Avec l’UE, l’Algérie veut un accord gagnant-gagnant

Un commissaire européen, aujourd’hui, à Alger

Avec l’UE, l’Algérie veut un accord gagnant-gagnant

par Oualid Ammar, Le Quotidien d’Oran, 6 juin 2010
Stefan Füle, commissaire à l’Elargissement et la poli-tique européenne de voisinage, est attendu aujourd’hui à Alger pour une visite de deux jours. Ce sera notamment l’occasion de discussions préliminaires à la réunion du Conseil d’association Algérie-Union européenne prévue le 15 juin prochain à Luxembourg. Durant ce rendez-vous, les deux parties évoqueront, notamment, la mise en œuvre de la clause de rendez-vous qui permet la révision de certaines dispositions de l’accord d’association Algérie-UE. Pour les experts, il s’agit de renégocier certaines clauses de cet Accord d’association conclu en septembre 2005 avec l’Union européenne (UE) qui, faut-il le rappeler, a été négocié pendant sept ans. Avec le recul, cinq ans après sa signature, le constat côté algérien est unanime: l’Algérie est perdante dans cette affaire. Pourquoi ? Là, les explications sont multiples. Selon les uns, l’Algérie n’était pas prête au plan économique. Selon les autres, la négociation s’est déroulée dans une conjoncture politique défavorable.

L’agriculture, un atout

Sans jeter la pierre aux uns ou aux autres, des économistes exposent des données réalistes pour expliquer cette situation. Pour eux, l’entreprise algérienne n’est pas au niveau des normes internationales ce qui ne lui permet pas, en général, de pénétrer le marché européen. Quant à la baisse des barrières tarifaires ou non tarifaires, elle profite logiquement aux entreprises européennes plus compétitives. Ainsi, l’ouverture du commerce aux Européens a des conséquences quasi automatiques dont notamment le déficit commercial. L’économiste Salah Mouhoubi soutenait, récemment, dans les colonnes d’un confrère qu’il faut renégocier l’accord d‘Association sur des «bases mutuellement avantageuses». Autrement dit, il faudrait obtenir un accord du type gagnant-gagnant. Pour cet économiste le nouvel accord doit «permettre une mise à niveau de l’économie nationale et surtout penser comment placer le produit agricole algérien sur le marché européen ».

Au plan agricole, cela ne paraît pas impossible. L’Algérie vient de réaliser, «pour la première fois depuis 1967, les premières exportations d’orge à destination de la France », après une absence de 43 ans sur le marché international. Cela n’est pas que symbolique puisque selon le directeur de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), M. Noureddine Kahal, «l’Algérie dispose actuellement d’un excédent de deux années en orge, sans compter la production de la campagne 2009-2010 ». Evidemment, l’offre algérienne de produits agricoles devra être constante, diversifiée et de qualité, pour que l’Europe lui ouvre ses frontières. Au plan des entreprises, l’Union européenne peut contribuer à leur mise à niveau, dès lors que l’Algérie s’engage réellement dans une économie productive, notent plusieurs experts algériens.

Un accord asymétrique

Pour le moment, on estime que l’Algérie a eu un manque à gagner de plus de 2 milliards de dollars, depuis son engagement avec l’UE, il y a cinq ans. On relève que pour un dollar exporté vers l’UE, l’Algérie importe pour vingt dollars. Une donnée extrêmement parlante. Récemment au forum de Crans Montana, le ministre des Finances Karim Djoudi soulignait que cet accord avec l’UE se traduit par un déséquilibre qu’il décrivait ainsi: «C’est moins de ressources fiscales, peu d’investissements, peu d’exportations hors hydrocarbures et une économie qui pourrait privilégier l’acte de commercer à celui de produire ». Côté algérien, on n’est ni optimiste, ni pessimiste sur l’avenir des relations Algérie-UE. On se prépare à engager cette révision de l’accord qui d’ailleurs était explicitement prévue dans la clause dite «de rendez-vous » du document signé en septembre 2005. Il faut signaler que Madame Laura Baeza, ambassadeur et chef de la délégation de l’UE à Alger, indiquait à la presse, en début d’année, que pour elle, cet accord économique et commercial est « un accord asymétrique au détriment de l’UE » ! Tout en faisant remarquer que « les produits industriels algériens ont été admis en Europe dès le début de l’entrée en vigueur de l’Accord, sans droits de douane », elle soulignait que «les produits européens faisaient l’objet d’un démantèlement tarifaire progressif pour entrer en Algérie et que ce démantèlement s’étalera jusqu’en 2017 ». Autant dire que la révision, notamment de la liste des produits commercialisables, fera l’objet de rudes négociations. L’UE exprimait aussi sa disponibilité à engager des négociations complémentaires avec l’Algérie, «comme cela s’est fait avec la plupart de ses voisins sur l’agriculture ». Mais là aussi, on s’attend à ce l’Europe mette en avant une série de critères auxquels devront être soumis les produits algériens. On ne sait pas pour le moment si la révision voulue par Alger touchera d’autres aspects que le commerce et l’économique. L’Accord d’association comporte en effet plusieurs volets: politiques économiques, commerciales, industrielles – services, douanes, transport, énergie, environnement, agriculture, pêche-et sociales-affaires sociales, société de l’information, recherche, innovation, audiovisuel, culture, et éducation. On en saura, peut-être, davantage au terme de cette visite à Alger de Stefan Füle, commissaire à l’Elargissement et la politique européenne de voisinage.