Le Mouvement des non-alignés en quête d’un souffle nouveau

Le Mouvement des non-alignés en quête d’un souffle nouveau

Propositions algériennes de redynamisation

Abdelkamel K., Liberté, 16 septembre 2006

Groupe hétérogène partagé par de profondes divisions, le Mouvement des non-alignés (MNA) peine à trouver sa voie depuis la disparition du bloc communiste et de ses leaders charismatiques, qu’étaient les Tito, Nehru, Nasser et autres Houari Boumediene. Né de la conférence afro-asiatique de 1955 à Bandung, en Indonésie, le Mouvement des pays non-alignés a été fondé à Belgrade en 1961, sous la houlette du maréchal Tito, de Jawaharlal Nehru et du président égyptien Nasser, dans le but de battre en brèche l’hégémonie américaine et soviétique, les deux blocs de la guerre froide. L’objectif était d’ouvrir une troisième voie. Aujourd’hui, les choses étant ce qu’elles sont avec la disparition de l’ex-URSS, l’organisation est en quête d’un nouveau souffle. C’est ce qui ressort du discours prononcé, jeudi à La Havane, par le chef de la diplomatie algérienne, lors de la réunion ministérielle préparatoire. Mohamed Bedjaoui a présenté une série de propositions en vue de « renforcer l’efficacité » du Mouvement des pays non-alignés à la veille de son 14e sommet, qui s’est ouvert, hier, en fin d’après-midi. « L’Algérie soutient, en particulier, la proposition d’élargir le champ d’intervention de la présidence, notamment en l’associant aux travaux du Caucus du MNA au Conseil de sécurité, ainsi qu’aux travaux de tout autre organe où le mouvement a un rôle important à jouer », a-t-il affirmé à ses pairs. Pour information, le Caucus du MNA est un organe informel du mouvement composé des pays non-alignés qui siègent en qualité de membres non permanents au Conseil de sécurité de l’Onu. Il a également suggéré de « clarifier le rôle de la troïka, l’organe d’appui à la présidence », et proposé l’idée de créer un conseil des anciens présidents du mouvement en tant que groupe des Amis du président. Poursuivant, le ministre des Affaires étrangères a souhaité la création d’un mécanisme de règlement des différends et la mise en place d’un « petit » secrétariat à New York pour « assister la présidence et servir de mémoire institutionnelle au mouvement ». Il a appelé à « redynamiser le bureau de coordination et les groupes de travail » du mouvement. « La crédibilité du mouvement repose essentiellement sur sa capacité à mettre en œuvre ses propres décisions. C’est pourquoi il est indispensable de rechercher le moyen d’assurer un meilleur suivi et une plus grande rapidité dans la mise en œuvre des décisions que le mouvement adopte au niveau des sommets et des conférences ministérielles ou des réunions du bureau de coordination », a expliqué Mohamed Bedjaoui. Il a ajouté que l’organisation « gagnerait également en crédibilité en réexaminant son mode de prise de décision », en précisant qu' »il faudrait appliquer le principe de consensus qui a tendance à se transformer en unanimité ». Estimant que « la crédibilité du MNA est souvent entachée par l’attitude incohérente de ses membres lors des votes », le chef de la diplomatie algérienne pense qu' »il faut aussi agir pour que les États membres du mouvement observent une meilleure discipline lors des votes au sein des institutions internationales, notamment l’Onu. Il a proposé l’amélioration des « méthodes de travail » du mouvement, notamment en « rationalisant » l’ordre du jour de ses réunions, en « écourtant » les documents finaux et en adoptant des plans d’action avec des objectifs précis et réalistes ». M. Bedjaoui préconise une « redynamisation du Comité conjoint de coordination » (JCC) regroupant les membres du Mouvement des non-alignés et ceux du G77+ la Chine, en expliquant que « ce mécanisme a joué un rôle important dans le processus préparatoire du sommet sur le millénaire en 2000, contrairement aux négociations sur le document final du sommet mondial de 2005 au cours desquelles le mouvement a fait preuve d’une inertie incompréhensible ».

K. A.