Nouvelles nominations au sein de l’armée

Nouvelles nominations au sein de l’armée

Un départ, des maintiens et des permutations

Le Quotidien d’Oran, 7 juillet 2004

Survenant après la démission pour état de santé du général de corps d’armée, Mohamed Lamari, les nouvelles nominations, pour l’essentiel des mutations, ne manqueront pas d’être analysées sous un angle politique.

Le décryptage n’est pourtant pas aisé. Si l’armée a un poids important en Algérie, tous ses officiers supérieurs n’ont pas un profil public qui faciliterait la lecture. Le général Mohamed Lamari a eu, en sa qualité de chef d’état-major et de patron incontesté depuis une décennie, l’exclusivité de l’expression.

Ces nominations – survenant rapidement après le départ de Mohamed Lamari sur la base d’une démission que le président de la République n’aurait pas souhaitée – permettent au président de ne pas paraître pris de court. En tant que chef des armées et ministre de la Défense, il montre qu’il s’occupe au plus près de l’institution et que le départ d’un personnage aussi important que Mohamed Lamari est rapidement pris en charge. Encore que, comme il a été relevé, l’âge de son remplaçant à la tête de l’état-major indique que l’on gère une transition et qu’on évite des bouleversements brusques au sein de la haute hiérarchie. On serait même enclin à supposer, en raison justement de leur rapidité, que ces nominations avaient eu globalement l’assentiment du chef d’état-major démissionnaire. Rien en effet n’est venu suggérer que la démission du général Lamari avait un quelconque rapport avec les nominations. On ne s’empêchera pas cependant de noter le départ d’un homme réputé proche de lui, le général-major Brahim Fodil-Chérif, qui commandait la 1ère région militaire. Le communiqué ne donne aucune indication à ce sujet et on ne sait pas s’il a été mis à la retraite ou, selon l’expression consacrée, il a été «appelé à d’autres fonctions».

Ce départ pourrait donner lieu à la lecture que l’on est entré dans une nouvelle phase et que les mutations au sein d’une armée marquée par un engagement durant une décennie de crise sécuritaire grave ont commencé. Mais cette mutation, si elle existe, doit être tempérée en observant l’aspect limité des changements. Dans ces nominations, des postes clés ne changent pas de titulaires et on observe au niveau des régions militaires davantage de permutations que de départs. Au chapitre de la continuité, on notera que les nominations, limitées au poste de secrétaire général du MDN et des chefs de région, ne bouleversent pas de manière significative l’organigramme de l’armée nationale.

Les services ne changent pas de titulaires (les généraux Mohamed Médiene dit Toufik et Smaïn Lamari) de même que l’académie interarmes de Cherchell (le général Mohamed Chibani). Les commandants des forces aériennes, le général-major Mohamed Benslimani, des forces navales, le général-major Mohamed Tahar Yala, de la gendarmerie, le général Ahmed Bousteila, et de la garde républicaine, le général Ali Djamaï, restent également en place.

A ces éléments de continuité, on observe quelques changements, parfois subtils. Le plus visible étant la promotion du général-major Ahcène Tafer au rang de commandant des forces terrestres. Une promotion qui, au regard de la tradition, le place en pole position pour le poste névralgique de chef d’état-major de l’armée. Tous les chefs d’état-major de l’ANP, y compris le général-major Gaïd Salah Mohamed qui vient de remplacer Mohamed Lamari, ont occupé ce poste. Un autre changement, car c’en est un, même s’il prend l’aspect d’une confirmation, concerne la fonction de secrétaire général du ministère de la Défense nationale. Le général-major Ahmed Senhadji, désigné secrétaire général du MDN, était déjà en charge de cette fonction dans son aspect d’administration.

Avec cette nomination, sa charge n’est plus limitée au volet de l’administration du ministère de la Défense nationale.

Une question de délimitation des prérogatives devra en tout cas être clarifiée. Le poste de chef d’état-major est resté pendant longtemps sans être attribué après la tentative de rébellion de Tahar Zbiri, en 1967. Depuis lors, c’était le secrétaire général du ministère de la Défense qui exerçait de facto ce rôle jusqu’à ce que le poste de chef d’état-major soit à nouveau attribué avec le général Mostefa Belloucif. La nomination d’un secrétaire général de la défense non limité à la gestion de l’administration du MDN est-elle un retour à ce rôle prépondérant et donc à une limitation de celui du chef d’état-major ? Il reste en tout cas que le caractère très limité des changements annoncés rend malaisé un décryptage politique. Il est difficile, même si cela fait très «tendance», d’affirmer que l’on est entré définitivement dans un rapport institutionnel entre l’armée et la présidence. Les choses sont en effet beaucoup plus complexes. Le laminage général des partis politiques et la déconfiture du décor politique mis en place depuis une décennie ont déplacé le centre de la politique vers le coeur du pouvoir. Les observateurs continueront à donner plus d’importance aux relations entre l’armée et la présidence qu’aux gesticulations des partis qui font semblant d’être aux commandes. Dans un pays sans structuration politique sérieuse et sans véritable scène politique, il est difficile d’imaginer qu’il puisse en être autrement.

M. Saâdoune