Lettre ouverte à M. Ahmed Ouyahia, « Premier Ministre »

Lettre ouverte à M. Ahmed Ouyahia, « Premier Ministre »

Palais du Gouvernement – Alger.

En qualifiant de « traîtres » et de « criminels », des citoyens algériens dont le seul tort est d’avoir appelé à l’instauration d’une vraie démocratie dans le pays, tout en dénonçant une nouvelle mascarade électorale, vous venez de commettre une double forfaiture. Une forfaiture à la fois politique et morale qui vous déshonore en rejaillissant sur l’ensemble de votre « gouvernement ». Cette faute politique et morale grave dénote l’état d’esprit d’un régime politique déliquescent et totalement discrédité. La perte de sang-froid et l’affolement dont vous venez de faire preuve aujourd’hui, sont en effet révélateurs de votre incapacité structurelle à faire face à un nouveau boycott populaire encore plus cinglant que les précédents.
S’il y avait dans notre pays un Parlement démocratiquement élu, c’est-à-dire constituant une authentique représentation du Peuple, ce Parlement se serait de plein droit, constitué en Haute Cour de Justice, à l’effet de statuer sur la forfaiture caractérisée, – indigne d’un Chef de Gouvernement -, que vous venez de commettre, en qualifiant des Algériens de « traîtres » et de « criminels », au seul motif qu’ils refusent de se prêter à vos simulacres d’élections. Ceci, sans préjudice des poursuites subsidiaires engagées par ces citoyens outragés, par devant les juridictions de droit commun, – en pénal comme en civil -, pour les chefs d’injures graves et de diffamation. Car, hormis les apparatchiks, les asservis du système et autres rentiers d’un clientélisme politique corrupteur, il ne se trouve pas grand monde pour adhérer ou accorder le moindre crédit à cette nouvelle mascarade électorale qui vise à perpétuer la marginalisation du peuple et la mainmise du système sur les Hommes, le pays et le patrimoine de la nation.

C’est pourquoi nous en appelons aux Algériens que vous venez d’insulter pour les inviter à se constituer librement et spontanément en collectifs de citoyens, à l’effet de se porter parties civiles contre vous, par devant tous les tribunaux à travers l’ensemble du territoire national.

Car, il ne sera pas dit que vous, M. Ahmed Ouyahia, tout « Premier Ministre » que vous êtes, soyez au-dessus des lois et des convenances, en croyant pouvoir fouler au pied, impunément, la dignité de millions de citoyens honorables qui ne sont, eux, ni des traîtres ni des criminels. Des citoyens qui, en tout état de cause, n’ont ni l’esprit malade, ni la conscience tourmentée des vrais traîtres et des vrais criminels.

En rendant public notre Appel du 19 mars 2009, nous, citoyens algériens libres et dignes, avons seulement voulu dénoncer l’illégitimité d’un pouvoir politique dont l’arbitraire, l’incompétence et la corruption s’étalent au grand jour aux yeux du peuple algérien. Et nous confirmons ici, la teneur de cet Appel au Peuple, pour œuvrer à un changement radical et pacifique d’un système politique moribond, sous les brancards duquel se tapissent les vrais « planqués » – non pas ceux de la Seine – mais ceux d’un système qui a secrété ses propres charognards. Un système illégitime dont l’implosion inéluctable menace tout à la fois, les intérêts supérieurs du pays et l’unité de la nation.

Fait à Alger, le 26 Mars 2009.

Les signataires de « l’Appel du 19 Mars 2009 » :
Zineb Azouz, Universitaire. (Constantine). Djamaleddine Benchenouf, Journaliste, (Lyon). Abdelkader Dehbi, Universitaire, (Alger). Abdelmalek Djoudi, Ingénieur Documentariste, (Lyon). Kamaleddine Fekhar, Médecin, Militant des Droits de l’Homme (Ghardaïa). Rachid Ghorieb, Journaliste (Canada). Ahmed Kaci, Journaliste, (Paris). Samy Khoukoum, Psychosociologue. (Paris). Madjid Laribi, Journaliste (Paris). Salah-Eddine Sidhoum, Chirurgien. (Alger). Ahmed Si Mozrag, Avocat, (Burkina Faso). Brahim Younessi, Politologue, (Paris). Ziani-Cherif Rachid, Médecin (Sidi Bel Abbés). Mohamed Larbi Zitout, Ex-diplomate. (Londres).