Bilan de l’accord d’association avec l’Union européenne

Bilan de l’accord d’association avec l’Union européenne

Les patrons tirent les choses au clair

El Watan, 16 mai 2010

La perspective du 5e Conseil d’association avec l’Union européenne, qui se tiendra le 15 juin prochain à Bruxelles, remet à l’ordre du jour toutes les difficultés rencontrées sur le terrain dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord d’association signé en 2005.

Des années d’existence d’une passerelle économique qui, de l’avis des uns et des autres, des deux côtés de la Méditerranée, n’ont pas donné les résultats escomptés.

Si du côté européen on reproche à l’Algérie des mesures protectionnistes prises à la faveur de la LFC 2009 et de la loi de finances 2010, du côté algérien on en a gros sur le cœur et on n’hésite plus à dire que les règles de l’échange n’ont pas du tout été respectées. Pertes fiscales se chiffrant, en 2009, à 2,2 milliards de dollars, rareté des investissements étrangers (seulement 500 millions de dollars), augmentations des importations en provenance d’Europe à 11 milliards de dollars sont cités par les pouvoirs publics pour motiver les griefs contre le partenaire occidental. La révision de certaines clauses de l’Accord d’association est aujourd’hui brandie par le ministre du Commerce, El Hachemi Djaâboub, qui entend rétablir la balance commerciale avec l’Union européenne.

Du côté des entreprises algériennes, le constat est également amer et la réalité d’un déséquilibre des échanges en faveur des Européens est clairement mis à l’index. Les arguments et les explications de l’échec sont, cependant, différemment présentés. Contacté hier, Boualem M’rakech, président de la Confédération algérienne du patronat (CAP), estime que « les chances des entreprises algériennes de commercer avec l’Europe sont très minimes, malgré les solides projets présentés régulièrement par les entrepreneurs ». Ceux-ci, « très impliqués, ne ménagent aucun effort pour présenter leurs idées et leurs offres d’échange, note M. M’rakech, mais sans réelle prise en compte de leurs propositions d’affaires du côté européen. » « Nous assistons à des manifestations en Europe, des foires, des bourses d’échanges,etc. Mais sans rien obtenir de concret », nous dit encore M. M’rakech qui estime que « tant qu’administrativement rien n’est fait en Europe, les projets des entreprises algériennes resteront lettre morte ». Le président de la CAP relève aussi qu’en Europe, « on ne se focalise que sur l’attrait de l’Algérie en tant que marché accessible et rentable ». « Commercer n’est pas un problème en soi », souligne M. M’rakech, mais il faudrait impérativement « que soient réhabilités les principes et les fondements des négociations arrêtées en 2005 pour rendre l’espace euroméditerranéen profitable à tous ».

Autre patron, autre son de cloche, Slim Othmani, membre du FCE et PDG de la Nouvelle Conserverie algérienne (NCA Rouiba), se veut moins tranchant quant à l’échec de l’Accord d’association avec l’Europe. Il estime, en tant que chef d’entreprise, que ce constat n’est fait que « par rapport aux chiffres des importations » alors qu’il devrait être abordé dans sa globalité et être « établi sur la base d’études élaborées aussi bien par les pouvoirs publics que par les entreprises ». M. Othmani juge, dans le cadre d’un bilan à tirer suite à cinq ans d’application de l’Accord d’association avec l’Union européenne, que « les entreprises ont été marginalisées lors de la conclusion de l’accord de 2005 et l’Etat a failli dans ce domaine ». M. Othmani estime que les problèmes relevés aujourd’hui découlent notamment du fait que « le montant alloué à la mise à niveau était absolument insuffisant et l’application du programme destiné aux entreprises très laborieuse ». Slim Othmani pointe du doigt le peu d’accompagnement des entreprises qui avaient besoin de transfert technologique, par exemple, mais n’ont rien obtenu.

Par Zhor Hadjam


Renégociation de l’accord d’association avec l’Union européenne

2 milliards de dollars/an de manque à gagner

L’Algérie s’apprête à la faveur de la tenue du 5e Conseil d’association de l’Union européenne, prévu le 15 juin à Bruxelles, à renégocier certaines clauses de l’Accord d’association conclu en septembre 2005 avec l’Union européenne (UE).

Nombre d’experts, estimant que l’accord en question a été mal négocié, préviennent contre la réédition des erreurs du passé. C’est le cas de l’économiste Salah Mouhoubi. « La renégociation de l’Accord d’association avec l’UE devient incontournable. Après sa mise en œuvre, l’Algérie n’a pas gagné grand-chose », estime M. Mouhoubi, joint hier par téléphone. Pour preuve, le manque à gagner pour la partie algérienne est estimé à 2 milliards de dollars annuellement, selon lui. « L’accord en question n’a pas permis l’émergence des espoirs qu’on attendait. La mise à niveau de notre économie n’a pas suivi. Les investissements étrangers directs (IDE) hors hydrocarbures ont fait défaut », constate-t-il, en indiquant que l’Algérie doit mettre en place une « stratégie de négociation définie ». « L’Algérie doit renégocier sur des bases mutuellement bénéfiques », plaide-t-il. Ce qui n’est pas le cas depuis 2005. Pour 1 dollar exporté vers l’UE, l’Algérie importe pour 20 dollars. Et les importations algériennes de l’UE ont augmenté de près de 80%, passant de 11,2 milliards de dollars en 2005 à 20,8 milliards de dollars en 2008. Notre interlocuteur propose certaines pistes de réflexion.

La partie algérienne doit mettre l’accent, d’après lui, sur la nécessaire implication de l’UE dans la mise en place des conditions idoines devant « permettre une mise à niveau de l’économie nationale et surtout penser comment placer le produit agricole algérien sur le marché européen ». Il invoque également le facteur que devait constituer « le potentiel industriel et le marché algérien des plus porteurs », afin d’attirer les IDE. Quant aux chances d’aboutir à un accord mutuel, M. Mihoubi souligne que « l’UE n’est pas hermétique, étant donné qu’elle a accepté de renégocier certaines clauses ». Pour sa part, l’autre économiste, Mourad Ouchichi, estime que l’Algérie a mis la charrue avant les bœufs. « Avant la signature de l’accord en 2002, plusieurs observateurs avaient mis en garde les autorités quant aux risques d’adhésion à une zone de libre-échange avant d’entamer les réformes structurelles nécessaires au passage de l’économie nationale vers une économie productive », a-t-il précisé. La signature de l’accord le 21 avril 2002 et sa mise en branle quatre ans après, indique-t-il, « n’étaient nullement exploitées pour obtenir des concessions économiques, mais bel et bien pour arracher un soutien politique ». La partie algérienne avait négocié en position de faiblesse, eu égard ajoute-t-il, « au manque de légitimité populaire » du régime en place. Et cet économiste se dit nullement étonné de constater que l’Accord d’association soit mal négocié au plan économique.

M. Ouchichi souligne par ailleurs que l’accroissement du degré d’ouverture commercial avec l’UE, à travers la baisse des barrières tarifaires et non tarifaires, va entraîner au minimum un déséquilibre budgétaire, un creusement du déficit commercial, une probable régression de la croissance et un effet négatif sur l’emploi. Autre problématique : l’entreprise algérienne n’est pas à la hauteur des standards internationaux en matière de qualité et de services, en raison d’ailleurs de « la nature rentière et distributive de l’économie nationale ». Donc, impossible de se hisser, exception faite à certaines d’entre elles sur le marché européen. En somme, M. Ouchichi reste convaincu que l’Algérie ne possède pas les capacités pour imposer une révision de certaines clauses de l’Accord d’association avec l’UE, « car son régime politique n’est pas légitime ». Et le pire est à venir. « Si les choses demeurent en l’état, la zone de libre-échange va avoir lieu, l’appareil productif national va subir les conséquences et la société va payer les frais d’une décision politique (la signature de l’Accord d’association) prise en son nom sans qu’elle soit consultée », avertit-il.

Par Hocine Lamriben