Bouteflika: «L’amnistie générale nous mènera à la guerre civile»

BOUTEFLIKA À PARTIR DE TAMANRASSET :

«L’amnistie générale nous mènera à la guerre civile»

Le Soir d’Algérie, 29 mars 2009

C’est à partir de Tamanrasset, où il était hier samedi, que Bouteflika s’exprimera sur la question de l’amnistie générale : «Non ! Non ! Non ! Il n’y aura pas d’amnistie générale.»
De notre envoyé spécial à Illizi,
Tamanrasset et Laghouat, Kamel Amarni
Dans la salle de la Maison de la culture où il prononçait son discours de campagne, Bouteflika parlait du terrorisme et de ses auteurs. «Depuis 1999, nous avons lancé un programme en trois points qui ambitionnait de reconstruire le pays. Avec des moyens modestes, nous avons fait face à une situation difficile et dans un contexte très délicat. Le terrorisme frappait et frappe encore (…) Ces gens qui nous ont menés vers la catastrophe, qui terrorisent le pays, il faut leur faire face avec les armes mais aussi avec des moyens politiques. » C’est à ce moment que quelqu’un se lève, l’interrompt pour faire «une proposition » : «L’amnistie générale, Monsieur le Président !» La réponse fuse aussitôt : «Non, mon cher monsieur ! Il n’y aura pas d’amnistie générale. Une amnistie générale n’est concevable que si ces gens-là se rendent, déposent les armes et cessent toute activité terroriste. Pour décréter une amnistie générale, mon cher frère, il faut que soient réunies bien des conditions. Si la violence et le terrorisme nous ont menés vers la guerre civile, une amnistie générale nous mènera aussi vers la guerre civile.» Ce recentrage du discours présidentiel, s’agissant du traitement, de la donne islamiste et terroriste semble de plus en plus être une option sérieuse, à en juger par l’insistance du candidat, à chacune de ses haltes électoralistes, sur cette question. L’argumentaire jusque-là «réconciliateur», est d’ailleurs lui aussi de plus en plus «éradicateur» depuis l’ouverture de la campagne électorale. «Une amnistie générale ? Mais qui peut me garantir que tous ceux qui ont perdu des proches, des biens, tous ces ayants droit vont l’accepter ? Ne chercheront-ils pas à se faire justice eux-mêmes ? Non, mon cher frère, l’amnistie générale est un terme très lourd, très lourd ! très lourd ! Ce n’est pas juste un concept que l’on achète, comme cela dans un marché et le balancer comme solution. Décréter une amnistie ? Cela me coûterait juste d’apposer ma signature en bas d’un document. Mais ai-je le droit de le faire ?» Et d’ajouter : «Ce terme d’amnistie générale, il faut bien le réfléchir avant de le prononcer.» Il faut bien approfondir ce concept de la réconciliation nationale. Et je le dis clairement, celui qui veut dialoguer avec nous en utilisant la violence, eh bien, nous lui ferons face avec la force. La nation et le peuple algérien ni plieront ni abdiqueront devant personne ! Personne ! Personne !» La politique de la réconciliation nationale aura-t-elle vécu ? Il est à signaler enfin que Bouteflika a également été à Illizi et Laghouat, hier samedi, pour son traditionnel bain de foule.
K. A.