Le visage radieux d’un régime hideux

Lamamra a fardé le bilan de Bouteflika à l’étranger

Le visage radieux d’un régime hideux

El Watan, 16 avril 2015

Dans un environnement interne exécrable, ponctué de scandales de corruption en série, d’atteintes graves aux libertés individuelles et collectives, de verrouillage politique et de mouvements sociaux ininterrompus, la diplomatie apparaît comme un îlot de bien-être pour l’Algérie.

C’est sûrement le secteur de la vie nationale qui donne un peu de clinquant au bilan calamiteux d’une première année de gouvernance version 4e mandat. Avec un diplomate chevronné à la baguette, les Affaires étrangères n’ont jamais été aussi performantes que durant l’année 2014. C’est le paradoxe algérien où la politique extérieure connaît des succès inversement proportionnels aux échecs des politiques intérieures. Ça sonne un peu étrange.

Mais il faut reconnaître que l’Algérie, sous la conduite de Ramtane Lamamra, a redonné des couleurs à sa diplomatie ternie par les ratages monumentaux de son prédécesseur, Mourad Medelci. Et si l’on devait noter les performances par secteurs, la diplomatie obtiendrait forcément, et haut la main, la meilleure note. Longtemps considéré comme le jardin secret de Bouteflika pour qui la nomination d’un ministre est juste une procédure protocolaire, la diplomatie algérienne a brillé –sans jeu de mots – par son «absence».

Depuis Mohamed Salah Dembri, le ministère des Affaires étrangères est resté orphelin d’un diplomate de métier. La faute à un Président ombrageux, qui ne supportait pas qu’un cadre algérien se fasse recevoir dans les cénacles internationaux et empiète sur ses platebandes. C’est que Bouteflika cultive la légende selon laquelle il serait le meilleur diplomate algérien de tous les temps par le simple fait qu’il a dirigé le département durant 14 ans.

La légende Bouteflika

Il n’est donc pas prêt, psychologiquement, à accepter de passer le témoin à plus fort que lui, même du haut de son statut de président de la République. Ironie de l’histoire, l’actuel chef de la diplomatie, qui était en poste à Washington de 1996 à 1999, a été enlevé par Bouteflika pour y placer Driss El Djazaïri.

Lamamra a dû vadrouiller un peu partout en Afrique avant d’être appelé, en 2012, pour donner un visage à une Algérie malade de son Président sur un fauteuil roulant. Et depuis, force est d’admettre que ça roule à plein régime au double plan bilatéral et multilatéral. Et le plus grand succès à mettre à l’actif de Lamamra est incontestablement le brillant retour vers l’Afrique, jamais visitée par Bouteflika en 16 ans de règne. Profondeur stratégique de notre pays, l’Afrique a perdu l’Algérie et vice-versa. C’est à peine si certains nostalgiques se souviennent vaguement de «la Mecque des révolutionnaires» chère à feu Amilcar Cabral.

C’est un travail titanesque qu’ont entrepris Lamamra et ses amis diplomates pour retisser les liens rompus et reconstituer un réseau d’alliances pour rendre l’Algérie plus visible au continent noir. C’est désormais chose faite puisqu’Alger a connu, durant cette année, un ballet diplomatique ininterrompu de chefs d’Etat et de gouvernement africains, y compris ceux qui avaient oublié cette destination, à l’instar des présidents du Sénégal, du Kenya et récemment du Zimbabwe.

Retour gagnant en Afrique

Certes, la communication officielle précise bien que c’est le président Bouteflika qui est l’instigateur de ces visites pour minorer le travail de fourmi de Lamamra et ses collaborateurs. Pourquoi, alors, ces dirigeants africains n’ont pas mis les pieds en Algérie quand le Président était sur ses pieds ?

Une bonne question dont la réponse se trouve dans le tropisme occidental de Bouteflika, pour qui la diplomatie se résumerait à avoir de bonnes relations avec les grandes puissances, notamment la France et les Etats-Unis. Une grave erreur d’appréciation qui a vu l’Algérie déserter son espace naturel opportunément rempli par le Maroc qui y a créé des banques, des entreprises et gagné des soutiens précieux. Il faut reconnaître que l’Algérie a heureusement repris la main en Afrique.

En témoigne sa médiation retentissante dans le conflit au Mali, saluée dans le monde entier. Elle s’emploie également avec beaucoup d’engagement à rabibocher les différents mouvements politiques et militaires en Libye pour impulser une dynamique de paix. Ramtane Lamamra aime lancer sur toutes les tribunes que l’Algérie est un «explorateur net de stabilité» allusivement aux efforts de médiation. Ce n’est pas tout à fait faux, mais ce n’est tout à fait vrai non plus. Par ce que, politiquement, la stabilité algérienne s’apparente à bien des égards à un immobilisme.
Hassan Moali