Ils veulent devenir président

CINQ MOIS DE LA PRÉSIDENTIELLE D’AVRIL PROCHAIN

Ils veulent devenir président

Le Soir d’Algérie, 4 novembre 2013

En dépit des appréhensions quant à la transparence et la régularité nourries par la quasi-majorité de la classe politique, l’élection présidentielle d’avril 2014 ne manque pas, cependant, d’intéresser, outre ces considérations, et pas que des hommes politiques, la candidature étant constitutionnellement ouverte à tout citoyen algérien jouissant pleinement de sa citoyenneté et de ses droits civiques. Alors que nous sommes à cinq moins de ce rendez-vous politique de première importance, ils sont d’ores et déjà cinq candidats à postuler à la candidature dans l’attente que d’autres leur emboîtent le pas dans les jours et les semaines qui viennent. Et parmi ce quintette, seuls deux sont partisans, Moussa Touati, le président du FNA, et Soufiane Djilali, secrétaire général de Jil Jadid, les trois autres, dont un Français d’origine algérienne aux côtés de l’ancien ministre et ex-chef de gouvernement Ahmed Benbitour et de l’écrivain au talent universellement consacré, Yasmina Khadra, s’engagent dans cette course sans aucun parrainage ni attache partisans. Cinq candidats aux profils différents, voire diamétralement opposés auxquels le rendez-vous d’avril prochain permettra une mise sous les feux de la rampe pour certains d’entre eux avant de renouer avec une autre période de disette.
M. Kebci

Rachid Nekkaz
L’invité surprise

N’ayant récolté que défaite cuisante sur défaite cuisante à l’occasion de nombre de scrutins dans l’Hexagone, un Français d’origine algérienne a cru «opportun» de se lancer dans l’aventure politique dans son pays d’origine.
C’est l’invité surprise de cette phase pré-élection présidentielle d’avril 2014. Lui, c’est Rachid Nekkaz, ce quadragénaire, originaire d’un quartier populaire du Val-de-Marne, en France, qui s’est déclaré partant pour le rendez-vous présidentiel du printemps prochain. Ce diplômé de la Sorbonne en histoire et philosophie avant de se reconvertir dans l’immobilier ne sort pas du «néant» pour s’être engagé dans la politique en 2006 avec sa candidature à l’élection présidentielle française de 2007 à laquelle il sera recalé pour insuffisance de parrainage requis. Il récidivera peu après, la même année, pour avoir pris part aux législatives sans grand succès, ayant récolté seulement 156 voix dans la 7e circonscription de Seine-Saint-Denis où il s’est présenté.
L’année d’après, il retentera le coup sous la bannière de son parti (Rassemblement social-démocrate (RSD) et obtiendra 5,15% des suffrages exprimés lors des municipales à Orly avant de rejoindre, en 2009, le PS. Et au nom de ce parti, il annonce sa candidature à l’élection présidentielle française de 2012 en avril 2011 lors d’un «happening» au Fouquet’s visant à dénoncer la loi sur l’interdiction du port du voile intégral. Une candidature à nouveau tombée à l’eau, n’ayant pu se présenter à la primaire présidentielle socialiste de 2011. Ne baissant pas les bras, il sera, à nouveau, candidat à l’élection législative partielle qui a lieu dans la troisième circonscription de Lot-et-Garonne en juin 2013, à la suite de la démission de son poste de député de l’ancien ministre délégué au Budget Jérôme Cahuzac, mis en examen pour blanchiment d’argent.
Et nouvelle douche écossaise pour Rachid Nekkaz qui fermera la marche du premier tour avec zéro voix au compteur. Mais, loin de tirer les bonnes leçons qui s’imposent de ces échecs répétés, Nekkaz franchira une autre étape en postulant à la présidentielle d’avril prochain dans le pays d’origine de ses géniteurs, l’Algérie. Pour ce faire, le «candidat de la jeunesse et du changement», comme il se définit lui-même, déclare avoir sollicité du Président français, sa déchéance de la nationalité française.
Certainement qu’il ressemblera à cette kyrielle de candidats lors de la présidentielle d’avril 2009, déjà que les prétendants de «cru» ne sont pas aussi certains de passer le sérieux écueil des parrainages.
M. K.

SOUFIANE DJILLALI
L’élite au service du politique

Né le 16 septembre 1958 à Blida, Soufiane Djilali est le troisième de quatre enfants de sa famille qui a «émigré» aux Annassers (Alger). C’est là qu’il fera son cursus scolaire, tout en pratiquant des sports équestres et sera même champion d’Algérie en 1975 et du Maghreb à Tunis en 1978. Bachelier, il optera pour des études à l’Ecole nationale vétérinaire d’El-Harrach, où il sera, 5 ans après, major de promotion. Ceci avant de s’initier à l’anatomie pathologique et l’histologie à l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort, France, et obtenir un DEA d’histologie à l’université de Jussieu Paris 6 et un doctorat en science vétérinaire à la même université. Et à la faveur de l’ouverture démocratique consacrée par la Constitution de février 1989, Soufiane Djilali s’engagera dans l’aventure politique en rejoignant les rangs du Parti du renouveau algérien (PRA) créé en juin 1990 par Noureddine Boukrouh, parti dont il assurera le poste de secrétaire général. Un parcours au PRA qui prendra fin en 1999 suite à des désaccords avec Boukrouh dont il sera, entre-temps, à l’occasion de la présidentielle de novembre 1995, le directeur de campagne. Comme ne pouvant plus se passer de politique, il fondera en 2000, le MLD (Mouvement pour les libertés et le développement) auquel le ministère de l’Intérieur refusa d’octroyer l’agrément. Il récidivera une année après en créant avec des personnalités de divers bords, El Badil qui n’obtiendra pas lui aussi, le quitus du département de l’intérieur. Deux refus qui ne lui feront pas changer de trajectoire puisqu’il contournera le verrouillage du champ politique en se consacrant à l’écriture, notamment en contribuant régulièrement dans la presse nationale. Et à la faveur de la «réouverture» du champ politique dans le sillage des «réformes» engagées dans la foulée du «printemps arabe», Djilali profitera de cette aubaine et créera, enfin, son parti, Jil Jadid, qui tint son congrès constitutif le 3 mars 2012 à l’occasion duquel il a été élu président. S’étant engagé aux côtés d’autres personnalités dans une alliance des forces du changement s’articulant autour de quatre axes : non à un quatrième mandat pour le Président Bouteflika, non à l’allongement de son mandat, non à la révision de la Constitution et non à la manipulation des résultats des élections présidentielles. Ceci avant que le conseil national de son parti ne l’exhorte, le 27 septembre dernier, à se proposer candidat à la présidentielle d’avril 2014. Sollicitation à laquelle il répondra par l’affirmative avant-hier. Et Soufiane Djillali est conscient du risque que représente sa candidature avec les récurrentes appréhensions de la classe politique quant à la régularité de ce scrutin annoncé. «Je ne ferai pas de la figuration», dira-t-il.
M. K.

Ahmed Benbitour
Une revanche à prendre

Tout premier candidat officiel à la candidature de la présidentielle d’avril prochain pour l’avoir publiquement annoncé l’année dernière, Ahmed Benbitour «brandit» l’unique, ou presque, atout, politique s’entend, son haut fait d’armes que constitue sa démission, le 26 août 2000, de la tête du gouvernement après avoir été intronisé une année auparavant par Abdelaziz Bouteflika qui venait d’accéder à la magistrature suprême du pays. Et il le fait savoir à chacune de ses sorties à travers le pays non sans se faire rappeler à chaque fois par l’assistance son passage dans les arcanes du pouvoir pour avoir été, tour à tour, chargé de mission à la présidence de la République (1991-1992), ministre délégué au Trésor (1992-1993), ministre de l’Energie (1993-1994), ministre des Finances (1994-1996), président de la Commission économique et financière du Conseil de la nation (1998-1999) et, enfin, chef du gouvernement (1999-2000).
Ce docteur en économie de l’Université de Montréal, natif de Metlili, dans la wilaya de Ghardaïa, le 20 juin 1946, est bardé de diplômes et surtout de postes aussi bien dans la sphère institutionnelle que dans l’enseignement et la gestion pour avoir été professeur, conférencier dans nombre d’instituts (Institut africain de développement économique et de planification (Idep) de Dakar au Sénégal, Institut national de la planification et des statistiques de Ben Aknoun, Inped de Boumerdès,…) et gestionnaire de nombre d’entités économiques (Entreprise nationale des jus et conserves alimentaires, Entreprise nationale d’études et de traitement de l’information du secteur des industries légères, membre du Conseil de Direction de la SN Sempac,…). Mais est-ce suffisant pour prétendre au poste de premier magistrat du pays, lui qui ne possède pas de soubassement partisan à même de porter sa candidature ? Qu’est-ce qui a motivé sa candidature et de surcroît précoce comme la trouvent d’aucuns ? Le concerné dira ne pas manquer d’arguments en ce sens. Selon lui, «s’il n’y a pas de changement de système de gouvernance, une opportunité qu’offre la prochaine présidentielle, l’État algérien achèvera d’ici à 2020 son processus de déliquescence entamé depuis plus d’un quart de siècle». Un processus né, expliquera-t-il, de «l’institutionnalisation de l’ignorance et de l’inertie» en ce sens que la méritocratie a cédé la place à l’allégeance au puissant du moment». Et pas que ces facteurs auxquels se greffe la corruption qui s’est, ajoutera-t-il, «généralisée dans les institutions de la République, les dysfonctionnements dans la prise de décision et le culte de la personnalité». Autant de maux contre lesquels Benbitour entend mener combat sans merci. Mais avant cela, faudra-t-il qu’il passe l’écueil des fameuses signatures de parrainage populaire ou d’élus locaux pour que sa candidature soit effective et qu’il fasse oublier sa traversée du désert depuis son retrait de la chefferie du gouvernement.
M. K.

MOUSSA TOUATI :
«Je créerai la surprise»

L’homme vient juste de boucler ses 60 ans. Né le 3 octobre 1953 à Béni-Slimane, dans la wilaya de Médéa, Moussa Touati a grandi au sein d’une nombreuse famille révolutionnaire, étant le quatrième d’une fratrie de sept enfants, son père étant tombé au champ d’honneur en 1958.
Ce qui déteindra d’ailleurs sur son parcours politique, lui qui s’est de tout temps revendiqué de la grande famille révolutionnaire. Après des études primaires à Tablat, il atterrira au lycée Ibn Khaldoun d’Alger et aussitôt son bac en poche, il rejoindra les rangs de l’ANP au sein desquels il poursuivra une formation spécialisée. Ce père de famille de trois enfants intégrera en 1978 le corps des douanes avant de se lancer peu après dans l’aventure politique qui lui collera depuis. Un parcours entamé en 1989 par la création de l’Organisation nationale des enfants de chouhada (Onec) qu’il présidera trois ans durant avant de créer une autre entité parallèle, la Coordination nationale des enfants de chouhada (Cnec). Une décennie plus tard, en 1998, il créera son propre parti politique, le Front national algérien (FNA), lui qui a eu à évoluer jusque-là à la périphérie du FLN. Un parti dont il assure, depuis, la présidence. Il fera montre d’une endurance à toute épreuve, résistant et survivant à nombre de tentative de ses pairs et proches collaborateurs de le détrôner de son règne à la tête du parti agréé le 3 septembre 1999. A sa toute première participation à des élections, le FNA collectera de belles moissons en 2002 avec 8 sièges à l’APN et près de 600 autres au sein des assemblées locales, APC et APW. Prouesse qu’il rééditera cinq ans plus tard en s’adjugeant la troisième place au plan national, dont notamment 27 députés. Touati, qui ne s’est jamais présenté à une élection locale ou législative, lui qui considère qu’un chef de parti de l’envergure du sien se devait de briguer plus haut, s’est présenté à la présidentielle d’avril 2009. Il a décidé de rééditer le coup en se présentant à la présidentielle d’avril prochain. Et il soutient ne pas faire de la figuration, lui qui promet une «grande surprise».
M. K.

YASMINA KHADRA
Le talent littéraire suffira-t-il ?

De son vrai nom Mohamed Moulessehoul, Yasmina Khadra est un officier de l’ANP qu’il quittera en 2000 avec le grade de commandant, pour se consacrer à sa vocation : l’écriture en langue française. Il est né le 10 janvier 1955 à Kenadsa, dans la wilaya de Béchar, d’un père infirmier et d’une mère nomade. Un père qui rejoindra les rangs de l’ALN en 1956 avant de se faire blesser en 1958 et de devenir officier en 1959. L’indépendance du pays acquise, le jeune Moulessehoul sera confié, en 1964, par son père à l’Ecole nationale des cadets de la Révolution avant de rejoindre, onze ans plus tard, l’Académie militaire Inter-armes de Cherchell qu’il quittera en 1978 avec le grade de sous-lieutenant et de rejoindre les unités de combat sur le front ouest. Aussitôt retraité en 2000, il partira en famille au Mexique avant de s’établir peu après en France, à Aix-en-Provence, où il réside jusqu’à maintenant, se consacrant, depuis, et exclusivement, à sa passion, l’écriture. Ceci avant qu’il ne soit chargé de la direction du Centre culturel algérien de Paris. Et Yasmina Khadra a, avant-hier, surpris tout le monde en annonçant son intention de se porter candidat à la présidentielle d’avril prochain. L’auteur prolifique et récipiendaire de plusieurs distinctions internationales et traduit dans une trentaine de langues, nuancera, néanmoins, sa prétention en assujettissant la présentation de son programme électoral, qu’il dira par ailleurs, «prêt», à l’accueil qui sera réservé à son annonce, car dans le cas contraire, il n’exclut pas l’option d’un retrait car, estime-t-il, «on ne peut aller contre la volonté d’un peuple». Khadra dira exclure tout éventuel parrainage d’un parti politique, soutenant qu’il allait «récolter des signatures», la loi électorale exigeant, pour rappel, des candidats indépendants de récolter au moins 60 000 signatures d’électeurs. Le talent, la crédibilité, l’honnêteté, l’amour du pays, l’audience et l’estime de beaucoup d’Algériens suffiront-ils à Khadra de s’assurer ce passage qu’il projette d’effectuer de la littérature à la politique avec cette annonce de candidature à la présidentielle d’avril 2014 ?
M. K.