L’Algérie et la «dictée européenne»

L’Algérie et la «dictée européenne»

Le Quotidien d’Oran, 12 novembre 2006

Réitérant la position officielle de l’Algérie en matière de priorités dans son processus de partenariat avec l’Union européenne, l’ambassadeur d’Algérie à Bruxelles, M. Halim Benatallah, a affirmé hier que la politique européenne de voisinage (PEV) n’est pas une priorité pour l’Algérie, du moins pour l’heure.

S’exprimant dans le cadre d’une rencontre avec les représentants de la presse algérienne qui participaient à un atelier de formation sur la PEV, l’ambassadeur algérien a estimé que l’intérêt de l’Algérie porte actuellement sur l’accord d’association avec l’Union européenne, qu’elle oeuvre à mener à bien, ajoutant qu’elle n’est de ce fait pas encline à s’encombrer pour l’heure d’un autre processus.

M. Benatallah a souligné à ce titre que l’Algérie n’est pas disponible à s’engager dans un autre processus avec l’Union européenne, du moins pour l’heure, arguant cela par le fait que ses entreprises n’ont pas encore atteint un niveau de compétitivité et de performance qui leur permet de pénétrer le marché européen. Le diplomate algérien, qui n’a pas exclu que l’Algérie bénéficie dans le cadre de la PEV de programmes, dont ceux portant sur la recherche scientifique, l’éducation, l’énergie, a en revanche déploré le fait qu’elle n’ait pas été concertée dans l’élaboration de ce mécanisme, qui s’apparente à un plan d’ajustement politique.

M. Benatallah a indiqué que cette politique européenne de bon voisinage est, on ne peut plus, une dictée de réformes politiques à l’adresse des pays candidats à l’élargissement. Il précisera dans la foulée qu’il y a les contraintes du processus d’adhésion au marché unique sans toutefois avoir les mêmes bénéfices.

Affirmant que l’Algérie demeure un partenaire de choix de l’UE, il a expliqué cela par les atouts dont elle dispose, notamment par le fait qu’elle est le 3ème fournisseur de gaz à l’UE et un de ses potentiels clients.

C’est d’ailleurs ce partenariat de choix et ces mêmes atouts qui incitent de plus en plus les partenaires traditionnels de l’Algérie, notamment la France, à accorder une plus grande importance au rôle que pourra jouer l’Algérie dans un futur proche dans la «diplomatie énergétique» de la France. Les récentes déclarations du ministre des Affaires étrangères, M. Douste-Blazy, consolident cette thèse. Le chef de la diplomatie française qui s’exprimait lors du comité interministériel sur l’Europe, tenu le 06 novembre dernier, a indiqué que «deux grandes régions et deux grands pays joueront demain un rôle capital pour notre diplomatie énergétique. C’est l’Algérie…, et je crois qu’il faut regarder de plus en plus vers l’Afrique du Nord… nous avons intérêt à jeter des ponts aujourd’hui plus que tout autre temps, avec l’Algérie puis le Caucase…».

En attendant que les pays de l’UE se penchent un peu plus de l’autre côté de la Méditerranée, l’Union européenne semble pour le moment jeter son dévolu sur l’Europe de l’Est pour réduire sa dépendance énergétique à l’égard de la Russie. En septembre dernier, l’UE avait donné le signal d’un rapprochement avec l’Azerbaïdjan. Le président de la Commission européenne José Manuel Durao Barroso avait signé le 22 septembre dernier avec le président azerbaïdjanais un accord de principe pour instaurer un partenariat énergétique avec ce pays du Caucase riche en hydrocarbures, le seul relativement prospère dans une région encore dominée par la Russie.

Djamel B.