Les sujets qui fâchent évacués lors de la visite de Chirac à Alger

L’AMITIE FRANCO-ALGERIENNE VAUT BIEN UN PEU D’AMNESIE

Les sujets qui fâchent évacués lors de la visite de Chirac à Alger

Le Canard enchaîné, 26 février 2003

TOUT est fait pour que la visite d’État que Jacques Chirac doit effectuer en Algérie à partir du 2 mars ressemble à une lune de miel. Les sondages, selon lesquels 69 % des Français souhaitent la conclusion d’un « traité d’amitié » franco-algérien ; les tribunes libres d’Hervé Bourges, président de l’Année de l’Algérie, qui n’a pas grand-chose à refuser aux généraux locaux, et qui salue dans « Le Figaro » « un pays immense, placé au carrefour des civilisations » ; ou encore une presse algérienne enthousiaste qui annonce, comme « El Watan », que Jacques Chirac « se recueillera à Oran sur la tombe de son frère ». Lequel Chirac n’en a jamais eu.
« La relation durable et ambitieuse » avec l’Algérie, souhaitée par Dominique de Villepin depuis son arrivée au Quai d’Orsay, explique sans doute la suite de 200 m2 à l’hôtel Meurice que la France a offerte à Bouteflika, la semaine dernière, lors du sommet franco-africain (pour 6 500 euros par nuit, petit déjeuner compris). Bongo n’avait droit, lui, qu’à une studette de 150 m2.
Barbouzes en contradiction
Naturellement, cette nouvelle idylle franco-algérienne impose de faire silence sur les sujets gênants. Ainsi, lors de la rencontre préparatoire du voyage qui a eu lieu à Paris, début février, entre Bouteflika et Chirac, l’AFP avait levé un peu le voile. Dans sa dépêche, l’agence indiquait alors que Paris resterait « discret » sur les « révélations » d’un. ancien militaire algérien à « Libération » concernant les conditions troubles de l’enlèvement et de la mort, en 1996, des sept moines français de Tibéhirine… Plus récemment, les services de la DGSE ont indiqué au Quai d’Orsay que les accusations du militaire algérien étaient « totalement erronées ». Tel n’était pourtant pas le sentiment desdits services, il y a encore un an ou deux, lorsqu’ils avaient recueilli ce même témoignage. Lequel avait alors été jugé, indique-t-on de bonne source, « de seconde main, mais largement plausible, et en partie recoupé par les informations des services ».
De son côté, Alger a montré une certaine retenue lorsque Chirac, en 2001 à Rabat, présenta le Sahara occidental comme la « province » du sud du Royaume. De quoi provoquer d’habitude les hurlements des généraux algériens. Car, cette fois, Bouteflika laisse entrevoir qu’il pourrait faire quelques concessions.
Encore de l’or noir
Autre sujet qui pourrait fâcher : l’examen du projet de loi de privatisation partielle de la Sonatrach, lequel devait être examiné au mois de mars. Le débat en question est remis aux calendes. Sous la pression des Américains, la présidence algérienne se disait prête à ouvrir le capital de la Sonatrach aux compagnies étrangères. Au grand dam de Total, qui craignait de perdre alors sa position dominante. On en reparlera plus tard…
Ministre algérien du pétrole et homme lige de Bouteflika, Chahib Khelil s’est rendu à Washington, le 14 février, pour calmer les ardeurs des compagnies américaines. Il a eu beau jeu d’expliquer que la privatisation se heurtait aux réticences des syndicalistes de l’UGTA… Ce qu’il a sans doute omis de dire, c’est que cette résistance syndicale était alimentée par quelques généraux qui ne veulent pas que du bien au président Bouteflika, et surtout pas sa réélection en 2004. Ces galonnés jouent ostensiblement la France contre les États-Unis. Ce qui, par les temps qui courent, n’est pas forcément une carte perdante.
Nicolas Beau