Le président de la république à l’ouverture de l’année judiciaire

Le président de la république à l’ouverture de l’année judiciaire

Pas de prolongation des délais de la Charte

El Watan, 28 septembre 2006

Le président de la République a mis un terme, hier, au débat sur la prolongation de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Devant un parterre de magistrats, de ministres, de hauts cadres de l’Etat et d’avocats, réunis au siège de la Cour suprême à l’occasion de l’ouverture de l’année judiciaire, Bouteflika a déclaré clairement que « les résidus du terrorisme abject sont inéluctablement voués à disparaître. Nous ne serons rassurés que lorsque nous l’aurons éradiqué à jamais dans le cadre de la légalité et de la souveraineté de la loi. Pour l’Etat et le peuple, les seuls ennemis sont ceux qui se sont inscrits hors de la légalité et de la loi, les partisans de la violence, les groupes terroristes et criminels, ceux dont l’âme, otage du mal, persistent dans l’égarement et refusent de retourner au sein de la nation en continuant à menacer la sécurité du pays et des personnes, à porter atteinte aux intérêts du peuple, manipulés qu’ils sont par des esprits malsains. Esprits qui ont fait du terrorisme un commerce et altéré la morale d’une jeunesse-en quête d’un guide-pour l’entraîner sur la voie de l’égarement ». Bouteflika a noté que la démocratie n’est nullement synonyme d’anarchie des opinions et de divergences des positions au point de menacer les intérêts de la patrie ou de diviser son unité et ses forces. « Elle ne signifie pas, non plus, abattre les frontières séparant les forces légales qui œuvrent dans le cadre d’un régime démocratique imposant le respect de la loi, des forces hors-la-loi incitant à la violence et menaçant la sécurité et la stabilité de la société ». Le premier magistrat du pays a rappelé aux Algériens « leur devoir, d’œuvrer main dans la main, afin de renforcer notre cohésion nationale et mettre de notre côté les atouts, à une époque difficile et dans un monde sans pitié dans lesquels nous n’avons d’autre alternative que d’y vivre et y garantir l’avenir de nos enfants. Les facteurs indispensables à une compréhension mutuelle du cadre dans lequel s’inscrit l’intérêt national suprême, sont aujourd’hui réunis. A cela vient s’ajouter l’effet positif de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Le vaisseau de la paix et de la stabilité tant ballotté par de puissantes lames, et que les tempêtes ont failli engloutir, est parvenu à triompher des dangers et des périls, poursuivant résolument sa route vers des rivages sûrs, arborant, haut, l’étendard d’un pays ayant recouvré ses capacités de réaliser un développement global. Un pays qui, année après année, va de l’avant dans l’édification. Un pays qui se débarrasse sans cesse de la dette. Un pays désormais en mesure de consacrer ses ressources à l’investissement et à la dynamisation du développement… ». Il a indiqué « qu’il serait injuste de nier que la pratique démocratique est consolidée de manière jamais égalée et que la presse est libre ». De même, a t-il déclaré, qu’il serait malhonnête de ne pas reconnaître que la justice est indépendante et que l’économie connaît désormais une dynamique certaine, libre des contraintes qui liaient son devenir au seul effort de l’Etat. « Comme nous continuons d’être la cible de nombreuses forces qui ne veulent pas de stabilité et de progrès pour l’Algérie, permettez -moi de dire à ceux qui s’arrogent le droit de tutelle sous prétexte de démocratiser les autres pays et peuples, que la démocratie n’est point un modèle unique ni un texte sacré à appliquer en tout temps et en tout lieu. A chaque pays ses spécificités et ses propres conditions de développement ». Le président a rendu hommage aux éléments de l’ANP et à tous les services de sécurité, exprimé sa considération pour « l’effort fourni dans le rétablissement de la sécurité du pays et des citoyens », rendu hommage aux martyrs du devoir national « dont les sacrifices ont permis de venir à bout du terrorisme » et salué les intellectuels de l’Algérie, hommes de lettres, journalistes et artistes « qui ont su garder confiance dans les capacités de leur peuple et dans les institutions de l’Etat face au danger destructeur ».

Les magistrats doivent se débarrasser des viles pratiques

S’adressant aux magistrats, le Président a été très critique à l’ égard de leur travail, marqué, selon lui, par des lenteurs auxquelles, a-t-il dit, « il faut trouver une solution définitive(…) une telle solution devrait permettre aux tribunaux et aux magistrats de renoncer à cette fâcheuse habitude d’allonger les délais d’examen, ou d’ajourner, avec ou sans motif valable, les décisions au point de déconcerter le justiciable (…) La justice est tenue de se prononcer et de statuer avec célérité, entre les justiciables ; autrement, ces derniers perdraient confiance ». Le Président a exhorté les magistrats à lutter efficacement contre le phénomène de la corruption, de la criminalité et de la dilapidation des deniers publics. Il a déploré le vide juridique en matière de répression de ces fléaux en général et celui de la corruption en particulier. Selon lui, les dispositions portant création de l’Instance nationale de prévention et de lutte contre la corruption, dont la mission est de garantir l’application effective de la loi promulguée en février 2006, n’ont toujours pas été appliquées, faute de décret d’application. « Cette instance n’a donc pas vu le jour et le gouvernement est appelé à hâter la finalisation du texte organisationnel régissant cette dernière afin de procéder à son installation en la dotant des moyens lui permettant d’entamer ses activités dans les meilleurs délais. La lutte contre la corruption, la dilapidation des deniers publics, le blanchiment d’argent illicite et le détournement de biens doit se poursuivre sans relâche dans le cadre de la loi. Seul le juge a le moyen légal auquel recourt tout un chacun pour réprimer et condamner tout acte illicite… ». Le Président a expliqué que la justice ne se limite pas seulement à l’élaboration ou la promulgation de lois. « Il s’agit, tout d’abord, de changer la mentalité du magistrat et de modifier son comportement à l’égard des justiciables ». « Pourquoi l’action de la justice n’est-elle pas palpable en matière de lutte contre la criminalité ? Pourquoi la récidive suscite-t-elle tant de désespoir et de détresse ? Pourquoi l’image de la justice est-elle ternie aux yeux du citoyen ? Ce sont là quelques interrogations parmi tant d’autres auxquelles nous devons trouver des réponses… ». Selon le Président, le magistrat doit faire en sorte que la justice ne soit pas prise au piège des échappatoires procédurales et autres subterfuges de défense. Sa mission, a-t-il ajouté, doit permettre de rétablir les droits et de faire prévaloir les aspects légitimes et légaux. « Tous les commis de justice doivent en tout temps et en tout lieu faire valoir un comportement irréprochable de sorte à être un exemple pour leurs concitoyens. Tant que nous ne l’aurons pas débarrassée des viles pratiques émanant encore de certains magistrats, avocats, notaires et huissiers, pratiques nocives tant aux justiciables qu’à la loi, la justice ne sera digne d’aucun crédit ni confiance », a-t-il déclaré. De ce fait, le Président a estimé que le Conseil supérieur de la magistrature et tous les secteurs se doivent d’assumer pleinement leurs missions dans la lutte contre les différentes formes de dérapages et dépassements émanant de commis de justice qui ne font pas honneur à leur fonction. « Il est, de ce fait, impératif que les choses changent de manière radicale. Tous les magistrats, présidents de tribunaux et autres responsables du ministère de la Justice doivent se soumettre à la seule autorité de la justice, notamment en se conformant aux seuls critères de compétence, d’intégrité, de probité et d’abnégation(…) A l’instar d’autres secteurs, celui de la justice doit combattre la médiocrité.. ». En conclusion, le Président, comme s’il voulait faire un adieu à l’assistance, a déclaré : « Je me suis consacré, et vous en êtes témoins, à servir notre pays et notre peuple, mû par un dévouement et un reniement total de soi, ne craignant que Dieu le Tout-Puissant, n’écoutant que la voix de la conscience et n’obéissant qu’à l’appel de la patrie, pleinement conscient des dangers que peuvent générer des pas susceptibles, Dieu nous en préserve, d’entamer le chemin que nous avons parcouru. Je me suis engagé à placer l’intérêt de la patrie au dessus de toute considération car la responsabilité est grande. »

Salima Tlemçani