Louisa Hanoune interpelle Saïd Bouteflika

Après s’être attaquée au président du FCE

Louisa Hanoune interpelle Saïd Bouteflika

El Watan, 12 mars 2015

Pour Louisa Hanoune, Saïd Bouteflika «est responsable moralement et politiquement de ce qui se passe actuellement».

Louisa Hanoune remonte au front. Après avoir critiqué le président du Forum des chefs d’entreprises, à qui elle reproche de se «comporter comme un premier ministre», la secrétaire générale du Parti des travailleurs interpelle publiquement Saïd Bouteflika, le frère du chef de l’Etat. Invitée mardi soir de la chaîne de télévision El Bilad TV, Louisa Hanoune revient à la charge et estime que Saïd Bouteflika qui, «de par sa proximité avec le chef de l’Etat, est responsable moralement et politiquement de ce qui se passe actuellement».

Et de poursuivre que le frère et conseiller de Abdelaziz Bouteflila doit «réagir», car, a-t-elle ajouté, «il a une énorme responsabilité et il sait au nom de qui ces gens (des hommes d’affaires, ndlr) parlent». En évoquant des «hommes d’affaires», Louisa Hanoune fait allusion à Ali Haddad, président du FCE. «Je n’ai rien contre les entrepreneurs privés créateurs de richesses. Mais je parle ici des entrepreneurs parasites qui se nourrissent de contrats de gré à gré», a-t-elle lancé.

Pis, la secrétaire générale du PT, qui dit disposer de «documents» prouvant ses propos, accuse des «ministres» du gouvernement Sellal de «donner des contrats de gré à gré» à des entrepreneurs. «Tout le monde sait que des ministres octroient des marchés de gré à gré. Jusque-là, nous n’avons rien dit. Mais lorsque ce monsieur (Ali Haddad) a commencé à rencontrer des ministres et à leur donner des instructions, nous avons dit basta !», a-t-elle ajouté.

Une nouvelle fois, la secrétaire générale du PT explique que ce qui se passe «est dangereux». «C’est une oligarchie à la russe et à l’ukrainienne», dit-elle.Lors d’une récente interview accordée à El Watan, Louisa Hanoune avait affirmé : «Nous sommes dans une situation à l’ukrainienne, à la russe, c’est-à-dire qu’une oligarchie émerge, composée de personnes qui accaparent des pans entiers de l’économie nationale avec l’ambition de faire main basse sur toute l’économie et qui cherchent à s’approprier les centres de décision politique à tous les niveaux.»

Poussant son raisonnement plus loin, elle a indiqué qu’«il y a des individus qui considèrent que pour avoir donné quelques sous dans une campagne électorale, ils ont obtenu le droit de disposer de la nation et du peuple algériens. Et moi je dis, à ce propos, bas les pattes ! Il faudrait qu’ils tuent tous les Algériens pour obtenir cela».

Ces déclarations ont valu à Louisa Hanoune de vives critiques de Amar Saadani, secrétaire général du FLN, il a attaqué la responsable du PT et qualifié le parti de «petit» et d’«anticonstitutionnel». Du côté du gouvernement, il n’y a pour le moment aucune réaction.
Le président du FCE n’a pas non plus réagi publiquement.
Ali Boukhlef

«Le code de la famille est un dispositif moyenâgeux»

Louisa Hanoune estime que si acquis il y a en Algérie pour le droit à l’égalité homme-femme, notamment le droit de vote et l’égalité salariale, c’est uniquement grâce au combat des femmes durant les dernières décennies.

La Journée internationale de lutte pour les droits de la femme s’est transformée en une journée de fête et de folklore en Algérie, a déploré hier la porte-parole du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune. «Le 8 Mars est devenu une deuxième Saint-Valentin où on s’offre des fleurs et on oublie le combat des femmes pour une égale citoyenneté», a déclaré la femme politique lors d’une conférence de presse tenue au siège de son parti. Cette déviation du sens du 8 Mars est voulue, dit-elle, afin de faire oublier la lutte pour les droits et le combat pour l’égalité.

Consacrant sa conférence de presse à la célébration annuelle de la Journée de la femme, Louisa Hanoune estime que si acquis il y a en Algérie pour le droit à l’égalité homme-femme, notamment le droit de vote et l’égalité salariale, c’est uniquement grâce au combat des femmes durant les dernières décennies. «Le code de la famille promulgué en 1984 est un dispositif moyenâgeux qui consacre l’oppression contre les femmes, une oppression qui demeure à ce jour, et la révision qui a touché ce code en 2005 a été insignifiante et sans intérêt, car pleine de contradictions et impossible à appliquer.

Une révision qui a maintenu l’oppression telle quelle et qui est en totale contradiction avec l’article 29 de la Constitution décrétant l’égalité entre les deux sexes», évalue Mme Hanoune. Et d’ajouter que même la nouvelle révision annoncée par le président de la République dans son dernier message n’apportera rien de plus aux droits de la femme ; bien au contraire, elle consacrera encore une fois l’oppression contre la femme algérienne. «Le Président a ordonné une révision qui ne touchera qu’au khol’ (divorce demandé par la femme moyennant une compensation financière), avec l’argument avancé qu’il y avait beaucoup trop de recours à ce procédé.

Mais c’est complètement faux, les demandes de khol’ enregistrées ne représentent qu’un cinquième des cas de divorce, le reste des cas est du fait de l’homme qui, lui, n’est aucunement obligé de justifier sa demande de divorce», note la responsable du PT en se demandant : «Quelle pourrait bien être cette partie qui a fait croire au Président que le khol’ est le problème de la femme algérienne ?» «Cette méthode d’achat de la liberté est une honte, mais demeure la seule solution pour certaines femmes d’obtenir leur droit à la liberté», précise Mme Hanoune avant de lancer un appel à la mobilisation de toutes les Algériennes et de tous les démocrates pour une égalité des sexes effective et réelle. Louisa Hanoune rappelle que l’Algérie est une République et non une théocratie et, de ce fait, doit promulguer des lois civiles et égalitaires. «Il faut une séparation claire et franche entre la religion qui est du domaine privé et la politique.

Le droit positif est appliqué dans tous les domaines, à l’exception de la famille, il s’agit d’une oppression institutionnalisée où même le ministre devient mufti», considère la conférencière. Les réformes adoptées ces dernières années en vue d’élargir la participation de la femme en politique, ou celles visant la condamnation du harcèlement sexuel ou la création du fonds d’aide aux femmes divorcées, ou encore tout récemment la loi sur la criminalisation des violences contre la femme ne sont que des cadeaux en trompe-l’œil, estime Mme Hanoune. «Beaucoup d’encre a coulé sur l’amendement du code pénal.

Cela a permis de voir les obscurantistes et autres rétrogrades s’afficher clairement. Ces obscurantistes sont dans leur rôle et ne constituent pas le vrai problème, car ils sont minoritaires. Nous estimons que le véritable problème réside dans l’orientation et la position du gouvernement» qui, pour Mme Hanoune, vend «une mascarade» comme une évolution.

Nadjia Bouaricha