L’ambassadeur de Chine : Alger n’a pas demandé de prêt

L’ambassadeur de Chine : Alger n’a pas demandé de prêt

par Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran, 19 janvier 2016

La Chine fête le 8 février prochain «l’année du singe», qui est, selon son ambassadeur,«une année en général, novatrice.»

C’est par ce propos « positif » qu’il souhaite que « cette année nous donnera les moyens pour réaliser tous les défis auxquels nous faisons face. » Interrogé à propos d’un éventuel endettement de l’Algérie auprès de l’Etat chinois, il répond « nous estimons qu’une coopération financière peut être envisagée avec l’Algérie, elle est envisageable, elle est souhaitée, nous sommes prêts à répondre à toute sollicitation algérienne parce que nous sommes tenus par un partenariat stratégique.» Mais, nuance-t-il « jusqu’à ce jour, on n’a pas reçu de demande formelle de l’Etat algérien, (du moins) de prêts d’Etat à Etat.» L’ambassadeur pense d’ailleurs que « nous devons d’abord essayer de réduire les écarts commerciaux entre nous pour aller vers un partenariat industriel.» Avec l’amélioration, dit-il, du climat d’investissement, (…) et avec une amélioration de la législation du climat des affaires, on aura à l’avenir plus d’investissements, mais il faut du temps, nous sommes persuadés que nous avons d’autres opportunités de partenariat avec l’Algérie.»

A propos des achats en particulier du pétrole algérien, il estime que « nous sommes toujours disposés à acheter plus mais géographiquement, c’est difficile, une longue distance sépare les deux pays. »

La Chine tente de «compenser cette difficulté «en essayant d’augmenter ses investissements dans une proportion beaucoup plus importante.» Il rappelle qu’en plus du projet de réalisation d’une cimenterie à Djelfa, il y en a d’autres avec des partenaires algériens, «mais c’est toujours délicat d’en divulguer des informations sans l’accord des concernés.» Le partenariat chinois dans la réalisation du port maritime centre fait dire à l’ambassadeur qu’ «une fois la société mixte créée, il lui appartient de solliciter des financements auprès d’une ou de plusieurs banques chinoises, le projet n’aura pas de financements publics.» Il pense que «la réalisation du port algérien nécessitera sur les dix années à venir, un financement de 3,5 milliards de dollars, la société mixte demandera des financements bancaires par étape, elle n’est pas obligée d’avoir tout le montant en une seule fois. » Le diplomate chinois annonce que « pour les 11 premiers mois de 2015, les échanges uniquement de la partie continentale de la Chine avec l’Algérie, ont atteint entre 7 et 8 milliards de dollars.»

Il a, par ailleurs, expliqué que «la main d’œuvre chinoise dans le secteur algérien du bâtiment va diminuer, ce n’est pas une décision de l’ambassade mais en considération avec la conjoncture du marché.»

Il espère renforcer la coopération avec l’Algérie « qui est déjà très forte et très dynamique » dans les énergies renouvelables. Il est persuadé que pour l’ensemble des projets qui pourront être initiés en et avec l’Algérie, « on peut trouver des financements sans passer par l’Etat.» L’Algérie, pour lui, « se trouve dans un moment crucial en s’engageant dans une transition vers la diversification économique pour réduire sa dépendance des hydrocarbures. » Il assure que « nous avons acquis des expériences et tirés des leçons que nous sommes prêts à partager avec nos amis algériens, toutes sortes d’échanges sont les bienvenus (…), nous voulons partager et soutenir, nous serons là pour vous accompagner.»


Programme chinois de 60 milliards de dollars pour l’Afrique : Pékin invite Alger à identifier des projets

par G.O.

La Chine compte débloquer 60 milliards de dollars pour soutenir les 10 programmes de coopération adoptés par son dernier Sommet avec l’Afrique et exhorte l’Algérie à identifier des projets pouvant entrer dans ce cadre. Elle affirme être disposée à «apporter son soutien» au paiement des transactions entre les deux pays en monnaie chinoise.

L’annonce a été faite hier par l’ambassadeur de Chine à Alger au cours d’une conférence de presse qu’il a animée dans ses quartiers diplomatiques. « C’est la première fois qu’un Etat et un continent établissent un partenariat de coopération stratégique globale », a-t-il déclaré au sujet de la feuille de route qui a été élaborée à la faveur du Sommet Chine-Afrique qui s’est tenu les 4 et 5 décembre dernier à Johannesburg. L’ambassadeur a alors affirmé que « la Chine et l’Afrique se sont mis d’accord sur les 5 principes qui régiront leur relation bilatérale. Il s’agit « d’égalité et confiance mutuelle sur le plan politique ; du principe gagnant-gagnant sur le plan économique, de solidarité et assistance mutuelle sur le plan sécuritaire et enfin de coopération et coordination dans les affaires internationales ». Les 10 programmes de coopération dont il a fait part dans ce cadre devront être mis en œuvre «sur les trois ans à venir» au profit de « l’industrialisation, de modernisation agricole, de développement vert, de promotion du commerce et de l’investissement, de réduction de la pauvreté et de bien-être social, d’échanges culturels et humains, et de paix et de sécurité. » Programmes pour la mise en œuvre desquels elle prévoit une enveloppe financière de 60 milliards de dollars. La Chine espère à cet effet que «le partenariat Chine-Algérie occupe une place importante dans le cadre du forum Chine-Afrique.» Ceci est d’autant plus important et nécessaire pour elle, lorsqu’elle affirme que « l’Algérie subit de plein fouet les effets de la chute brutale des prix du pétrole, (et) la Chine vit un ralentissement de la croissance économique. Elle avoue d’ailleurs que «même si elle a pu atteindre 7% l’année 2015, c’est tout de même la plus faible croissance depuis plus de 20 ans. » Ce qui la pousse à mener de grandes offensives diplomatiques pour trouver d’autres marchés promoteurs en commerce et en investissements. Elle se rend bien compte, selon son ambassadeur, qu’ «aucun pays n’est épargné par la morosité de la conjoncture mondiale ». C’est ainsi qu’elle rebondit sur le fait que «l’Algérie se trouve dans le peloton de tête et joue un rôle de premier plan sur le continent africain ». Elle promet alors de « travailler avec la partie algérienne pour identifier des projets pouvant entrer dans le cadre de ces 10 programmes de coopération et bénéficier ainsi de soutiens financier, technologique et infrastructurel (réalisation d’infrastructures ndlr).»

LE PAIEMENT EN YUAN, «UNE INNOVATION INDISPENSABLE»

Les Chinois veulent rendre plus fort « le partenariat stratégique global » qui les unit à l’Algérie. « Nous apprécions les efforts et les mesures entrepris par les autorités algériennes pour améliorer l’environnement d’investissement », indique leur ambassadeur à Alger. « Nous pensons qu’il faut aller au-delà des simples échanges commerciaux pour développer un véritable partenariat industriel », dit-il. Il rappelle que « des progrès notables ont été enregistrés ces derniers temps par la signature de plusieurs accords dans les domaines de production : équipements ferroviaires, automobile, ciment, immobilier touristique ». Il annonce que « d’autres accords sont attendus en matière d’énergies renouvelables, production automobile, minerais, transports maritimes…» La Chine a accueilli, dit son ambassadeur, « favorablement la décision prise par la Banque d’Algérie de mettre en œuvre le paiement des transactions entre nos deux pays en monnaie chinoise, le yuan. » Tout en qualifiant d’«innovation favorable et indispensable», elle fait savoir qu’elle est «disposée à apporter son soutien à l’application de ce nouveau mode de paiement». Elle affirme que «nous sommes confiants en l’avenir économique et donc en la solvabilité de l’Algérie.» Dans son intervention d’hier, l’ambassadeur de Chine n’a pas omis de souligner que « le monde connaît une recrudescence terrible du terrorisme(…). Ce sentiment d’insécurité n’a jamais été aussi fort». La Chine, a-t-il noté, «estime qu’il faut renforcer la coopération et la solidarité mondiale. Les défis sont de dimension mondiale, la solution ne peut être que planétaire.»

LA CHINE VANTE L’OPERA D’ALGER

Ce qui ne l’empêche pas d’assurer qu’ «elle accorde une importance particulière au rôle de pivot et de rempart de l’Algérie dans le maintien de la paix et de la sécurité dans cette région ». Elle souhaite «s’inspirer de l’expertise algérienne en matière de lutte contre le terrorisme » et promet de lui offrir « des soutiens matériels et technologiques ». Elle dit en outre, «apprécier hautement les efforts inlassables, patients et le rôle incontournable de l’Algérie sur les dossiers du Mali et de la Libye». Dossiers qu’elle pense qu’il faut régler «par des solutions politiques, en évitant toute intervention militaire étrangère». Au titre de la coopération dans le domaine culturel, éducatif et universitaire, l’ambassadeur tient « à mentionner deux projets qui, à eux seuls, résument parfaitement la bonne volonté et l’entière disponibilité de la Chine». L’Opéra d’Alger qui, dit-il, « sera inauguré dans les semaines à venir, est un véritable bijou architectural » pour lequel elle prévoit « un programme de formation pour la future équipe gestionnaire». Le second projet qui est aussi, ajoute-il, «un don de la Chine, qui va prendre le relais d’ici la fin de l’année». Il s’agit d’un centre culturel et de loisirs qui sera construit à Baraki. Il comprendra notamment un théâtre (cinéma) de 450 places, 3 petites salles de cinéma de 50 places, un palais culturel dont 2 salles de sculpture, 2 de peinture et 3 autres d’enseignement linguistique, un palais des sports polyvalent, une piscine standard de 50 m, 2 autres de 25 m et un bassin d’eau pour les enfants, une auberge pour les jeunes de 50 lits et plusieurs terrains de football en plein air. « C’est un projet de 10 milliards de DA», a-t-il précisé.