Une présidentielle sans Bouteflika n’est pas un gage de changement

Le régime, le statuquo et le «risque» de l’ouverture

Une présidentielle sans Bouteflika n’est pas un gage de changement

par Salem Ferdi, Le Quotidien d’Oran, 29 avril 2013

Dans une Algérie politique en état de paralysie, l’accident de santé du chef de l’Etat constitue un évènement important. Le système algérien ne s’est pas démocratisé et la fonction de chef de l’Etat est, de facto, le verrou où se concentre formellement ou «légalement» le pouvoir. La concentration des pouvoirs au sein de la présidence est le gage de la perpétuation du système en place. C’était déjà une réalité dans la Constitution de 1996, cela a été encore plus amplifié par le style de gouvernance de Bouteflika.

L’état de santé du président cesse de ce fait d’être une affaire «privée». Le président de la République avait déjà réduit considérablement la voilure de son activité après l’opération chirurgicale pour un «ulcère hémorragique au niveau de l’estomac», à la fin de l’année 2005. Et si Bouteflika a demandé, en 2006, que l’on «cesse de parler de sa santé», il est clair, aujourd’hui, que sa santé fait parler d’elle. Même si l’on peut donner crédit au fait que l’incident de santé est relativement bénin, il ne faut pas occulter qu’il intervient dans le cadre d’un débat feutré sur la possibilité d’un quatrième mandat ou non. Il y avait clairement une «bataille» en ce sens qui était livrée dans les médias à travers des articles incriminants contre les proches du chef de l’Etat.

Le tout également dans un contexte de révélations fracassantes d’affaires de corruption touchant des responsables -Chakib Khelil notamment- réputés proches du président. On peut ajouter également une certaine lassitude chez le président parmi toutes les raisons cumulées qui rendaient la perspective d’un quatrième mandat assez problématique. La nouvelle alerte médicale accentue encore davantage l’improbabilité d’un nouveau mandat, certains se posant déjà la question de l’aptitude du chef de l’Etat a terminé son mandat qui va jusqu’au printemps 2014.

IMMOBILITE

Les adversaires de Bouteflika au sein du régime brandissent l’article 88 de la Constitution sur la situation d’empêchement «pour cause de maladie grave et durable». A priori, l’AVC mineur dont il a été victime ne le met pas, dans ce cas de figure, hors course, son invocation paraît plus relever du tir de barrage. Mais l’hypothèse d’un quatrième mandat qui n’était pas forte s’est considérablement affaiblie avec cette alerte de santé. La vraie question est de savoir si la prochaine échéance présidentielle sera l’occasion d’un début du changement politique en Algérie ? L’absence probable de la course du président Bouteflika n’est pas un gage que l’élection sera ouverte et que l’on va sortir du statuquo. Un quatrième mandat de Bouteflika serait clairement un signal que le changement politique et la fin des règles «non écrites» du régime ne sont pas à l’ordre du jour. Mais si le chef de l’Etat n’est pas de la partie, cela ne signifie pas automatiquement que l’on est dans une optique d’ouverture. Les annonces de réformes ne se sont pas traduites réellement dans les lois par des signaux d’ouverture.

Au contraire, ainsi que l’a constaté le président de la section algérienne d’Amnesty International, Ali Yemloul, les «intentions d’ouverture ont été traduites par des mesures plus répressives». En dépit d’une aisance financière qui a permis de contenir les pressions sociales, le pays est dangereusement en état d’immobilité. Son économie est entravée par un système politique dont l’inefficience est patente.

La «stabilité politique» relative n’est pas le fait d’une adhésion ou d’un niveau de satisfaction suffisant au sein de la société, elle se fait à grand coût, par des dépenses souvent excessives et contreproductives. Certes, beaucoup de clientèles du régime y trouvent leur compte mais le coût est exorbitant avec une déficience générale dans l’administration du pays qui fait le lit de la corruption. Et par conséquent accentue le discrédit du système politique.

UNE HYPOTHESE OPTIMISTE

A l’échelle d’un pays, un statuquo ne signifie pas que les choses se «maintiennent en l’état». Cela n’existe pas. Après deux décennies d’aisance financière, si des infrastructures ont pu être réalisées, cela n’a pas entravé une régression inquiétante dans la gestion du pays et dans ses capacités de projection.

Cela fait longtemps que la société algérienne -hormis les réseaux de clientèle- n’est plus concernée par le système politique. Et c’est une situation dangereuse même au plan de la sécurité nationale, l’histoire enseignant clairement que les pays les plus sûrs sont ceux où la société est fortement structurée dans un cadre libre et organisé. On en est loin. Il n’y a pas de miracles à attendre au plan politique.

Les tenants du système tiennent, pour l’instant, les choses en main. Ils peuvent choisir l’option du statuquo en accroissant les risques pour les années à venir. Ils peuvent prendre le «risque» d’aller à l’ouverture réelle en créant, dès maintenant, les conditions d’une élection présidentielle sérieuse et honnête où des candidats sérieux peuvent remettre l’Algérie en débat en attendant de la remettre en marche. C’est une hypothèse très «optimiste» pourtant, au regard des intérêts immédiats et futurs du pays, c’est une option réaliste.