’est fait au cours des années 1980/90, à une époque du libéralisme mondial triomphant, offensif et même agressif impliquant de dramatiques politiques de restructuration et de démantèlement pour les États, menaçant même leur propre stabilité interne. l’Algérie, aux initiatives précipitées ou au volontarisme.
L’Algérie semble s’être mise à la recherche d’autres possibilités en s’adressant à des partenaires plus réceptifs, États ou groupes d’entreprises, y compris hors de l’Europe, après avoir compris la difficulté de cette dernière à se mettre à la hauteur de la situation, à défaut de pouvoir accorder ses violons internes ou se mettre au diapason des besoins et des potentialités pourtant réputées immenses.