Terrorisme, blanchiment d’argent, drogue : Les ministres de l’Intérieur des «5+5» au chevet de la sécurité dans la région

Terrorisme, blanchiment d’argent, drogue : Les ministres de l’Intérieur des «5+5» au chevet de la sécurité dans la région

par Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 10 avril 2013

Lutte contre le terrorisme, le blanchiment d’argent, le trafic de drogue et la cybercriminalité, c’est en fait le menu des travaux de la 15e conférence des ministres de l’Intérieur des pays de la Méditerranée occidentale (CIMO ou 5+5).

Les questions sécuritaires ont d’emblée dominé les débats de cette rencontre des ministres de l’Intérieur des pays de la rive sud de la Méditerranée (Algérie, Maroc, Tunisie, Mauritanie et Libye) et ceux de la rive nord (France, Espagne, Italie, Portugal et Malte). L’Algérie, hôte de cette rencontre, a plaidé pour des efforts plus soutenus des pays membres en vue de renforcer la coordination dans la lutte contre le terrorisme et le grand banditisme. Pour le ministre algérien, Dahou Ould Kablia, «la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée figure parmi les défis majeurs auxquels doivent faire face les pays de la région». Il a précisé, à l’ouverture des travaux de cette rencontre, que ‘’l’Algérie, consciente de la menace et des dangers du terrorisme sur la paix et la stabilité des pays », continuera ‘’à appeler à la coordination des efforts et à la mise en place d’actions de coopération appropriées pour l’éradication de ce fléau». En outre, l’appel de l’Algérie englobe également les sources de financement du terrorisme, dont les enlèvements et les rançons.

Là également, M. Ould Kablia a rappelé la position algérienne: «les mesures prises au plan international pour lutter contre le financement du terrorisme, ont conduit les groupes criminels à se rabattre sur d’autres moyens de financement de leurs activités, notamment les enlèvements contre rançons pour la libération des otages». Ainsi, l’Algérie, a-t-il dit, «continue de défendre le refus du versement des rançons aux groupes terroristes, en effectuant des démarches tant sur les plans politique que juridique, afin de sensibiliser la communauté internationale sur la nécessité de criminaliser cette pratique». «Notre perception de la lutte contre le terrorisme doit intégrer, impérativement, la lutte contre l’extrémisme et le fanatisme qui conduisent vers la violence, en impliquant tous les acteurs de la société et à tous les niveaux», a-t-il ajouté. L’Algérie, selon M. Ould Kablia, tient par ailleurs à prévenir contre l’émergence d’autres crimes transnationaux qui menacent la paix et la sécurité dans la région. En fait, il a estimé que le crime organisé transnational a pris des dimensions «préoccupantes», et constitue dès lors un «réel danger» sur les plans politique, économique et social. Il s’«agit en l’occurrence du trafic de drogue, le blanchiment d’argent, l’immigration illégale et la cybercriminalité». Ce type de crimes s’est ‘’rapidement adapté à l’évolution de nos sociétés, constituant, ainsi, un réel danger sur les plans politique, économique et social», relève encore M. Ould Kablia. Quant au phénomène de la migration clandestine, qui empoisonne parfois les relations entre Etats membres de la CIMO, l’Algérie, par la voix du ministre de l’Intérieur, a mis l’accent sur la «lourde responsabilité de nos Etats à respecter le périlleux équilibre entre le droit de circuler librement et l’impératif devoir lié à la préservation de la sécurité de nos territoires et la protection de nos sociétés». L’Algérie, a-t-il souligné, «demeure convaincue de l’approche globale et concertée dans la prise en charge de la question migratoire», ajoutant que l’effort «doit inclure le renforcement et la garantie des droits fondamentaux des migrants légalement établis». Il a, pour autant, confirmé le durcissement des mesures de sécurité à l’égard des migrants africains, indiquant que ‘’l’Algérie ne cesse de déployer des moyens considérables, afin de juguler les flux des migrants clandestins en provenance notamment des pays du Sahel, fuyant les crises et les guerres auxquelles ils sont confrontés». Par ailleurs, l’Italie a plaidé de son côté pour l’amélioration des relations plurielles entre les pays des deux rives de la Méditerranée, fondés sur le partage des valeurs culturelles, sociales et économiques. Selon la ministre italienne de l’Intérieur, Anna Maria Cancellieri, «ces nouveaux rapports devront également être fondés sur le respect des identités nationales et des différences ethniques et religieuses». Les pays de la CIMO doivent «travailler à construire un espace commun euro-méditerranéen», à travers «la relance des politiques et stratégies de l’Union européenne en faveur des pays de la rive sud de la Méditerranée», a-t-elle dit. «Cet objectif pourra être atteint à travers la CIMO, qui a toutes les caractéristiques pour devenir un extraordinaire facteur de relance des politiques et stratégies européennes pour les pays du Sud», a-t-elle ajouté. Pour elle, le mécanisme de la CIMO est idéal pour le renforcement du dialogue pluriel entre les pays des deux rives de la Mare Nostrum. La réunion, dont les travaux s’étaient déroulés à huis clos, s’est terminée hier avec l’adoption de recommandations liées au renforcement des mécanismes de sécurité dans la région et la lutte contre le terrorisme, avec un intérêt particulier pour le Sahel.