L’alliance implose, les partis scrutent 2007

L’alliance implose, les partis scrutent 2007

El Watan, 30 janvier 2006

L’approche des élections législatives et locales du printemps 2007 commence à agiter la sphère partisane, tout spécialement « l’Alliance présidentielle » où s’observe depuis quelque temps une crise ouverte que le discours officiel tente en vain de minimiser, voire d’ignorer.

Les contradictions, bien réelles, entre le FLN, le RND et le MSP ont fini par éclater, à l’épreuve de nouvelles réalités. Celles-ci ont rendu caduques les données de départ qui ont poussé ces partis à « s’unir » autour du président de la République, en échange d’une parcelle de pouvoir, réduit à divers postes ministériels. Le prix à payer, pour ces formations, a été un soutien quasi inconditionnel à l’endiguement de l’opposition démocratique, notamment au Parlement et dans les assemblées locales élues : durant de longues années, le FLN, le RND et le MSP ont porté à bout de bras autant la stratégie politique que la personne du chef de l’Etat, sacrifiant, dans ce marché, leur personnalité propre. Mais il apparaît que depuis quelque temps, ces formations ont décidé de changer de cap afin de « récupérer » leur âme et voler de leurs propres ailes en dehors d’une alliance dont elles ont commencé à reconnaître, notamment le parti de Bouguerra Soltani, qu’elle n’est qu’une coquille vide. Le problème est que ce lâchage, qui ne dit pas son nom, intervient alors que le président de la République a encore besoin d’eux et du « cordon sanitaire » que constitue l’alliance : sa politique n’est mise en œuvre qu’à moitié (réconciliation nationale et réformes économiques) et d’autres dossiers inscrits dans son programme attendent de voir le jour : restructuration de l’Etat, l’intégration régionale, etc. Paradoxalement, c’est au moment où ils sont appelés à « resserrer » les rangs autour du président de la République malade et convalescent que ces trois partis ont décidé d’accélérer leur quête d’autonomie. Le MSP le proclame ouvertement, engageant pour cela une campagne de sensibilisation, par voie de presse notamment, de sa base militante. Il annonce qu’une autre étape doit s’ouvrir pour lui et on devine qu’il s’agit de la préparation des prochaines élections législatives et locales. Le FLN, de son côté, se garde de tirer à boulets rouges sur « l’Alliance présidentielle », sûrement pour ne pas, à ce stade, s’attirer l’hostilité du chef de l’Etat auquel il est redevable de son statut actuel obtenu par l’élimination brutale de l’équipe Benflis. Mais son secrétaire général œuvre tous azimuts à un changement constitutionnel afin que le poste de chef de gouvernement revienne automatiquement au chef du parti dominant. En d’autres termes, son intention est de déposséder le chef de l’Etat d’une de ses prérogatives essentielles actuelles qui est de désigner qui il veut comme chef de gouvernement. Un coup de poignard dans le dos de Bouteflika par Belkhadem qui rêve d’une double casquette, de secrétaire général du FLN et de chef de gouvernement, qui ouvrirait, pour lui et son parti, d’autres portes, infiniment plus prometteuses. Finie la tâche peu valorisante de « sous-traitance » de la politique présidentielle. Reste le RND dont les intentions s’affichent moins clairement que celles de ses « frères ennemis », peut-être en raison de « l’obligation de réserve » d’Ouyahia, son secrétaire général, ou de son caractère assez secret. Créé par l’administration, le RND devait appuyer Liamine Zeroual dans sa politique de traitement de la crise des années 1990. Il traîne la casserole de parti préfabriqué mais bénéficie, malgré tout, du mérite d’avoir soutenu la résistance anti-intégriste. Aujourd’hui, il se trouve devant un dilemme : comment effacer sa tare tout en gardant sa vertu, ce qui est loin d’être gagné alors que le temps est à la « réconciliation nationale », c’est-à-dire à l’oubli de la lutte contre l’islamisme armé. A moins de se démarquer franchement de cette politique – ce qui s’est fait mais timidement -, ce qui équivaudrait à un casus belli contre Bouteflika, un passage obligé pour Ouyahia si réellement celui-ci a la volonté de forger un « autre destin » à lui et à son parti. Mais on ne sait s’il franchirait le pas tant il est imprévisible. Manque de principes nobles ou grande habilité politique, les prochains mois et le test de 2007 diront enfin qui est Ouyahia. Tout cet emballement politique préélectoral s’exacerbera évidemment si des évolutions s’enregistrent au chapitre de la santé du président de la République.

Ali Bahmane