Embrouillé dans une polémique avec la famille de Tounsi : Zerhouni bat en retraite

Embrouillé dans une polémique avec la famille de Tounsi : Zerhouni bat en retraite

El Watan, 6 mars 2010

Le ministre délégué chargé des Collectivités locales, Daho Ould Kablia, qui s’est substitué à Zerhouni à l’APN, a tenté un tant soit peu de « désamorcer » la polémique, mais sans succès.

Le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Noureddine Yazid Zerhouni, a « boudé » la séance plénière de l’APN consacrée aux questions orales, avant-hier. Pourtant programmé à l’ordre du jour pour répondre aux questions liées à son département, le ministre de l’Intérieur a dépêché, à l’occasion, le ministre délégué chargé des Collectivités locales, Daho Ould Kablia. Il a sans doute voulu éviter d’être « harcelé » par les journalistes au sujet de la polémique à propos de l’assassinat du directeur général de Sûreté nationale, Ali Tounsi. Pour M. Zerhouni, il s’agissait « d’un conflit personnel entre la victime et son assassin » et que le crime s’est déroulé « sans témoin ».

Une version des faits qui a fait réagir la famille du DGSN assassiné, dans un communiqué rendu public mercredi dernier. Elle a violemment dénoncé « des propos tendancieux » et a contesté les déclarations du ministre de l’Intérieur. Pour elle, Il n’y a pas de doute : « Le défunt a été assassiné froidement, lâchement et en toute conscience dans son bureau. » Avant de contredire Noureddine Yazid Zerhouni en précisant que Tounsi « n’avait aucun problème avec son assassin ni d’ailleurs avec quiconque ». Une réaction qui a placé le ministre de l’Intérieur au centre d’une polémique. M. Zerhouni a encaissé le coup, lui qui ne s’attendait pas à une telle mise au point. Et pour éviter d’autres embrouillements, il a « préféré rester chez lui ». S’il était venu à l’APN, avant-hier, où des journalistes l’attendaient de pied ferme, il n’aurait pas su quoi dire. Soit il se serait déjugé ou il aurait contredit la famille Tounsi. Mais dans les deux cas, la controverse ne peut que prendre une autre ampleur.

D’autant plus que le ministre de l’Intérieur est connu pour ses sorties médiatiques « abracadabrantes », voire provocantes. L’opinion publique garde en mémoire sa fameuse déclaration lors de l’assassinat du jeune lycéen Guermah Massinissa à l’intérieur d’une brigade de la gendarmerie à Beni Douala (Tizi Ouzou). Il avait déclaré, parlant de la victime : « C’est un voyou de 26 ans. » Des propos qui avaient rajouté de l’huile sur le feu. Mais d’aucuns n’estiment que Zerhouni ne mesure pas la tenue de ses propos. Des observateurs avertis pensent qu’« il sait ce qu’il dit ». Cependant et d’un point de vue de la loi, le ministre n’a pas à faire ce genre de déclaration, alors que l’enquête suit son cours. « Seuls les enquêteurs sont habilités à se prononcer et à élucider les circonstances dans lesquelles Ali Tounsi a été assassiné. »

Le ministre délégué chargé des Collectivités locales, Daho Ould Kablia, qui s’est substitué à Zerhouni à l’APN, a tenté un tant soit peu de « désamorcer » la polémique, mais sans succès. Il a déclaré aux journalistes que « le ministre de l’Intérieur a eu une réponse, il a une responsabilité sur toutes les structures qui dépendent de son ministère. Le DGSN a rempli ses missions avec courage et rigueur et il est mort victime du devoir. C’est tout ce que j’ai à dire », a-t-il lâché.

Par Hacen Ouali