Mohamed Lamari : un « éradicateur républicain »

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Mohamed Lamari : un « éradicateur républicain »

Le Monde, 5 août 2004

A elles seules, sa corpulence et ses lunettes noires pouvaient contribuer à son image d’homme « dur ». Né le 7 juin 1939 à Alger, le général Mohamed Lamari, le seul à avoir le grade de corps d’armée, a fait ses classes dans l’armée française, suivi l’école de cavalerie de Saumur, puis celle d’officier d’état-major à l’Ecole de guerre de Paris.

Au début des années 1960, il devient un « daf » (déserteur de l’armée française). Il a rejoint l’armée du FLN avec qui il combattra durant la guerre d’indépendance. Il poursuivra sa formation d’artilleur à l’académie militaire de Frounze (URSS) et une carrière d’officier dans une armée appelée à jouer les premiers rôles.

Mohamed Lamari fait partie du groupe des « janviéristes », ces hauts gradés qui, en janvier 1992, poussent l’ancien président Chadli Bendjedid à la démission et font annuler les élections législatives emportées dès le premier tour par le Front islamique du salut.

Il deviendra un acteur essentiel de la décennie de confrontation sanglante. Chargé de la création d’une force spéciale antiterroriste qu’il dirige ensuite, il devient, en juillet 1993, chef d’état-major de l’armée, en remplacement du général Liamine Zeroual, devenu ministre de la défense. Lorsque celui-ci accède au sommet de l’Etat en 1994, il devient ministre de la défense de fait. C’est lui qui mène la guerre contre les groupes armés islamistes : plus de 100 000 morts, avec des pics sanglants (1994 et 1998).

Cet « éradicateur républicain » résolument laïque et anti-islamiste, contribue pourtant à l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika à la présidence, en avril 1999, sur une ligne de « réconciliation nationale » limitée avec les islamistes. Mais les tensions entre l’armée et le président contraignent à plusieurs reprises le chef d’état-major à réagir.

L’homme s’insurge contre les accusations portées contre l’armée. Il veut, dit-il, « sauver la République et les institutions de l’Etat ». Ajoutant en juillet 2002 : « Le terrorisme ne réalisera pas son rêve utopique d’une théocratie totalitaire. C’est terminé. On lui a brisé les reins. Mais l’intégrisme est toujours là. Regardez la télé, écoutez les prêches, regardez ce qui s’enseigne dans les écoles et vous verrez qu’on en est au même point. »

Il se veut pourtant loyal à la politique de concorde civile, ne voit pas d’inconvénient à ce qu’un civil soit nommé ministre de la défense, récuse l’idée qu’il existe un  » cabinet noir » qui dirige le pays derrière une façade civile. Et n’hésite pas à montrer sa feuille de paie à un journal qui affirme que son salaire est de 250 000 dinars. Il est de trois fois moins ! – (Corresp.)