Plaidoyer pour l’officialisation de tamazight

La question en débat depuis hier à Azazga (Tizi Ouzou)

Plaidoyer pour l’officialisation de tamazight

El Watan, 8 juin 2014

Les intervenants lors de la première journée du colloque international sous le thème «Les médias, communication, langues et langages : où en est tamazight ?» qu’organise depuis hier le Haut Commissariat à l’amazighité (HCA) dans la ville d’Azazga, à 40 km à l’est de Tizi Ouzou, convergent sur la nécessité de l’officialisation et la prise en charge de tamazight.

Ainsi, Abderrezak Dourari, professeur à l’université d’Alger et directeur du Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight, a estimé que cette langue ne cesse de se heurter à des contraintes liées à son statut juridique qui devrait lui ouvrir «un nombre de marchés, contraste très fort avec son statut réel (social) où l’administration multiplie les difficultés à sa bonne réception sociétale». «Il y a aussi la non-prise en charge de sa normalisation par des institutions spécialisées qui provoque la création d’une hypertrophie néologique qui, à son tour, engendre un rejet dans la société lié à son enseignement et sa diffusion», a-t-il relevé, avant de préciser que «ce paradoxe statutaire est en fait causé par une politique linguistique, éducative et culturelle qui demeure inspirée par une perception monolingue du champ social algérien».

Pluralité des valeurs algériennes

Mouloud Lounaouci, animateur du Mouvement culturel berbère (MCB), spécialiste en langue et civilisation amazighes et doctorant en sociolinguistique, a fait remarquer que les supports de communication peuvent devenir des instruments de propagation d’idéologie extrémistes s’ils sont détenus par des mains malveillantes. «Nous comprenons l’acharnement des pouvoirs à garder le monopole sur les médias. Par eux, ils imposent subrepticement le modèle de société qu’ils veulent mettre en œuvre comme la langue, la culture et l’identité. La langue légitime (celle de l’Etat) est survalorisée au détriment des autres langues de la nation», a-t-il expliqué.

Si Hachemi Assad, secrétaire général du HCA, a déclaré qu’à travers une telle manifestation internationale autour «d’un bouquet de thèmes liés à une problématique d’actualité, l’ambition première est de captiver l’attention de nos partenaires institutionnels afin qu’ils adhèrent à la concrétisation de moult objectifs auxquels le Haut Commissariat à l’amazighité s’est astreint de répondre». «C’est dans ce socle que le droit à la communication en langue amazighe trouvera, méthodiquement et résolument, ses repères constitutionnels fondamentaux d’expression et d’épanouissement de la pluralité des valeurs symboliques algériennes», a-t-il souligné avant de mettre l’accent sur l’enseignement de cette langue qui se trouve, selon lui, face à des problèmes, comme il a également parlé de l’intention de son établissement à œuvrer dans le sens de contribuer dans la formation des journalistes en tamazight.

«Il faut aussi relancer le débat avec qui de droit sur la création d’une académie. L’examen de la question amazighe doit se faire sans exclusion. Il faut jumeler les efforts pour aboutir à un résultat probant», a-t-il insisté.
Par ailleurs, dans son allocution, à l’ouverture des travaux, Hocine Haroun, président de l’APW de Tizi Ouzou, a précisé que l’officialisation de tamazight est plus que nécessaire. «Nous sommes dans une phase politique mais non pas dans une étape technique. L’enseignement de cette langue doit être obligatoire et après le reste va venir de manière progressive car, faut-il le rappeler, il y a un grand travail qui a été fait par les spécialistes et les militants de la cause berbère. Maintenant, la Constitution est en discussion et rien n’a été fait. Donc, nous devons oser réclamer l’officialisation de notre langue», a-t-il martelé.

Le ministre de la Communication, Hamid Grine, qui a donné le coup d’envoi de cette manifestation scientifique, a indiqué, pour sa part, que la question de tamazight dans les médias mérite une prise en charge effective et soutenue. D’ailleurs, a-t-il ajouté, «avec l’ouverture du champ audiovisuel au privé, nous allons œuvrer et veiller à la promotion de cette langue. Actuellement, il n’y a pas moins de 24 radios régionales qui disposent de tranches horaires en tamazight. Cela sans parler de la Chaîne II qui émet sans interruption», a fait remarquer M. Grine, qui annonce le projet de la création d’un journal en tamazight.

Hafid Azzouzi