Les réponses du président Bouteflika à l’opposition

Les réponses du président Bouteflika à l’opposition

J’y suis, j’y reste

El Watan, 5 juillet 2015

Le président Bouteflika a choisi la date de la célébration du 5 Juillet pour annoncer, comme pour répondre à ses adversaires politiques, sa ferme volonté d’aller jusqu’au bout de son quatrième mandat. Tout en remettant au goût du jour son ancien projet de révision de la Constitution, dont il dit qu’il est en «phase finale», Bouteflika profitera de cette occasion pour lancer un clin d’œil à l’opposition.

En dépit d’une impotence avérée et d’une inaptitude manifeste au service, le président Bouteflika, 78 ans, s’accroche mordicus au pouvoir.
Dans «son» message de vœux présentés hier aux Algériens à l’occasion du 5 Juillet, Fête de l’indépendance (et de la jeunesse), – message répercuté via une dépêche de l’agence de presse officielle, APS –, Abdelaziz Bouteflika a de nouveau réitéré sa détermination à «poursuivre sa mission» et à aller au bout de son «mandat populaire», le tout paré des oripeaux du «sacrifice», du «devoir patriotique» et de la fidélité aux «valeureux compagnons» tombés au champ d’honneur.

Le président Bouteflika – ou ses conseillers scribouillards – tenait particulièrement à faire cette «mise au point», manière de couper court aux «hurleurs» à la vacance du pouvoir et à répondre aux sirènes qui l’exhortent à écourter son mandat. «Vous avez été nombreux, rappelait Bouteflika, à m’interpeller pour que je poursuive la mission dont vous m’aviez déjà honoré trois fois.

J’ai répondu à cet appel, acceptant ce sacrifice, malgré ma condition physique actuelle pour laquelle je remercie Dieu, pensant aussi au sacrifice suprême consenti par mes valeureux compagnons tombés au champ d’honneur.» Le président Bouteflika précise ainsi qu’«en ce qui le concerne, (il) s’attellera à accomplir ce devoir avec l’aide de Dieu, conformément au mandat que (lui) a confié la majorité de notre peuple». Bouteflika fera l’éloge panégyrique de ses mandats successifs, dressant parfois les contours du pays de cocagne, où libertés et bien-être sont monnaie courante. Tout à rebours des classements et rapports noirs d’organismes et instituions internationaux – dont le dernier en date émane du Département d’Etat américain –, mettant à nu le régime Bouteflika, ses pratiques et sa gouvernance.

Ainsi Bouteflika «parlera» d’un «renouveau national» opéré sous son patronage et ayant consolidé paix, libertés et démocratie. «Les libertés individuelles et collectives, argue-t-il, ont enregistré des avancées incontestables, et ce, grâce aux réformes introduites dans le domaine de la justice, et l’Algérie s’honore de n’avoir aucun prisonnier politique ou d’opinion, ni aucun journaliste détenu pour délit de presse.»

Bouteflika évoque des champs politique et associatif comptant «chacun des dizaines d’acteurs, s’exprimant et agissant sans contrainte, alors que l’espace médiatique connaît une diversité exceptionnelle». Il épiloguera sur ces droits et rôle de la femme qui ne «cessent de se conforter». Une «reconstruction» et un «renouveau national» qui a fait la part belle aux question de développement – dont Bouteflika esquissera un bilan sommairement chiffré –, au potentiel de défense nationale, à la paix civile rétablie, à l’unité nationale confortée, etc. : «Nous nous sommes attelés ensemble à relancer la construction nationale.

A ce titre, l’Algérie s’est libérée du fardeau de la dette extérieure et a engagé trois programmes quinquennaux massifs de développement ainsi que des programmes complémentaires en faveur des wilayas du Sud et des Hauts-Plateaux. Des efforts couronnés de multiples réalisations, dont nous citerons la livraison, en seize années, de millions de logements, la construction de milliers d’écoles, collèges et lycées, l’extension du réseau universitaire à toutes les wilayas, l’ouverture de centaines de nouveaux hôpitaux, polycliniques, et centres de santé, ainsi que le raccordement de localités mêmes isolées à l’eau potable, à l’électricité et au gaz naturel.

En parallèle, les investissements publics et la relance économique ont fait reculer le chômage, de près de 30% en 1999 à près de 10% l’année dernière (…).» Piqué au vif par ses contradicteurs internationaux, le président Bouteflika tient à rétablir ses vérités quant, notamment, à l’état indicible de ses écuries: «L’Algérie n’est pas, dit-il, un champ de prédilection de la corruption.» «Certes, admet le Président, ce fléau s’est malheureusement infiltré dans notre pays mais il est aussi combattu sévèrement avec le glaive de la loi», invitant au passage (sic) «ceux qui en douteraient à prendre connaissance du rapport élaboré sur notre pays par l’instance des Nations unies chargée du suivi de la mise en œuvre de la Convention internationale pour la prévention et la lutte contre la corruption».

«L’Algérie, poursuit-il, n’est pas et ne sera pas un espace d’injustice ou d’exclusion sociale, ces tares contre lesquelles le pays mobilise tous ses moyens. La politique publique de développement s’étend à toutes les contrées du pays, et les transferts sociaux à partir du budget de l’Etat sont d’un niveau incomparable dans le monde entier.» Après l’avoir littéralement carbonisée, l’opposition, accusée en mars dernier par Bouteflika de pratiquer la «politique de la terre brûlée», redevient fréquentable.

Plutôt «considérable». Le président Bouteflika a tenu à «saluer les acteurs de l’opposition» non sans quelques sous-entendus et allusions vénéneuses. «Le peuple algérien a besoin de connaître les propositions alternatives prétendant améliorer son devenir, et il saura ensuite choisir souverainement lors des rendez-vous électoraux de la République. C’est là le message que j’adresse à la classe politique du pays, et au premier chef, aux acteurs de l’opposition à laquelle j’exprime ma considération.»

Le chef de l’Etat estimera ainsi que l’opposition est dans «son rôle, tout comme sera dans son rôle la majorité qui a porté mon programme durant la campagne électorale et à laquelle il revient de le promouvoir aujourd’hui dans le cadre du débat démocratique, pour semer l’espoir et pour soutenir l’effort». Bouteflika rappelle que «l’Algérie, son peuple et sa démocratie ont très chèrement payé le prix des discours populistes, de la démagogie et du défi à la loi», exhortant à tirer «les leçons de ces amères expériences pour nourrir notre pluralisme politique, associatif et syndical, de joutes nobles autour de programmes alternatifs». Fin de citation.
Mohand Aziri