Images de la rencontre Bouteflika-Ayrault

Images de la rencontre Bouteflika-Ayrault

Qui est à l’origine des fuites ?

Par : .B Djilali, Liberté, 21 décembre 2013

Construction d’images, montage dans le but de manipuler le téléspectateur ! À première vue, c’est le cas. Et il n’est pas l’unique de notre Unique.

Le “truc” a été démonté par le Petit Journal de la chaîne cryptée française Canal+ qui a eu “droit” aux séquences filmées grâce auxquelles ont été montées les images du Président recevant
J.-M. Ayrault. D’où s’est procuré Canal+ ces images qui ne sont passées sur aucune autre chaîne ? Le journal algérien El Watan Week-End relève un début de piste en révélant que la rencontre avait aussi été filmée par un journaliste de France 2, d’où est partie la comparaison avec celles de l’ENTV. Ce qui soulève une autre question : depuis quand les chaînes étrangères sont-elles autorisées à filmer les rencontres officielles du Président ? Et surtout depuis sa maladie ? Seule la télévision nationale y est autorisée. La fuite serait-elle venue du 21 boulevard des Martyrs ? Au Petit Journal, on ne révèle la source que de la première partie de la séquence reprise de la chaîne Canal locale. Et la seconde séquence prise par d’autres caméras sous un autre angle ?
Et une dernière hypothèse qui enfonce plus encore l’ENTV, celle qui dit que les chaînes françaises ont eu des images brutes de la chaîne nationale, les rushes qui ont permis à Canal de comparer les JT de l’ENTV et des autres chaînes françaises qui ont diffusé la rencontre. Au bout du compte, une sacrée dose de manipulation et d’amateurisme médiatique.
La France, plus rompue à la précaution devant ce genre d’exercice, n’a pas échappé aux fuites, les “petites phrases bourdes” des officiels, notamment le président François Hollande dont la dernière sortie à la célébration des 70 ans du Crif. Dans son discours, le président français, voulant certainement commencer par de l’humour pour égayer l’assistance, a évoqué la garde des Sceaux, Christiane Taubira, qui “ne l’a pas quitté depuis huit jours”, avant de passer à son ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, qui devait, selon lui, se rendre en Algérie en espérant qu’il va revenir “sain et sauf”. Valls lui rappelle qu’il revenait d’Alger — il était à Alger le 14 décembre avant la visite d’Ayrault. Réplique de Hollande : “C’est déjà beaucoup mieux.”
Sur le site de la présidence française qui reprend la cérémonie, la phrase a été supprimée du discours transcrit et dans la vidéo. Mais le coup était déjà parti.
Cette phrase est significative et révélatrice de la perception de Hollande, des socialistes en général, héritiers du mitterrandisme, de l’Algérie. Elle est un important partenaire avec lequel on veut un partenariat stratégique, mais qu’on perçoit dans les coulisses et les rencontres “intimistes” comme celles du Crif, incontournables pour les présidents français, comme une source de danger et encore sous l’emprise des groupes terroristes. Car sinon, à quoi renvoie le “sain et sauf” si ce n’est à l’agression physique ?
Et cette phrase assassine n’a pas échappé à l’ouïe et l’œil vigilants qui suivent l’actualité. Mais pas aux censeurs de l’Élysée.
Les deux cas démontrent le professionnalisme des chargés de la communication présidentielle.
Dans le cas algérien, la cellule de com de la présidence chapeaute la gestion de tout ce qui est lié à l’image du Président. Le P-DG de l’ENTV était l’un de ses membres. Ce qui complète le schéma et le contrôle intégral du processus d’élaboration de l’image du Président. Qui est alors responsable de cet énième bricolage ?

D .B.