La guerre de succession a-t-elle commencé ?

Remous au FLN, forcing des islamistes…

La guerre de succession a-t-elle commencé ?

El Watan, 26 janvier 2006

Y a-t-il une crise au sommet de l’Etat ? Le président Bouteflika est-il encore en mesure de gouverner ? Que reste-il d’une Alliance présidentielle qui s’entredéchire via un duel à distance entre Ahmed Ouyahia et Abdelaziz Belkhadem ? Puis, qu’est-ce qui fait courir Madani Mezrag ? Il y a, forcément, quelque chose qui ne tourne pas rond en haut lieu.

Après avoir présidé un Conseil des ministres le 14 janvier et reçu l’envoyé spécial russe il y a moins d’une semaine, le président Bouteflika s’est à nouveau effacé de la scène. Ce n’est sans doute pas faute d’activités politiques internationales. M. Bouteflika a dû faire l’impasse, comme il fallait s’y attendre, sur la 6e conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA) qui a commencé lundi à Khartoum, au Soudan. A défaut de sa présence à cette importante réunion au sommet, de par sa qualité de leader de l’Union, le président de la République s’est contenté d’envoyer son chef du gouvernement Ahmed Ouyahia. Le Président est- il encore malade pour avoir « manqué » le rendez-vous de Khartoum ? La même interrogation vaut également pour le sommet économique de Davos (Suisse), qui a débuté hier, et où l’Algérie est représentée par Abdelhamid Temmar, ministre des Participations et de la Promotion des investissements. Et connaissant l’intérêt que porte le chef de l’Etat à un tel événement économique et politique, qui rassemble les décideurs de toute la planète de la finance et de la politique, il lui est, a priori, difficile de résister à la tentation de s’y rendre. Sauf cas de force majeure. C’est justement à ce niveau que se situe le grand point d’interrogation. Faut-il conclure que le président de la République, théoriquement guéri, est désormais incapable de supporter les longs voyages au point de rater autant de rendez vous importants ? En l’absence de communication officielle sur le suivi médical du Président, il est permis d’avancer ce genre d’hypothèses. D’autant plus que des sources sûres confient que le dernier Conseil des ministres n’a duré qu’une heure, contrairement aux réunions marathoniennes auxquelles le Président astreignait ses ministres. Aussi quand on voit l’arrogance de Madani Mezrag, qui redouble de provocation à l’égard de la presse et des militaires en multipliant les sorties médiatiques, il y a de quoi de se poser des questions. Pourquoi donc l’ex-émir de l’AIS tient-il à occuper la scène politique maintenant ? Cet ancien chef terroriste a animé une conférence de presse au siège du bureau national dit de la société civile, qui se trouve être le QG des associations qui soutiennent le président Bouteflika. Madani Mezrag n’a pas caché son souhait de voir M. Bouteflika briguer un troisième mandat. Mieux encore, il s’est permis une entrée par effraction en politique en plaidant pour la révision de la Constitution afin d’« instaurer un régime présidentiel… à condition qu’on crée le poste de vice-Président ». Question : cet émir est-il chargé d’une mission et par qui ? Dans sa « plateforme de revendications », M. Mezrag réclame la même chose que Abdelaziz Belkhadem. Tout porte à croire donc qu’il y a comme un partage des rôles entre le triumvirat formé de Belkhadem, Mezrag et, à un degré moindre, Bouguerra Soltani. La cible ? Ahmed Ouyahia, qui semble rejeter les options politiques préconisées par les premiers. Quoique le patron du MSP à plus ou moins pris ses distances vis-à-vis de M. Belkhadem, ces derniers jours. Et quand on ajoute à tout cela la déclaration de Saïd Sadi à Paris, selon laquelle le « régime est déjà dans l’après-Bouteflika », on est tenté de croire que c’est la bataille de la succession qui est ouverte. Et la déclaration de M. Sadi n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd puisque, le lendemain, M. Belkhadem s’est empressé de rassurer ses militants que « M. Bouteflika est élu jusqu’ à 2009 ». En l’état actuel des choses, le tableau de bord politique algérien se présente ainsi : il y a un Président théoriquement en bonne santé, mais supposé malade, un forcing inédit du courant islamiste, avec un invité surprise Madani Mezrag, et, enfin, un chef de gouvernement et partenaire politique de l’Alliance plutôt serein.

Hassan Moali