La succession du président Bouteflika est posée après une nouvelle alerte sur son état de santé

La succession du président Bouteflika est posée après une nouvelle alerte sur son état de santé

Abed Charef, Maghreb Emergent, 28 avril 2013

Le président algérien, M. Abdelaziz Bouteflika, victime d’un malaise samedi, a été transporté à l’hôpital militaire du val de Grâce, à Paris. La question de sa succession est désormais posée.

Coup dur pour le président Abdelaziz Bouteflika. Alors que le chef de l’Etat algérien, physiquement diminué, était contraint de se séparer de son frère Saïd, son principal conseiller, il est de nouveau hospitalisé samedi, à la suite d’un malaise, dans une période particulièrement délicate. Avec cette nouvelle alerte médicale qui touche M. Bouteflika, c’est toute l’Algérie qui bascule dans l’incertitude.

Officiellement, le chef de l’Etat algérien a été transféré dans la nuit de samedi à dimanche à l’hôpital des Armées françaises du val de Grâce, dans la banlieue parisienne, à la suite d’un « accident ischémique transitoire sans séquelles », une forme d’AVC mineur. « Pour un homme bien portant, un tel accident n’a pas de conséquences. Mais pour un homme ayant des antécédents médicaux, c’est plus compliqué », a déclaré à Maghreb Emergent un cardiologue. M. Bouteflika avait déjà subi une lourde opération chirurgicale à la suite d’une hémorragie gastrique en 2005 dans le même établissement parisien. Son état de santé s’en est fortement ressenti. Ces derniers mois, M. Bouteflika se déplace difficilement. Ses apparitions sont de plus en plus rares, il ne voyage plus à l’étranger ni à l’intérieur du pays, et ne reçoit que quelques invités étrangers de marque, sans s’exprimer publiquement. A Alger, une rumeur s’était déjà répandue, selon laquelle le chef de l’Etat ne se rendrait pas au stade du 5 juillet le 1er mai prochain, pour la finale de la coupe d’Algérie de football, ce qui constituerait une première dans l’histoire du pays.

Alors qu’il vient de lancer une opération de révision de la constitution, de fortes oppositions se sont exprimées contre l’intention, qui lui est prêtée, de briguer un quatrième mandat. Des proches du chef de l’Etat, comme l’ancien ministre de l’Energie Chakib Khelil et l’ancien ministre des affaires étrangères Mohamed Bedjaoui, ont été mêlés à des scandales, dans un scénario similaire à celui de 1997, quand le président Liamine Zeroual avait été poussé à la démission après un tir de barrage contre son homme de confiance et ami, le général Mohamed Betchine.

Saïd Bouteflika limogé

Le journal El-Watan a mis en cause le propre frère du président Bouteflika, Saïd, en se demandant s’il ne serait pas lié à des affaires de corruption. C’était la première fois que la famille du président de la république était directement mise en cause, alors que jusque-là, une sorte d’accord tacite semblait protéger ce dernier cercle.

Le chef de l’Etat a répliqué en annonçant qu’il mettait fin aux fonctions de son frère. Toutefois, le journal qui a donné cette information, inhabituelle, a précisé que cette décision n’avait rien à voir avec les affaires étalées sur la place publique. M. Saïd Bouteflika était devenu très influent en occupant le poste de conseiller à la présidence de la république. Dans les milieux informés, on lui attribuait en fait un immense pouvoir, particulièrement depuis que le chef de l’Etat était diminué physiquement.

Cette accélération des évènements a lieu alors que l’Algérie prépare la succession de M. Abdelaziz Bouteflika, dont le troisième mandat se termine en avril 2014. De nombreux indices montrent que M. Bouteflika souhaite briguer un quatrième mandat, mais de fortes oppositions à ce choix se font sentir dans les milieux proches du pouvoir. La conjoncture interne et internationale, avec le printemps arabe, la paralysie du pays, et l’état de santé de M. Bouteflika, ont sérieusement éloigné l’hypothèse d’un quatrième mandat. Avec cette nouvelle alerte médicale, c’est désormais la fin du troisième mandat qui se retrouve menacée. Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) a ainsi relayé, depuis deux semaines, la demande formulée par des cercles de plus en plus nombreux, demandant que l’article 88 de la constitution soit appliqué, pour constater que M. Bouteflika n’est plus en mesure de remplir ses fonctions, et enclencher la procédure légale en vue de désigner son successeur.